Le Parc Marin de la Côte Bleue : un cheminement réussi

« La réserve de Carry le Rouet a été créée, par un arrêté de cantonnement, en décembre 1982. L’idée de réserve n’était absolument pas comprise à l’époque, sauf des pêcheurs professionnels. Ils ont toujours joué le jeu, lors des renouvellements de la réserve en 1985, en 1989… et ce sont eux qui ont proposé une deuxième réserve à La Couronne. Elle a vu le jour en 1996. Ça a été un peu un pari sur l’avenir car on augmentait le territoire sans avoir vraiment les moyens de le gérer.

Classe de mer

Photo Eric Charbonnel

En 1984, on a mis en place la première classe de mer du Rove, avec des bénévoles intéressés par les aspects pédagogiques du milieu marin. A partir de 1985, on travaillait avec des petits contrats qui permettaient de rémunérer un animateur pendant 3 à 4 mois… Aujourd’hui, le Parc accueille annuellement 600 élèves pour des stages de 5 jours, et 250 enfants pour des animations ponctuelles.

A partir de 1984 on charge plus la charrette. Il faut construire un programme européen avec l’Office régional de la mer pour immerger des récifs artificiels au large de Sausset et du Rove, et mettre, à la demande des petits métiers, des obstacles au chalutage (des récifs immergés en radiales) pour protéger la réserve de Carry et certaines zones littorales (moins d’1/4 de mille de la côte).

Y a rien eu de facile. On gomme souvent tous ces aspects de terrain : les difficultés administratives pour avoir l’autorisation d’immerger de nouveaux récifs, trouver les financements… France Télécom nous a aidés car l’entreprise souhaitait protéger ses câbles sous-marins de la Couronne Vieille».

Immersion d'un module récifal Kheops

Photo Boris Daniel

« Le mouillage des bouées de balisage des 300 m, c’était franchement et de très loin la première atteinte aux herbiers de posidonies de la Côte Bleue. Avec le système proposé par le Parc marin aux communes, à prix égal, il n’y a plus que l’impact du corps-mort sur le fond. Il n’y a plus de chaîne qui tourne avec le vent, le courant, qui pilonne et abrase l’herbier… On compte 5 à 10 m² d’herbiers détruits autour du corps-mort pour chaque bouée. Quand on pense au nombre de bouées posées chaque année sur le littoral et au fait qu’elles ne sont jamais exactement à la même place…

J’ai longtemps été le seul permanent avec l’appui temporaire de CDD (contrats à durée déterminée) et d’objecteurs de conscience. Du point de vue de l’emploi, la situation a évolué en 1998 avec les emploi-jeunes. On a pu créer 3 postes pendant 5 ans plus un poste saisonnier pour la surveillance. Ça a pris de l’élan à ce moment-là. Depuis la charge de travail n’arrête pas d’évoluer. Nous avons actuellement 5 permanents à plein temps, dont 4 plongeurs professionnels, plus un demi-poste de secrétariat.

Les élus et les maires ont voulu qu’on fasse évoluer le statut associatif du Parc marin en un syndicat mixte comprenant 5 communes, la Région et le Département. Il fallait trouver des statuts qui conviennent à tout le monde tout en gardant la représentation des pêcheurs professionnels. Le syndicat mixte est une forme officielle de coopération entre les collectivités qui se dotent de moyens financiers plus importants et plus stables pour gérer un secteur maritime.

Photo Frédéric Bachet

Aujourd’hui, la structure est nettement plus stable et reconnue. Pendant des années, je craignais que tout cela s’arrête si je lâchais. Ce n’est plus une affaire de personne maintenant. Personnellement, je peux regretter parfois d’aller moins sous, et sur l’eau mais c’est une évolution nécessaire. Ça me soulage de voir qu’il y a un fonctionnement, que je peux m’absenter, prendre des vacances…

Enfant, mes parents avaient un cabanon aux Laurons, à l’extrémité Ouest de la Côte Bleue, dans le Golfe de Fos. J’ai vu construire les usines et massacrer ce littoral. Mon père s’est interrompu pendant des années de chasser les muges et les loups qui avaient trop souvent le goût de « mazout ». Heureusement, la qualité de l’eau s’est considérablement améliorée dans les années quatre-vingt, et depuis 1993 le Parc Marin s’est étendu jusque là-bas… »

Mon souhait : faire avancer ces idées de pêche durable, de gestion intégrée à l’échelon des prud’homies, de mise à disposition d’outils pour pérenniser les petits métiers de la pêche sur le littoral…

Frédéric Bachet, Directeur du Parc Marin de la Côte Bleue

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Récifs artificiels : principal champ de récif artificiel en Région PACA avec l’immersion de 326 modules de protection et de 3000 m3 de récifs artificiels de production. Si les premiers permettent de réduire le chalutage dans la zone des 3 milles, les seconds, placés sur des fonds sableux dépourvus de roches et d’herbiers de posidonies favorisent la fixation et le développement d’espèces marines.

Rendements : dans la réserve du Cap Couronne, le rendement des pêches expérimentales, effectuées tous les 3 ans avec des trémails, a quadruplé. Les captures sont passées de 20 kg en 1995, avant la création de la réserve, à 91 kg en 2004. Le poids moyen individuel des poissons capturés a doublé : 216 g en 2004 contre 102 g en 1995.

Veille écologique :

- Suivi en routine des 2 réserves et de la colonisation sur les récifs, notamment à l’aide de photos.
– 2 comptages annuels d’oursins, avant et après la saison de pêche, effectués sur 6 stations depuis 1994.
– Depuis 1992, une soixantaine de mérous capturés au filet par les professionnels ont été confiés vivants au parc marin pour être relâchés dans les réserves, certains après marquage.
– Observation des températures en profondeur dans les réserves : La Couronne (-17m), Carry (-11 et -23m). En été les coups de mistral peuvent provoquer des chutes de 10°C en l’espace de 24 heures (de 23° à 13° par exemple).
– Suivi du corail avec la Station Marine d’Endoume : 3 sites dans les réserves et un hors réserve.
– Suivi des herbiers de Posidonies : le long des 660 km de côtes rocheuses de la région PACA, le plateau continental jusqu’à – 200 m est très étroit. La zone des petits fonds côtiers éclairés où peuvent se développer les herbiers de Posidonies s’étend sur une superficie de 31.000 ha, soit un carré théorique de 18 km de côté, soit encore une bande d’à peine 480 m de largeur moyenne devant l’ensemble du littoral. C’est sur cet étroit linéaire que se concentre et s’intensifie la quasi-totalité des activités humaines : aménagement et urbanisation du littoral, ports de commerce, de pêche et de plaisance, rejets industriels et urbains, activités de loisirs (plaisance, pêche, plongée…) et une grande partie de la pêche professionnelle.

Dans les herbiers viennent se nourrir et se reproduire de nombreuses espèces, particulièrement les poissons. Une quantité importante de matière organique y est produite grâce à l’énergie solaire. De là, les nutriments sont exportés vers les grands fonds non éclairés et quasi désertiques. Ainsi dans cet espace où se joue la plupart des mécanismes-clefs de l’écosystème méditerranéen, un effort de gestion apparaît comme prioritaire pour assurer le maintien et le développement des activités régionales.

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