Porcupine : L’Eldorado et ses limites

Pêche de la langoustine dans le noroît de l'Irlande

Le Jusant
J’ai été un des premiers à trouver cet endroit dans le noroît de l’Irlande, c’était dans les années quatre-vingts. Dans le Sud-Irlande il faut à peu près 24 h de route en moyenne et, juste dans les années quatre-vingt, il y avait plus de langoustines ou très peu ; pourtant c’est assez étendu la pêcherie dans le Sud-Irlande. Et avec quelques patrons, on se disait :

- « Pourquoi on irait pas voir plus loin ? »

Sur les cartes, on voyait un banc… Parce que dans le Sud-Irlande on travaille dans les fonds de 120-230 m, pas plus. Et là on regardait une carte, on voyait un banc et autour c’était tout sombre parce qu’il y avait 5000 m de fond. Sur le banc, il y avait 500-600 m de fond. On est parti, une dizaine de bateaux à peu près, et on a trouvé de la langoustine comme on n’avait jamais vu… par 500m de fond. On n’avait pas l’habitude de travailler dans ces fonds alors on s’est équipé, on a mis des câbles et tout ça. On a trouvé mais alors des pêcheries incroyables ! Nous, avec le Jusant, en 83, j’étais rentré avec 597 caisses de langoustines et des coffres de 40 kg. Il nous manquait 200 balles pour faire 30 millions de vente ! Moi, j’étais patron, je dormais pas, je faisais la cuisine, je donnais un coup de main à l’équipage pour glacer, pour laver les langoustines. Si. Je m’assoupissais sur mon siège pendant ¾ d’heure pour récupérer.

Ca, c’est un truc… Moi j’avais dit un jour :

- « Là on n’est pas bien parce qu’on travaille la nuit et on gagne autant à pêcher la nuit que l’jour. On ramène des quantités et des quantités de langoustines qui vont à la poubelle ou qui sont vendues pour rien. On devrait au moins s’arrêter la nuit. On s’crève, on crève tout… »

- « Ah non, non… »

En fait j’étais pris au piège parce que j’étais obligé de faire comme eux. Et qu’est ce qui s’est passé ?

La pêche, y en a toujours mais beaucoup moins. La pêche, à Porcupine, elle a duré 5 ans. Et c’était une langoustine qui s’conservait vachement bien. Elle avait une carapace très très dure. C’était un coin qui avait pas beaucoup été travaillé. Y avait une réserve là… incroyable ! Les gars, ils comprenaient pas mais j’leur disais :

- « On est en train de se tuer, se tuer… »

Parce qu’il fallait faire 72h de route pour aller là-bas, 72h pour revenir. T’avais pas beaucoup de temps de pêche et c’était vachement dur, c’était crevant. Tu rentrais à terre au bout d’quinze jours, t’étais mort… Tout ça pour… En ramenant 2 fois moins, on aurait vendu 2 fois plus cher et le stock… Les bateaux ramenaient entre 500 et 600 caisses. Maintenant, ils ramènent même pas 100 caisses. On n’a pas fait attention à la ressource. Le pire c’est de travailler plus pour gagner moins… C’est fou ! Maintenant les bateaux vont plus beaucoup là-bas, c’est plus rentable. C’est loin et il y a autant à pêcher dans l’Sud-Irlande.

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Une réponse à Porcupine : L’Eldorado et ses limites

  1. PILLARD Richard dit :

    C’est tout à fait par hasard que j’ai découvert et pris connaissance de ce qui précède.
    En 1962 je naviguais sur le chalutier classique « SAINT-PATRICK » de LA ROCHELLE 17 et nous fréquentions déjà le banc de Porcupine où les gros merlus étaient abondants et l’on pêchait parfois effectivement de très belles langoustines : nous en avons même ramené une de 30 centimètres !
    Mais je précise qu’après la guerre 39/45 les chalutiers de pêche au large lorientais fréquentaient le banc de Porcupine.
    Par la suite de 1963 à 1970 j’ai pratiqué la pêche à la langoustine à SMALL, JONES-BANK, LABADIE-BANK et l’ouest Irlande (les Iles d’Aran) mais les langoustines n’étaient pas de la même taille.
    Dans une dernière campagne aux Iles d’Aran, nous avons failli « notre peau » -surpris par une forte tempête- en passant BLASKET.
    Le banc de Porcupine était connu depuis bien avant 1982 découvert par un voilier britannique HMS Porcupine en….1862.

    D

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