Réponse à l’alerte d’Avaaz : 24 heures pour sauver nos océans

Je suis excédé par vos appels à multiplier les réserves intégrales qui ouvrent la voie à la privatisation des océans par des ONG environnementalistes souvent ultra libérales et  au prix de l’expulsion de milliers de pauvres gens, car il n’y a pas que des méchants de l’horrible pêche commerciale. Cette colonisation par des ONG environnementalistes n’est pas sans rappeler le « bon vieux temps des parcs coloniaux ».

J’ai écrit à ce sujet à propos de la réserve des Chagos au bénéfice des militaires américains. Personne ne m’a répondu.  Président d’un festival de films « pêcheurs du monde », nous présentons plusieurs films qui témoignent de cette réalité. Et arrêtez avec cette ânerie sans nom des océans vides en 2048, c’est de la propagande qui dessert ses auteurs.

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NDLR : Méfiez-vous des messages de « shérif » quêtant votre « clic » pour sauver la planète ! Du style :

Dans 24 heures, l’Australie pourrait sauver un million de kilomètres carrés d’océan — mais le lobby de la pêche commerciale s’oppose vigoureusement à cette initiative…. Les rapports sont accablants: dans 36 ans, nos océans pourrait être complètement vidés de leurs poissons, et d’ici 100 ans tous les récifs coralliens pourraient avoir disparu. Cette décision ne pourra à elle seule inverser la tendance, mais elle établira la plus grande réserve marine au monde!

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4 réponses à Réponse à l’alerte d’Avaaz : 24 heures pour sauver nos océans

  1. F. Thomas dit :

    Je voudrais juste vous préciser que la démarche dans laquelle s’inscrivent les aires protégées n’a en aucun cas pour but de mettre sous cloche une zone géographique. Ce protectionnisme de base a été abandonné depuis au moins une 20aine d’années maintenant. Aujourd’hui, le but est de créer une zone gérée durablement. Bien sûr cette gestion peut passer par la constitution d’une réserve intégrale centrale mais de taille réduite, pouvant servir notamment à la reconstitution du stock halieutique. En périphérie de cette zone centrale les pêches peuvent donc être favorisée. Et c’est bien là le but d’une aire protégée : allier protection des milieux et des espèces et exploitation durable des ressources. Un tel objectif nécessite forcément une démarche participative (avec tous les acteurs) qui est déjà de mise dans une grande partie du monde (du moins à ma connaissance).
    Je serais vraiment intéresser de correspondre plus amplement avec vous sur ce sujet.

    Cordialement,
    Thomas F.

  2. Alain Le Sann dit :

    Merci pour votre réponse.
    Vous ne répondez pas sur l’affaire des Chagos, qui est pour moi un déni des droits humains caractérisé. Pour le reste je connais bien ce discours bien rodé, malheureusement, il est loin de correspondre à la réalité. On peut d’abord avoir des doutes sur l’efficacité des Réserves comme outil de gestion des pêches, c’est un outil possible mais pas toujours efficace. C’est d’abord un outil de gestion de la biodiversité. Pour ce qui concerne la réalité, je vous invite à venir à notre festival qui présente deux films édifiants sur l’impact social des réserves et AMP, dont « la lune et le bananier ». A Madagascar, c’est ce qui se fait de pire, ce pays vend ses terres aux multinationales et parmi elles, il y a des ONG environnementalistes qui s’approprient en tout bonne conscience participative les terres des pauvres et maintenant leurs côtes. Par ailleurs, nous pouvons vous montrer le film » le droit de survivre » réalisé en 2008 par ICSF en Inde et montre la catastrophe sociale que constitue une AMP destinée à la protection des tortues. Voyez aussi le document d’enquête d’ICSF sur l’impact social des AMP et surtout des réserves intégrales. Il est rare que ces réserves soient socialement positives et réellement participatives, quoiqu’en disent les ONG.
    Quant à l’Australie, je ne connais pas les détails, mais je suis étonné que ce pays continent ne produise que moins de 200 000T de poisson, réduise encore ses captures, en créant à l’infini des réserves, privatise ses ressources, tout cela pour aboutir à importer de plus en plus de produits de la mer des régions asiatiques voisines, qui souffrent de surexploitation. On protège chez soi, pour mieux détruire chez les voisins…

