Incroyable Terra Madre

Extraits du discours d’introduction

Malebo Mancho Maze, représentant communauté agriculteurs éthiopiens, de langue gamo

- « Je vous bénis au nom de mon peuple et de mes montagnes, et des fleuves et des rivières qui y coulent, et de toute la variété des récoltes qui vont continuer à croître. Je suis agriculteur comme mes ancêtres. Mon peuple a hérité de grandes variétés de légumineuses que nous devons léguer au monde et aux générations. La nourriture, c’est la vie. Si nous la gardons dans nos mains, notre avenir sera assuré…

Nos montagnes sont source d’engrais que les femmes portent, enrichissant la terre cultivée par les hommes, et les enfants gardent les troupeaux. C’est un système intégré. Nous pouvons continuer à vivre avec vous tous. Une crainte est de faire comme ces taureaux qui sont descendus dans les plaines, dans les zones chaudes où l’herbe est bonne. Le soir, ils faisaient un cercle pour se protéger de toute attaque. S’ils libéraient une vache, elle serait mangée. Il faut se débarrasser de la vache blanche pensait-il, mais le cercle fut rompu et le troupeau attaqué…

Je suis heureux de voir tous ces pays représentés ; nous devons toujours nous enlacer de cette manière si nous voulons garder notre nourriture… »

Malebo Mancha Maze, représentant de la communauté des agriculteurs ethiopiens de langue gamo

Blacio Akinchang, délégué de la communauté du riz Ominio de la montagne, Philippines

- « Satisfaire les besoins du monde entier et non enrichir quelques-uns, changer nos références, notre façon de consommer et de manger, changer les valeurs, leur hiérarchie… Terra Madre, un moteur pour encourager les échanges entre les peuples.

Sergio Chiamparino, Maire de Turin

- « Pour changer le système mondial d’alimentation tout en préservant les différenciations culturelles et linguistiques, pour une mise en valeur de l’oralité…

- Une révolution culturelle comme une renaissance. Une révolution culturelle de nos habitudes de consommation. Il faut avoir l’orgueil de redevenir un paysan, un paysan avec un revenu équitable. Il faut développer la formation pour un avenir de l’agriculture…

Giovanna Quaglia, déléguée au budget de la Région Piémont

- « Je suis président du Conseil des indigènes de Guarano qui représentent 40.000 personnes vivant dans des territoires d’Amérique latine (Brésil, Uruguay…) Avant la fin du 15ème siècle et l’invasion des européens, nous étions 50 millions de personnes et 2.000 peuples différents. Après la colonisation par l’Europe et l’Occident et un génocide inversé, sur les 1.000 peuples du Brésil, il en reste 225. Nous sommes passés de 5 millions à 800.000 indigènes. 578 ans après l’invasion espagnole, nous voici ici. Malgré la colonisation et l’esclavage, nous avons réussi puisque nous sommes aujourd’hui avec vous. C’est un honneur et une responsabilité pour les rêves et les espoirs des indigènes. La terre où nous vivons est sacrée, nous prenons aux forêts de quoi vivre et nous demandons aux esprits protecteurs de nous respecter. On ne peut pas seulement cueillir, il faut replanter… La terre est malade, nos ressources naturelles sont épuisées. C’est l’homme qui est responsable de cette destruction. Ce manque de respect pour la diversité est la cause des guerres et des destructions.

Nous sommes les fils et les gardiens de cette terre. Il faut un lieu où les différences culturelles soient respectées. D’après la Convention de l’Organisation Internationale du Travail sur les peuples indigènes, chaque gouvernement doit reconnaître nos droits et promouvoir les lois qui en résultent. A Terra Madre, nous formons un réseau de leaders indigènes. »

Adolfo Timòtio Verà Mirim, leader du peuple Guaranì Mbya et responsable de la Sentinelle du coeur de palmier Juraça. Il conclut par un chant sacré guarani

Albina Morilova, déléguée de la communauté des indigènes Kamchadal, Russie

- « Notre terre est celle des volcans, des lacs, des fleuves et des rivières où les saumons pondent. Nous fumons des poissons pour l’hiver où la température atteint les -40°C. Les femmes sont les gardiennes des traditions familiales. Elles font les habits, les jouets, les paniers avec des algues ; elles transmettent la langue et la culture. Nous remercions la nature par des fêtes et des dons. Nous invitons souvent les voisins. Il y avait 20.000 itelmens au 17ème siècle mais les pionniers ont apporté les maladies et les guerres. Il reste aujourd’hui 2.000 personnes et une grande perte de nos cultures et de nos langues. Nous avons été convertis à la religion orthodoxe et au russe. Notre langue risque de disparaître avec les vieux et les chercheurs étrangers. La prononciation est très difficile car elle est gutturale et le vocabulaire moderne est emprunté au russe… »

Albina Morilova, déléguée de la communauté des indigènes Kamchadal, Russie

délégués communauté des éleveurs de rennes et promoteurs de l'ethnie Sami

- « Le peuple Sami est colonisé depuis des siècles en Suède, Norvège, Finlande et sur la péninsule russe. Nos terres ont fait l’objet de déforestations, d’implantations de mines et centrales hydroélectriques. Nous faisons des recherches sur notre langue et notre philosophie environ-nementale. Nous avons plusieurs opportunités pour gagner notre vie : élevage de rennes, pêche, arts, petites entreprises pour la nourriture… La connaissance traditionnelle qui nous relie au passé doit continuer dans l’avenir. L’hiver, les rennes vont manger du lichen qui leur permet de survivre au froid, et l’été nous les faisons pâturer. L’automne est l’époque de l’abattage. On vit avec la nature en se déplaçant. Les rennes nous donnent les vitamines, les omégas 3… Ce n’est pas une nourriture de l’âge de la pierre mais une culture qui revient. Peuples indigènes, nous savons que nous vivons dans l’environnement, nous en sommes les fils. Tant qu’il y aura l’eau pour les poissons, les terres pour les cultures, les forêts où se cachent les animaux, nous serons en sécurité. Mais il y a beaucoup de blessures dans la nature, et nous souffrons des changements climatiques dont les pays civilisés sont responsables et dont ils ne se soucient pas. Les populations indigènes, les paysans, les pêcheurs en sont les premières victimes. »

Ol-Johán Sikku, délégué sàmi et responsable de la Sentinelle du suovas de renne.

