Les pêcheurs au coeur de la gestion collective d’une ressource commune…

Un festival international de films pour rendre compte de la réalité diversifiée du monde des pêcheurs artisans

Alain Le Sann, photo Pascale Marcaggi

« On parle mal du métier de pêcheur et toujours sous l’angle de la crise de la ressource. Pour nous, la crise est derrière… »
Alain Le Sann, secrétaire du Collectif Pêche et Développement et Président du Festival « Pêcheurs du monde » au micro de Pascale Marcaggi :
Alain Le Sann – Encre de Mer
« Pêche et Développement soutient les pêcheurs artisans localement et internationalement. Le Festival « Pêcheurs du monde » permet une diversification de la vision des pêcheurs…

En Bretagne, on n’a pas de Prud’homie mais on a des organisations territoriales semblables comme la gestion de la coquille saint jacques en Baie de St Brieux, ou la gestion en rade de Brest…

Festival Pêcheurs du monde à Sanary - Photo Pascale MarcaggiLa pêche artisanale est très mal représentée à Bruxelles… On a des lobbies environnementaux qui ont les moyens de se faire connaître, des lobbies puissants de pêche industrielle, notamment pour la gestion des accords de pêche avec les pays du sud…

L’histoire de la gestion prud’homale est un modèle qui a fait ses preuves dans le temps.  Cette approche territoriale qui met les pêcheurs au coeur de la gestion est intéressant…

Il y a des tas d’endroits où la pêche se porte bien. Cette année, dans tous les ports, les débarquements ont augmenté, les prix ont été maintenus et ont permis d’absorber la hausse du carburant. On parle de la plie surexploitée mais elle représente en tonnage une donnée infinitésimale… Pour nous, la crise de la ressource est derrière nous.

C’est important d’avoir différents types de pêche selon les zones : pêche côtière, hauturière, au large car on a besoin de grandes quantités de poissons. Il faut donc toute une gamme d’outils qui s’adaptent en permanence. Aujourd’hui, l’on empêche l’adaptation des pêcheurs aux fluctuations de la ressource. Les pêcheurs savent parfaitement comment la ressource évolue et si elle décline. Dans ce cas, ils se reportent sur d’autres espèces ou trouvent des mesures adaptées. Bien-sûr, il faut l’appui des scientifiques, des ONG environnementales, des politiques mais que les pêcheurs restent au centre du dispositif de décision. Par exemple, il a suffi d’une mesure prise avec les pêcheurs pour rétablir le stock de morue dans la Mer du Nord…

Le film « Phoque, le film » a marqué le public car il donne le regard des pêcheurs concernés et montre comment la campagne contre le phoque a perturbé profondément l’écosystème. Maintenant, il y a 10 millions de phoques et les scientifiques disent qu’il faut en éliminer autrement il n’y aura plus de restauration des stocks de poissons…

Tout le discours sur le fait que les pêcheurs sont des voleurs car ils ne paient pas de droit prépare la privatisation par l’Europe d’un bien qui a toujours été commun dans notre histoire. C’est au contraire une volonté de les déposséder de ce droit collectif qu’il détienne depuis des millénaires. C’est la négation de droits humains…. »

Alain Le Sann, secrétaire général du Collectif Pêche et Développement et président du Festival Pêcheurs du monde, explique pourquoi, contrairement à la réforme de la pêche que prépare l'Europe, il faut d'abord (re)placer les pêcheurs avant tout autre interlocuteur, au centre de la gestion. De fait, prendre le problème par la ressource halieutique n'est précisément pas le prendre à la source, puisque l'industrie n'est alors pas mise en cause, tandis que les petits pêcheurs sont, par cette réforme, voués à être exclus.

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Une réponse à Les pêcheurs au coeur de la gestion collective d’une ressource commune…

  1. le sann Alain dit :

    Merci, juste une remarque ; quand je parle de la restauration de la morue, il s’agit de celle de mer Celtique entre Manche et Atlantique. En mer du Nord, le stock n’est pas restauré. Par ailleurs dire que la crise de la ressource est derrière nous, c’est ce qui est ressenti en Bretagne parce que les signes de restauration se multiplient, même si cette restauration, n’est pas achevée. Aujourd’hui, les priorités sont autres et concernent le renouvellement des bateaux pour les adapter aux nouvelles conditions (énergie, etc) et renouvellement des hommes. Continuer à réclamer sans cesse de casser du bateau et continuer à en faire la priorité, sans prendre en compte les aspects humains, alors que les ports sont vides et que des stocks se redressent n’a pas sens. Une fois qu’on aura tué le métier, la transmission des savoirs, qui y aura-t-il pour pêcher? Il est plus facile de restaurer des ressources que de reconstituer les communautés capables de les exploiter et de les gérer.

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