L'encre de mer n° 26-27

« Pêcheurs du monde » : festival international de films à Lorient

Des films pour alerter, réfléchir, guérir, suggérer…

Au fil de films et reportages, différents thèmes abordés – risques et naufrages, effets tragiques du productivisme dans la pêche, réfugiés du changement climatique mais aussi des portraits, des voyages, des histoires. Ci-après, et dans le prochain numéro de L'encre de mer, des extraits des films et débats de ce 2ème festival.


Cry seaFilm de Cafi Mohamud et Luca Cusani

Les premiers plans nous emmènent au plus près des gestes des pêcheurs qui travaillent sur les pirogues. D’emblée, nous sommes avec eux. Mais en plusieurs séquences dynamiques, le message devient plus global. C’est le même élan qui conduit à développer la technologie à l’extrême, concentrer les armements pour traquer les moindres bancs et être compétitifs sur l’ensemble des marchés, négocier des accords sur les zones de pêche jusqu’à ce qu’elles se vident comme peau de chagrin…

Au Sénégal, les pêcheurs sont confrontés à la rareté, la pauvreté, l’exil parfois. Au Nord, les ports se vident, les pêcheurs désertent le secteur. L’équation est faussée : la spirale productiviste se déconnecte peu à peu du rythme de renouvellement des ressources. Dans ce film, Nord et Sud sont réunis autour d’un même constat : il faut amorcer une autre forme de développement. Si le raisonnement prévaut, les images restent humaines et belles, c’est la vie et l’espoir qui palpitent sous l’œil du réalisateur.

Kayar l'enfance prise aux filets (photo Zideo prod.2009)
Kayar, l’enfance prise aux filets
Film de Thomas Grand

Dans ce port de pêche du Sénégal où 25.000 pêcheurs tentent de survivre, les enfants sont embarqués très jeunes. « C’est un schéma unique, les pères dès l’âge de 45 ans prennent leur retraite. La pêche est la seule activité envisagée, elle doit rapporter immédiatement et c’est aux enfants, dès l’âge de 12 ans, à prendre la relève… » Une situation d’autant plus difficile que les eaux largement surexploitées par les grandes flottilles internationales (600 bateaux au large de l’Afrique et une centaine environ au large de l’Espagne) rapportent peu, et que la commune manque cruellement de moyens et d’infrastructures en matière d’éducation, de sports, de santé, de culture…

Lamine Niasse, membre du jury (photo de Sophie H. Marty)
« Le film pose la question de l’accumulation de la vie et des premières années. Si on s’intéressait à une nouvelle génération d’enfants pour un mieux-être et une meilleure éducation. Prendre les moyens que les enfants de pêcheurs puissent sortir de la plage et choisir leur métier, Leur laisser un bon socle d’éducation… Ce film, pour avoir mis le doigt sur ces réalités, a reçu un accueil extraordinaire des Sénégalais : 10.000 personnes l’ont vu sur un grand écran gonflable en plein air ». Etait-ce le passé colonial ou la peur de perdre nos richesses matérielles ? A Lorient aussi, le film dérange… Et c’est Lamine Niasse qui nous réconcilie avec nous-mêmes : « Il faut faire confiance aux gens qui vivent au Sénégal. Nous ne sommes pas restés les bras croisés, nous donnons la main à tous ceux qui se battent dans le monde, au niveau de chaque peuple pour se libérer… »


Le jour de la méduse
Film de François Reinhardt

« Dans cette pêche, le danger on s’en fiche… dans cette pêche c’est chacun pour soi… » Pendant quelques jours, la ville se transforme en camps retranché, c’est très difficile. « Personne ne peut charger les filets avant le coup d’envoi, ça ne dure qu’une journée mais on peut se faire un paquet de fric » Le port est fermé depuis 8 à 10 jours, les bateaux sont coincés à quai… « on fait que se mettre la pression, la rumeur dit 3h ou 5h PM… dans les ports du nord 4 bateaux auraient coulé, y aurait des morts mais tout le monde s’en fout… Il faut faire très attention tant qu’on n’est pas sorti du port » Plus de 800 bateaux sortent… « Au fur et à mesure qu’on avance le bateau fait remonter les méduses, faut pas se précipiter… » C’est comme trouver une aiguille dans une botte de foin. Sous la coque peut-être une fortune, tout dépend du nez du patron. « C’est un boulot dur mais on est très unis et comme je leur donne un bon salaire, ils reviendront chaque année… »

Brigitte Peignard, réalisatrice de Niodor (photo Sophie H. Marty)Niodiorfilm de Brigitte Peignard

En 1987, sur cette île du Siné Saloum au Sénégal, une pointe s’est cassée. Les terres de culture et la mangrove sont salinisées. Avec la pression des ONG, les femmes se sentent responsables, elles avaient l’habitude de couper les branches pour pêcher les huîtres.
« Quand elles sont réunies, ces femmes, qu’elles chantent, c’est le cœur pour moi qui bat et qui exprime leur tristesse. Je suis touchée par la façon dont les femmes prennent leur vie en mains »

Alain Le Sann, Président du Festival

Festival « Pêcheurs du monde »

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