Carlo Petrini, Président de Slow Food International et fondateur de Terra Madre

- « Si nous abandonnons les savoirs traditionnels, nous sommes appauvris de ces pratiques et de ce travail avec la nature. Il nous faut faire dialoguer cette connaissance avec la science. Il y a 4 catégories : les indigènes, les paysans, les femmes et les aînés. « Quand le travail imprègne les humbles, de leur respiration, les anges récoltent des diamants ». Concilier technologie et science avec les savoirs traditionnels, c’est le plus beau défi pour les jeunes aujourd’hui. Gardez le contact avec les personnes âgées et les sagesses des paysans, des pêcheurs, des personnes indigènes… Le changement est en cours, les pépinières de l’avenir pour nous libérer d’une pensée hégémonique… Il nous faut faire croître les services, les transports en commun, l’économie solidaire, et décroître l’intensification consumériste. Non plus développer mais « envelopper ». Ce n’est plus une époque de développement matériel, une époque fondée sur la seule efficacité économique. Il nous faut plus de force, d’amitié, d’amour, de compréhension entre les peuples. Vous, les jeunes, réaliserez une métamorphose sociale comme fait le papillon dans le monde animal.

L’harmonie résulte de 3 attitudes :

- la mise en valeur de la diversité qui est la force créatrice du monde,
- le développement de la réciprocité, des dons et des échanges, un mécanisme vertueux de générosité. Les dons et contre-dons sont des valeurs fortes,
- les dialogues et les rencontres, le sens profond de la fraternité.

Terra Madre n’est que la valeur de la rencontre, le partage d’expériences, ressentir l’intelligence de l’affection. Se rencontrer est déjà un miracle dans ce monde où tout nous pousse à nous enfermer. Vivez intensément ces 4 jours et retournez plus fort. »

Carlo Petrini, fondateur de Slow Food,

Atelier sur les langues

- « Je lutte pour conserver des terres pour l’élevage des rennes et pour que mes enfants puissent un jour réapprendre ma langue maternelle… Slow Food et les Sami ont une approche de la terre, de l’environnement, de la biodiversité très semblable. Nous avons conservé une connaissance unique sur comment vivre avec la nature… »

- « Il faut cette renaissance pour pouvoir réapprendre notre langue indigène au Canada. C’est une langue intéressante car fondée sur les verbes et non les substantifs. A travers notre langue, nous saisissons notre rapport avec la nature et notre rôle dans notre environnement. Par exemple l’Est se dit : « la direction d’où naît le soleil ». Cela donne l’idée de la fonction. Si l’on perd les paroles, l’on perd la culture… »

Atelier sur la terre

- « Nous, natifs américains, toutes nos terres nous ont été enlevées. Les colons seraient morts sans nous et après ils ont ignoré nos peuples. Nous devons changer de mentalité et ouvrir l’esprit des oppresseurs. Les multinationales doivent aussi parler avec nous. Pourquoi les banques ont-elles retiré les terres ? La terre appartient aux hommes, pas aux banques… »

Un réseau pour la pêche artisanale

Venus de différentes régions du monde*, des pêcheurs, des éleveurs, des cuisiniers et des restaurateurs se sont retrouvés dans un atelier pour échanger et constituer un réseau en faveur de la pêche artisanale.

* Uruguay, Chili, Espagne (eau douce et marine), Panama, USA, Mauritanie, Equateur, Nigéria, Australie, Galapagos, Sénégal, Canada…

Extraits du discours de clôture

« C’est un travail long au fleuve de notre humanité. Il est dur et difficile car le terrain était aride et pollué par les pensées dominantes, le vol financier, la logique consumériste… Lentement, il se transforme selon un procédé humble que personne n’oublie. Les petites semences croissent dans tous les angles de la terre. Ce n’est pas une logique de concentration mais de parcellisation des communautés. Toutes les firmes multinationales n’ont ni âme, ni corps pour changer le monde, uniquement pour en profiter… Soignez les plantes du balcon, mangez avec vos parents, vivez avec notre terre-mère. Tout est déjà recommencé, tout est déjà recommençant comme une coquille qui insère la politique, et non l’inverse.

Vous êtes les intellectuels de la terre et de la mer qui produisez l’énergie de la vie car vous observez la nature, vous savez soigner les animaux, faire la cuisine… »

Carlo Petrini

Une forte mobilisation : Plus de 6000 participants, 171 pays, 1557 communautés de la nourriture, 2300 producteurs, 560 jeunes, 289 professeurs, 771 étudiants, 185 musiciens… Dans la Région du Piémont, un réseau de 150 communes et l’engagement de la population : 650 bénévoles participent à l’organisation et à l’hébergement des participants…

Pour télécharger l’article sur la revue de L’encre de mer :

Terra Madre – L’encre de mer n° 30-32

Pour voir les photos de Terra Madre de Sophie Hourdin-Marty

- Inauguration de Terra Madre

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