En route vers Bang Taboon…

Province de Phetchaburi (Thaïlande)

Le 18 octobre, nous sortons de Bangkok, cap au sud-ouest vers la province de Petchabury. Nous traversons d'immenses zones de marais salants dont la production sert directement à la cuisine thaïlandaise, mais aussi aux usines agro-alimentaires qui se trouvent dans les environs, en particulier celles qui s'occupent de fabriquer les sauces à base de poisson, exportées partout dans le monde. L'installation de marais salants à cet endroit paraît assez naturelle et ne doit pas être bien compliquée, toute la zone est très peu élevée par rapport au niveau de la mer. La grande région de Bangkok se situe en moyenne à 30 cm au-dessus de l'eau…

La montée du niveau de l’eau qui peut devenir très grave en raison du réchauffement climatique ne semble par effrayer notre guide du SEAFDEC(Southeast Asian Fisheries Development Center, centre de développement des pêches du sud-est asiatique) . Elle vit elle-même dans une petite ferme artisanale où son père élève de façon extensive des crevettes. Il ne leur donne ni nourriture, ni médicament. C’est la marée montante retenue par une écluse qui apporte les petites crevettes et les nutriments pour toute la chaîne alimentaire. Autant dire qu’elle vit sur l’eau, avec l’eau et de l’eau. Néanmoins nous dit-elle, comme si cela allait du soi, ses parents aidés par tout le village, ont déjà dû surélever leur ferme une fois depuis sa naissance. Il y a deux raisons selon elle : les pilotis finissent par s’enfoncer et la mer à tendance à monter. Ils ont d’ailleurs fait de gros travaux collectifs pour consolider les murs des accès à la mer. Elle est tellement habituée à vivre en symbiose avec l’eau que cela lui semble naturel et elle n’en éprouve pas d’angoisse particulière.

En arrivant à Bang Taboon, nous nous arrêtons pour visiter un des nombreux ports de pêches qui se nichent dans chaque repli du fleuve. Celui-ci est important, peut-être deux cents bateaux de 10 à 25 mètres occupent tout l’espace. Les plus petits pratiquent les arts dormants, lignes, filets, nasses pliantes, ceux d’une quinzaine de mètres sont des bolincheurs([Senne tournante et coulissante pour la capture d’espèces pélagiques (qui vivent à partir de la surface))]. , les plus grands des chalutiers et des caseyeurs. Ces derniers sont faciles à identifier car ils semblent sur le point de chavirer dans le port tant le nombre de casiers est important dans les hauts. Beaucoup de monde s’agite dans ce port, pourtant nous ne sommes certainement pas à une heure cruciale comme celle du départ en mer, de l’arrivée des bateaux ou de la vente…

Puis nous prenons une pirogue d’une dizaine de mètres à l’embouchure de la rivière de Bang Taboon pour sortir en mer…

L’air est chaud, humide.
Grande est la baie qui s’ouvre devant nous, un large estuaire où l’eau calme, riche et colorée de la rivière se mélange doucement à la mer. Ce grand champ fertile se borde d’une côte longiligne, évasée, boisée. Les caps lointains se profilent dans la brume tiédie à plus de 5 milles. Des parcs à perte de vue, cernés de bambous, se partagent tout l’espace. En leur centre, une drôle de hutte ou maisonnette perchée sur pilotis, un site de vigie nocturne pour la manne qui se prépare à quelques mètres en-dessous.

Ensemencés de jeunes coques,
ces jardins livrés aux pêcheurs produisent de bonnes récoltes.
La marée basse découvre ces
coquillages enfouis qui s’offrent aux mains des pêcheurs juchés sur des skis. Plus au large, les pieux sont hauts, costauds, concentrés.
Ils affrontent la houle
qui s’en vient et supportent
des filières à huîtres nourries
par les ondes salines.


Sur le retour, en remontant la rivière, nous avons vu des cages aquacoles pour des espèces locales, sans compter quelques chalutiers destinés au large, et puis des barques nanties de casiers. Dans cette région littorale préservée du tourisme et de l’urbanisation, la productivité d’une baie consacrée aux produits de la mer semble considérable, un choix judicieux pour un peuple dense, friand de ces fruits nourrissants.

De retour au port nous allons voir une mangrove « pédagogique » où nous sommes invités à planter symboliquement quelques jeunes pousses de palétuvier. Cette zone de plusieurs centaines de mètres de large semble très riche, à la fois pour la faune, la flore et les habitants marins qui semblent se trouver dans une sorte d’écloserie et de nurserie de plein air. Il n’est pas étonnant de constater l’implantation de tant de structures d’animaux filtreurs un peu plus loin en mer. Toute cette baie, terrestre et maritime, est complètement dédiée aux pêcheurs artisans à petite échelle. En repartant, nous apercevons quelques tours en pleine mangrove. Ce sont des hôtels qui commencent à s’installer. Espérons que les pêcheurs Thaï et leur gouvernement sauront protéger ce véritable trésor qui ne se trouve qu’à quatre-vingt kilomètres de Bangkok…

« La mangrove joue un rôle sur la turbidité de l’eau, c’est un récif barrière qui protège les berges. Nous oublions que nous faisons partie de la nature. En la détruisant, nous nous détruisons. Si l’on coupe un cours d’eau par une route, il faut qu’il trouve son chemin ailleurs. On a construit là où il ne fallait pas alors la nature reprend ses droits, ça fait des dégâts humains. La mangrove, c’est comme un bassin de décantation qui régénère et apure l’eau de ruissellement. Elle est pleine de crabes, d’oiseaux marins ; les poissons viennent s’y reproduire. Une partie des produits de la mer s’y nourrit. Il y a des fistules sous les feuilles qui nourrissent les larves que mangent les petits poissons avant de repartir à la mer… »

Article paru dans L'encre de mer n° 18-19 Photos et texte avec la participation de René-Pierre Chever (Comité Local des Pêches du Guilvinec), Elisabeth Vallet (Alliance Produits de la mer). Commentaires sur la mangrove de Marie Adémar César (Association familiale maritime de la Martinique).

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