  3. Melle Julie dit :

    Cher Monsieur,

    Pour ce qui concerne la réserve des Chagos, vous avez raison sur le point de la violation des droits humains. Cependant, il ne s’agit pas ici d’une violation au bénéfice des militaires américains (l’île sur laquelle se trouve leur base a été exclue du champ de l’AMP) mais au bénéfice du Royaume Uni. La souveraineté britannique sur l’archipel des Chagos est contestée depuis longtemps par Maurice, au nom d’ailleurs des habitants de cet archipel, injustement déplacés et privés du droit de pêcher leurs ressources. La création de cette gigantesque réserve intégrale ne répond donc pas particulièrement à un objectif environnemental mais est utilisée à des fins politiques, afin d’assoeir la souverainté britannique sur cet espace. C’est d’ailleurs une méthode que ce pays semble vouloir reprendre dans d’autres parties du globe (et notamment pour tout ce qui concerne ses disputes territoriales avec l’Argentine).

    Pour ce qui concerne les AMP, je suis effectivement d’accord pour dire qu’il s’agit en premier lieu d’un outil de gestion de la biodiversité et non d’un outil de gestion des pêches. Mais il existe maintenant des cantonnements de pêche couplés avec des AMP qui fonctionnent très bien. De plus, le bon état des stocks halieutiques fait partie intégrante des objectifs à atteindre pour protéger la biodiversité marine et cet objectif bénéficiera à tous, à long terme. Il a été souligné à de nombreuses reprises la nécessité d’établir des AMP où la pêche soit bien gérée (et non forcément interdite) et rappelé qu’à cet égard, la pêche artisanale était bien plus respectueuse de l’environnement que la pêche industrielle et qu’elle générait bien plus d’emplois et donc de bénéfices pour l’économie locale. Ce n’est donc pas la pêche commerciale dans son intégralité qui est pointée du doigt. La pêche artisanale a un rôle important à jouer dans la bonne gestion des écosystèmes marins. Créer des AMP ne signifie donc pas déplacer des populations locales et leur interdire l’accès à leurs ressources.

    Pour ce qui concerne l’Australie, je suis bien d’accord avec vous. Mais nous-mêmes, au sein de l’UE, ne faisons guère mieux, et importons un pourcentage extrêmement élevé du poisson que nous consommons. Ce poisson que nous importons est pêché en grande partie dans les eaux de pays en voie de développement (Afrique de l’Ouest, Océan Indien, Pacifique…), parfois d’ailleurs par des flotilles de navires « artisanaux » qui le revendent ensuite à de plus gros navires coréens ou chinois… Ce poisson est pêché dans des conditions sanitaires et sociales plus que douteuses (mais le consommateur européen semble se laver les mains du fait que des personnes quasiment réduites en esclavage ont pêché ses poissons panés) et, quand il n’est pas envoyé frais en Europe, va se faire fileter ou transformer en Chine aux coûts environnementaux et/ou sociaux que l’on suspecte. De plus, une part non négligeable du poisson que nous importons provient de pêcheries dites « illégales », pêcheries qui privent les pêcheurs qui respectent les règles de sources de revenus non négligeables.

    Les Etats-Unis et le Japon sont, après l’UE, les plus gros importateurs de poissons au monde.

    Commençons par balayer devant notre porte!
    Cordialement,

  4. Alain Le Sann dit :

    merci
    Globalement d’accord avec l’essentiel de ce que vous dites sauf sur les AMP; je maintiens qu’elles se traduisent par des expulsions, des effets sociaux négatifs dans bon nombre de cas, comme le montrent les études d’ICSF que vous semblez ignorer, et tout récemment encore, une rencontre en Inde sur les impacts sociaux des AMP. A consulter sur le site d’ICSF. Pour les Chagos, weakyleaks a montré des documents montrant tout l’intérêt de la réserve pour l’armée américaine et Avaaz a soutenu la création de cette réserve, alors que nous avions signalé le problème.
    D’une manière plus générale, il faut plus de 24 heures pour sauver les océans, arrêtons avec ces slogans simplistes.
    cordialement

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