Les migrants et les pêcheurs : débat autour du film « Seulement la mer » tourné à Lampédusa

Liuba Scudieri et Damiano Gervasi - Photo Sophie Marty

Liuba Scudieri et Damiano Gervasi - Photo Sophie Marty

Au micro de Pascale Marcaggi, Damiano Gervasi, pêcheur sur l’île de Lampédusa, une île frontière entre l’Afrique et l’Europe, nous livre un témoignage sur la façon dont les habitants de cette petite île de pêcheurs accueillent les migrants qui arrivent par la mer. Ci-après, quelques extraits d’un débat qui mérite votre écoute attentive :

« Nous tous, Italiens, avons essayé d’émigrer après la guerre et ces mouvements migratoires étaient même encouragés. Pourquoi cela a changé ? Personne n’a envie de quitter son pays natal dans des conditions extrêmes, à moins d’être affamé parce que la pêche, les mines ou les richesses ont été détruites. Et quand ils viennent ici, on ne les veut pas… La planète appartient aux hommes et aux animaux et pas plus à certains qu’à d’autres, il nous faut seulement apprendre à gérer cet espace…

Dagmawi Yimer dans le film "Seulement la mer" - phtoto Stéphane Balistreri

Dagmawi Yimer dans le film "Seulement la mer" - phtoto Stéphane Balistreri

Je n’arrive pas à comprendre pourquoi, alors que nous avons accueilli plus de 400.000 personnes en 20 ans sur 24 km², avec une ville de 5 000 habitants, le monde, aussi grand, n’arrive pas à accueillir ces personnes…

Cet été 2011, suite à la chute du gouvernement tunisien, des prisonniers ont été libérés et on s’est senti trompé par le gouvernement italien et la Communauté Européenne qui ne voulait pas soutenir financièrement cet afflux de personnes. L’île a été saturée totalement pendant 2 mois avec l’arrivée de 15 000 Tunisiens, pour la plupart sortis des prisons. On s’est retrouvé dans un contexte dangereux. Ils ont essayé à 5 000 de faire sauter les pompes à essence pour protester parce qu’ils étaient bloqués sur l’île. Je vous laisse deviner les problèmes d’hygiène… On a donné du savon, des serviettes, à manger, à boire et on a reçu en retour des menaces et des insultes. 6 000 CRS faisaient parade mais ne s’occupaient pas des immigrés. Des gens comme moi ont pris les plus jeunes pour les enlever des lieux de violence. Voilà comment on arrive à faire souffrir un petit peuple pour des enjeux financiers. Quand la Communauté Européenne a donné de l’argent, en 2 semaines, tout le monde était évacué… »

Parlant de l’immense désespérance des jeunes sénégalais, Alain Le Sann, Président du Festival Pêcheurs du monde, et Secrétaire du Collectif Pêche et Développement, conclue : « Les pêcheurs sont souvent au cœur des migrations car ils maitrisent la mer… »

Pour écouter le débat :Débat sur Lampédusa

——————————————————-

Lampeduse, 5000 habitants, a accueilli 400 000 réfugiés en quatre ans : dans la cadre des projections-débats organisés par L’Encre de Mer et le festival  de films Pêcheurs du monde, unique festival de films en France consacré aux pêcheurs artisanaux, le public a pu assister, vendredi 27 janvier, à la projection de « Seulement la mer« , film de Dagmawi Yimer, Giulio Cederna et Fabrizio Barraco, musique de Nicola Alesini (50mn, 2011). Un reportage sur Lampeduse, réalisé par un réfugié éthiopien auprès des habitants de cette île du sud-ouest de la Sicile. Le film est produit par les Archives des mémoires migrantes de Asinitas, Il a reçu le prix du public à Salina DocFest et a été reconnu pour être le meilleur film dans la section migrants et voyageurs au Festival du cinéma africain de Vérone. « Dagmawi rencontre les gens, écoute les vies, observe les histoires et les personnages d’une ile qui jour après jour se déploient et se laissent raconter… et on découvre que sur l’ile plus personne ne nait, et que même les jeunes de Lampedusa au fond, sont tous des immigrés” . Au travers des témoignages des pêcheurs, des gardes-côtes et des habitants, surgit une autre vision de nos frontières et de nos relations humaines…
 
 Participaient au débat qui a suivi ce film : Damiano Gervasi, un des pêcheurs de Lampeduse, protagoniste du film Seulement la mer, qui a vu et voit encore des «clandestins » naufragés dans le canal de Sicile, Liuba Scudieri, anthropologue et conteuse napolitaine qui travaille depuis des années sur les mémoires des migrants de la Méditerranée, et Alain Le Sann, Président du Festival « Pêcheurs du monde » de Lorient et Secrétaire du Collectif Pêche et Développement.

Cette entrée a été publiée dans Autres pays, Festival "Pêcheurs du monde", Films, théâtre et photos, Partenariats, Reportages audio. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>