Paroles de métier

Le métier des verveux (capétchades ou trabaques) pour la capture des anguilles

L'encre de mer n° 8

Jean-Pierre Molle, patron pêcheur et Prud’homme de Palavas - Photo E.T.

La visite du filet, je la fais tous les jours. Quand tu visites les filets, c’est là où y en a le plus que ça t’appelle. Si ça vaut vraiment le coup, tu changes tes filets ; là où y en a le moins tu les enlèves et tu les mets là où y en a le plus. Tu fais beaucoup ça au printemps, en été. A l’automne, tu le fais moins parce que t’es obligé de tenir les postes de pêche que tu as tirés au sort. Quand ça salit, tu es obligé d’en changer, de mettre du propre…

Les autres filets, tu les cales en prévoyant ce qui va se passer, en prenant la météo, en sachant si ça va tourner à la mer, si ça va tourner au mistral. Tu cales tes filets en te mettant sous le vent par rapport au temps qu’il va faire. Tu essaies de mettre tes filets avant qu’il fasse le temps parce qu’après, une fois qu’il fait mauvais temps, pour caler c’est difficile. Le reste de l’année, tu prends pas la météo, tu fais toi chaque jour ce que tu vois au niveau de la pêche.

C’est pas parce que tu vas tous les jours à l’étang que tu pêches forcément mais tu peux être embêté par les crabes, par les méduses, ou parce que ça salit à tout va et que ça t’empêche de pêcher.

Le tirage des postes est effectif du 1er juillet jusqu’au 31 janvier. Quand on tire les postes, les parties libres de l’étang, ne peuvent y caler que ceux qui ont tiré dans les postes de cet étang. Du 31 janvier au 1er juillet, c’est libre pour tout le monde. Quand tu te fais inscrire, tu t’inscris dans des étangs : l’Or, l’Arnel… Tu tires un numéro dans l’étang que tu as choisi, puis on appelle chaque numéro pour tirer le poste. Chaque année on fait tirer les postes pour pas que ce soit toujours le même qui ait le meilleur poste ou le plus mauvais. On voudrait limiter le nombre maximal de postes dans les étangs. A l’heure qu’il est, y a pas de limitations. Bon, les types le savent. Quand on est 4 dans l’Arnel, le type va s’inscrire ailleurs.

Le mot scientifique c’est le verveux : verveux à queue. La queue c’est la paladière. Le verveux pour eux c’est que le tour. Pour nous une capétchade c’est un tour et une paladière, c’est composé de 2 morceaux. La paladière c’est le « long », c’est un mur en fait, c’est ce qui conduit le poisson dans le tour qui lui est constitué de 3 nasses reliées entre elles. Chaque nasse, ça fait comme une souricière, il y a des goulets qui vont en rétrécissant, ça fait que le poisson rentre mais il peut pas ressortir.

Ça c’est la paladière avec des plombs en bas, des lièges au-dessus, 2 perches (des paous) au milieu, une perche à chaque extrémité, 4 perches en tout. Tu la cales comme tu veux, tu en mets plusieurs, tu cales au milieu de l’étang, ou du bord en allant vers le large, et tu mets le tour au bout. En hauteur, ça fait une brasse : 1,75m. Ça reste à fond et ça flotte sur l’eau.

La nasse, « la couve », est constituée de 3 morceaux : dans les deux premiers cerceaux du « devant », le goulet est très ouvert ; les deux autres cerceaux du « milieu ou du mitan », le goulet à l’intérieur est déjà un peu plus fermé que devant ; enfin le troisième morceau c’est le « derrière ou cul » et le goulet à l’intérieur est beaucoup plus serré que les autres. L’essentiel de la pêche se trouve dans le derrière. Y a toujours quelques crabes, quelques laisses , quelques joels dans le devant : les égarés qui sont pas allés jusqu’au bout.

