L'encre de mer n° 26-27

Transmettre des valeurs, un métier…

Photos Sophie Hourdin Marty

« Aux pêcheurs, je leur enseigne des techniques de réparation rapides, histoire de se sortir d’un mauvais pas sans trop perdre de temps pour la pêche. On aborde aussi les principes de sécurité : retournement de radeau, équilibrage du bateau, ripage des caisses qui peuvent bouger…

Auparavant, j’ai fait du compagnonnage dans le nautisme (voilerie, construction navale high-tech…). Maintenant j’enseigne et transmets aux jeunes… ma passion surtout. Si on est passionné, ça va tout seul. Tout le temps où j’ai travaillé sur des bateaux, je ne me suis pas aperçu que je travaillais, c’était ma vie…

Photo Sophie Hourdin Marty

Avec les jeunes, il faut savoir souffler le chaud et le froid, il faut être dur, gentil, faut les comprendre c’est tout, et après « ça le fait nickel » comme ils disent. De toutes manières, si je fais ce métier c’est parce qu’il y a des jeunes super. D’autres sont « à la ramasse » parce qu’on ne les a jamais bridés, on leur a jamais montré ce qui est bien aussi. Ils sont plus en « échec de la société » qu’en échec scolaire. Ils n’aiment pas l’école, c’était mon cas aussi ! Maintenant, il faut les intéresser à un métier, ils n’ont jamais utilisé leurs mains, certains ne savent pas planter un clou. Mais ça fait partie de la vie…

Là, ce sont des élèves en maintenance nautique 1ère année. Ils vont devoir apprendre les termes nautiques, à stratifier, à utiliser des résines, à démonter un mât ou un enrouleur de gréement… Ce petit bateau, c’est mes élèves de 2ème année qui l’ont construit. Ils ont fait les plans, le master en contreplaqué. Le master, c’est un « poinçon » mâle, on va dire, on le cire et on fait le poinçon femelle. A partir de là, on reproduit la coque. La cire, c’est un peu comme le beurre dans le plat à tarte pour éviter que ça colle ! On va faire la déco pour que ce soit un peu plus ludique et on va naviguer avec !

Eh les gars, vous auriez pu tracer un peu droit… Soyez critiques de ce que vous faites, c’est tellement plus simple de couper droit : 3 fois coupés, 3 fois trop court comme on dit. C »est pas dur de couper droit… La prochaine fois, vous vous prenez une cale, parce que tout est comme ça dans la vie, Il faut faire du mieux possible, la première fois.

Photo Sophie Hourdin Marty

Là, c’est un voilier qui nous a été donné par son propriétaire pour son intérêt pédagogique. Je dois seulement garder le nom du bateau. On va le retaper, changer les vis cuivres, il date de 1930 environ, il a une petite valeur historique. Les bordées sont bien mais sous la ligne de flottaison on a eu des entrées d’eau. On va le stratifier avec une résine spécifique au bois, on va saturer le bois et on va vernir. Si on fait ça dans les règles de l’art, on va repousser la mort de ce bateau une centaine d’années. On a des vis à remettre. Elles seront en inox. Les vis qui tiennent, on les laisse et on va bouchiner toutes les vis à la résine époxy pour les bloquer.

Oui, ça c’est bien les gars… dans le sens de la longueur, oui, comme ça ; faites attention, retournez la pièce de façon à ce que ce soit bien stratifié ici et une autre chose : laissez pas trop tomber les tissus car par gravité ils vont tomber.

Les gars, mouillez un peu plus car vous avez fait beaucoup de résine et elle va vous prendre dans les pattes, d’ailleurs elle a commencé à geler, méfiez-vous. Il vaut mieux en faire en deux fois… Vous n’avez pas pris de rouleaux, pourquoi ? Vous faites tout au pinceau ? Le rouleau, ce serait pas mal pour les parties plates. Sincèrement, prenez un petit rouleau…

Attention à l’humidité, vous auriez du vous mettre au soleil ; la table, elle est humide de cette nuit, et le tissus en touchant, il prend l’humidité. Ça va blanchir…

Le composite, l’inconvénient, c’est la température et l’humidité. A moins de 18°, on n’aura pas une polymérisation intéressante. Comme c’est une réaction chimique en chaine, dès que ça démarre, on a une résine qui peut monter à 130°. Ensuite, on démoule comme un gâteau…

(Photo Sophie Hourdin-Marty)

Dans cette fibre de 2 microns il y a 3600 filaments dont chacun se subdivise en 3, c’est beaucoup plus fin qu’un cheveu. Si ça vole, ça rentre dans les alvéoles des poumons, surtout quand on ponce, et c’est de la fibre de verre, c’est inaltérable. Si on ne met pas de masque, c’est grave. Il n’y a pas de vieux stratifieurs, ils sont tous morts. Les anciens ne se protégeaient pas. Pas de masques et ils se lavaient les mains à l’acétone sachant que l’acétone passe dans le sang capillaire, puis dans les veines, les artères et au cœur… Mes élèves, je le leur dis, comme ça ils se protègent. Les mains, on les lave avec du savon de Marseille et de la sciure de bois.

(Photo Sophie Hourdin-Marty)

Ce bateau, c’est un martyr, il sert à faire des trous dedans et à le réparer. C’est pour les charpentiers pour apprendre à gabariser des bordées, calfater… On met du brai, un peu comme du goudron, ça fait un joint d’étanchéité. »

Voir des photos d’élèves de l’IPFM – photos de Sophie Hourdin Marty

Voir les photos de l’atelier bois – photos de Sophie Hourdin Marty

Voir les photos de l’atelier stratification – photos de Sophie Hourdin Marty

Entretien – émaillé de conseils aux apprentis – avec Xavier Kergal
professeur de maintenance nautique à l’IPFM de La Seyne sur mer

IPFM (Institut de promotion et de formation aux métiers de la mer). Etablissement de la Chambre de Métiers et d’Artisanat du Var Contact IPFM : tél. 04 94 10 26 80

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