Aucun lien institutionnel entre les Prud’homies qui gèrent sur le terrain et les organisations professionnelles chargées de la gestion aux niveaux régional, national et européen !

La réglementation prud’homale à Gruissan est complexe, élaborée, peaufinée. Elle colle au terrain. Aucun lien institutionnel n’existe entre les Prud’homies et les organisations professionnelles chargées de la gestion des pêches aux niveaux régional, national et européen.

Même si ponctuellement, certains prud’hommes sont présents dans les comités régionaux des pêches, ils le sont par leur représentation syndicale et non par leur charge de Prud’homme. Personne n’a en charge de comprendre, analyser les différences d’une prud’homie à une autre, soutenir et représenter ce modèle de gestion. D’ailleurs les décisions sont prises à la majorité et non au consensus. De la manière dont le système est organisé, un « boucher » de l’arrière-pays, un aquaculteur ou un matelot des grands métiers décideront en quelques minutes d’abolir une savante organisation entre l’homme et la nature, patiemment développée et transmise entre les générations.

Passage en force donc, dans le cadre d’un plan de gestion européen sur l’anguille, d’un système régional de licences individuelles et payantes, assorti d’arrêts temporaires (janv-fév pour l’anguille verte, mi-fév. à mi-sept. pour l’anguille mature).

Que se passe t-il vraiment dans le secret des hautes alcôves ?

- Paraîtrait qu’il faudrait un seul règlement par bassin versant. Le pêcheur s’adapte aux comportements des poissons qui s’adaptent au terrain. Bruxelles non !
- Paraîtrait qu’il y aurait un fort lobby des pêcheurs de civelles, en Atlantique. Les Méditerranéens ont toujours refusé de pêcher la civelle. Où est le problème ?
- Paraîtrait que les négociations se font sous menace : « Si ce n’est pas la licence individuelle, ce sera les quotas individuel », un pré-achat du poisson dans la nature…

S’il faut fixer une limite, pourquoi ne pas concevoir, par exemple, un seuil maximum de licences gérées collectivement par la Prud’homie ? Ce serait très différent d’un système de licence individuelle payante qui risque de spécialiser les pêcheurs au détriment de leur polyvalence. Les licences individuelles fonctionnent en Atlantique nous rétorque-t-on parfois. « Donnez-nous les marées, un plateau continental de 100 km de long et nous ferons comme l’Atlantique ! » répond avec force François Marty.

Pourquoi imposer à une Prud’homie, dont la gestion est exemplaire, des mois d’arrêt de pêche à l’anguille qui ne correspondent pas à ses 6 mois de repos biologique ?

Du point de vue de Gruissan, le règlement proposé est dommageable :
- pour la ressource et l’environnement (pêche des anguilles en période chaude)
- pour le produit (risque de maladie)
- pour les hommes (manque à gagner dans l’étang, risque de travail en mer en hiver)
- pour l’organisation (déplacement d’une gestion collective locale à une gestion des individus par un organisme régional externe à la communauté des pêcheurs, déni du travail effectué bénévolement par les prud’hommes au profit d’une organisation externe, perte progressive du sens collectif, du respect du travail des autres, des moyens de contrôle de la Prud’homie…

Pourquoi ne pas marier les objectifs de la Politique Commune des Pêches avec l’efficacité de la gestion collective locale ?

Quand donc l’intelligence collective prend-elle le pas sur la force du pouvoir ?

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