La linière au-dessus, ça te sert de repères pour pas qu’il y ait de tours. Des fois ça se baoute avec le vent et le courant, ça prend un tour et le poisson il pourrait pas rentrer.

Si tu passes toute la nuit sans vent, qu’il fait bonasse, bonasse-plate,
tu peux pas faire une grosse pêche…

La meilleure période c’est l’été avec le fond qui travaille, et l’automne avec le vent. Le champion c’est de se trouver sous le vent. Il faut caler où ça bouge le plus. Ça trouble d’avantage, le poisson doit pas y voir, il est dévarié. Le courant, il vaut mieux que l’eau aille à la mer pour pêcher que le rentrant. Ça se passe avec le mistral, avec la tramontane, avec les vents du nord, de la terre, quand la lune est d’aplomb. Quand y a pas de vent, tu as tout de calé, tu visites et puis toute la nuit l’eau, elle a monté. Et si l’eau, elle remplit, et bien tu vas avoir une pêche très faible, par exemple 3 kg d’anguilles avec 20 capétchades de calées. Et si l’eau est allée à la mer, il a pas fait mauvais temps mais tu vas avoir 10 kg, 12 kg. Parce que l’eau est allée à la mer. Alors ça t’aide.

Si tu te trouves dans des parties d’étang où y a pas d’eau et que l’eau remplit, ça peut te faire pêcher. Là où y a plus d’eau, tu pêcheras moins, parce que si tu ajoutes de l’eau là où il y a déjà de l’eau, ça te fait pas pêcher.

- Tu l’expliques comment ?

- Je constate, j’explique pas grand-chose

Tu peux avoir tout de calé, si ça en veut pas tu as que dalle : 2 kg, 5 kg et quand ça marche tu peux en avoir 400 kg, 150 kg, 80 kg. Moi j’en pêche pas tant, quand j’ai 150 kg je suis content, ça m’arrive pas souvent, le plus souvent, j’en ai 40, 50 kg, 30 kg… Cette année, c’est une année qui est faible, j’ai fait moins de 3 tonnes. J’ai eu fait des années à 2 tonnes 5. Une année qui est bonne tu en as 5 tonnes, 4 tonnes, 3 tonnes 5. Le prix varie entre 5 € et 5,5 €.

Mettons que tu aies 24 filets, tu fais un roulement ; tu en cales 20, ou 16 quand la lune est pleine par exemple. En dehors de l’automne, ça peut varier d’avantage : entre 10 et 20.

En ce moment, je préfère avoir les filets à terre car je sais que je vais rien pêcher. Si je les laisse dans l’eau, que ça descend à -4, si ça dégèle avec du vent, je vais avoir des dégâts. Je peux me les faire manger par un rat ou un lapin mais ils feront pas un trou énorme. Quand je voudrai caler, ils seront secs. Il faut qu’ils sèchent sinon ça devient tout marron et ça s’incruste de plus en plus et ça pêche plus. Si tu attends trop, même en tapant, ça part plus après.

Quand il fait froid, les vertes([L’anguille passe de l’état larvaire (civelle) à l’état adulte (anguille verte ou jaune). Elle se métamorphose (anguille « argentée ») lorsqu’elle dévale les cours d’eau pour retourner dans son lieu de reproduction dans la Mer des Sargasses)]. elles s’enterrent. Ce que tu pêches quand il fait froid, qu’il y a des coups de vent, c’est la fine, la fine elle s’en va. Ils ont pêché sur l’étang de Thau après qu’on a mis à terre, vers le 19-20 janvier. Chez nous, le peu de fines qu’il y a, tu les pêches à l’automne : du 15 sept à fin novembre, des fois un peu en décembre mais pas beaucoup.

Quand les vertes ont hiverné dans la vase avec le froid, au carême des fois, comme ça a radouci, elles sortent pour manger.

Reportage avec Jean-Pierre Molle, pêcheur et prud’homme à Palavas

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