L’Assemblée Générale du GIP Calanques condamne l’avenir de la pêche artisanale malgré les observations des commissaires enquêteurs

Photo Stéphane BalistreriMalgré le fait que les zones de non-prélèvement prévues soient d’une dimension considérable « 4 568 ha » (sans aucune comparaison avec les réserves marines existant en Europe), et qu’elles soient situées sur l’un des rares sites de pêche dans une région où il n’y a pas de plateau continental, l’assemblée générale du GIP Calanques, réunie le 20 janvier dernier, maintient ces Zones « afin de ne pas fragiliser les compromis déjà actés ».

C’est tout l’avenir de la pêche artisanale entre Marseille et Toulon qui est en jeu. En pénalisant les pêcheurs concernés, ce parc va entraîner le report de l’activité sur la bande côtière, déséquilibrant toute la gestion de la ressource expérimentée depuis plusieurs siècles par les Prud’homies provençales.

C’est dire que les signataires de ce projet condamnent implicitement la pêche artisanale, la seule qui soit durable, au profit de la pêche et de l’aquaculture industrielles : un positionnement difficilement compréhensible de la part de « pro-environnementalistes ».

Le plus étonnant est qu’il n’y a pas de « justifications scientifiques » à la mise en place de ces réserves, surtout en ce qui concerne La Cassidaigne, située en zone profonde. Les espèces ciblées par la petite pêche ne sont pas des espèces inféodées aux fonds marins, et ne sont pas non plus en voie d’extinction (ce qui fait qu’il ne pourra être observé « d’effet réserve » même dans plusieurs années). Ce point a d’ailleurs été soulevé dans le rapport des commissaires enquêteurs :

« En premier lieu, le plafonnement à 10% de la surface des ZNP par rapport à celles de l’aire marine n’est pas justifié par un argument scientifique quelconque.
En second lieu, et corollairement, plusieurs contre-propositions ont été avancées qui ne manquent pas de pertinence...
Commentaires de la Commission : le porteur du projet convenant lui-même des faiblesses de cette partie de la charte, il conviendrait d’en reprendre entièrement l’étude (fondée sur une expertise scientifique) dans le sens « d’un renforcement de la cohérence avec les réels enjeux écologiques » et d’une définition des ZNP dans les trois dimensions en se calant sur des « repères explicites (amers) ».

En réponse à la consultation institutionnelle, et suite à une réunion organisée par les Prud’homies varoises et le Comité départemental des pêches et des élevages marins du Var avec le GIP Calanques, les pêcheurs artisans avaient affirmé leur positionnement dans la gestion maritime et avaient fait les propositions suivantes :

« Nous, pêcheurs, sommes les héritiers d’une longue lignée de petits-métiers et d’une gestion prud’homale qui a su, au cours des siècles, préserver notre richesse malgré la faible étendue de nos territoires et l’afflux régulier de pêcheurs d’autres régions ou d’autres pays. Nous sommes des sentinelles de l’environnement, des gestionnaires des eaux littorales et notre histoire en témoigne. Nous ne comprenons pas qu’un tel projet puisse se faire en tenant les pêcheurs professionnels et les Prud’homies à l’écart.

Nous demandons à ce que les propositions des Prud’homies de Cassis, La Ciotat, Bandol, Sanary, Le Brusc et du Comité Départemental des pêches maritimes et des élevages marins du Var soient retenues et mises en application :
– réserve intégrale de la Cassidaigne en dessous de l’isobathe des 500m avec une dérogation pour la palangre à espadons,
– réserve intégrale de Soubeyranne telle que prévue initialement : 500m dans la Prud’homie de Cassis et 500m dans la Prud’homie de La Ciotat jusqu’à l’isobathe des 60m,
– aucune décision de réserve intégrale à-venir (ou autre mesure qui mettrait en cause l’activité halieutique et ses conditions d’avenir) sans l’accord unanime des Prud’homies concernées,
– pas d’autorisation avec un système décadent qui conduit à l’extinction du métier,
– une représentation correcte au sein du Conseil d’Administration des institutions chargées de la gestion des pêches dans la zone concernée, à savoir un poste par Prud’homie directement concernée (Cassis, La Ciotat, Marseille) et un poste pour le Comité régional des pêches et des élevages marins PACA, avec des suppléants,
– l’application, en matière de gestion des pêches, des seuls règlements prud’homaux dans l’enceinte du Parc, définis précisément avec les Prud’homies concernées ».

Seul un ajustement « à la marge » de la zone de Soubeyranne a été retenu…

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Pour voir :
- le communiqué de presse de l’AG du GIP Calanques du 20 janvier 2012
Dossier de presse AG GIP Calanques 20 janv 2012

- le rapport d’enquête publique : Rapport enquête publique

- la réponse à la consultations institutionnelle des Prud’homies varoises concernées et du Comité départemental des pêches et des élevages marins du Var
réponse consultation institut 11 oct 2011

- le compte-rendu de réunion entre les organisations professionnelles de la pêche artisanale du Var et le GIP Calanques
Compte-rendu réunion calanques 7 oct 2011



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