Le talent d’Achille

Il vous en parlerait aussi longtemps qu’il a pêché :  cinquante-trois ans ! Avec un franc-parler digne du français qu’il a plus tard appris avec l’accent corse. Petit-fils de pêcheurs originaires de Naples établis sur l’île de la Galite, venus pour beaucoup s’installer, au lendemain de l’indépendance de la Tunisie,  au Lavandou, sa famille à Sanary-sur-Mer, Achille Vitiello a autant de souvenirs que de poissons pêchés.

Ce matin-là, à l’heure du casse-croûte avant les préparatifs de  bouillabaisse géante du soir et pendant que les autres mangeaient merguez et sardines, crues ou grillées, au choix, Achille Vitiello racontait quelques souvenirs, en compagnie de Jean-Michel Cei, premier prud’homme de la prud’homie de Sanary :

Reportage audio : Achille Vitiello

« Dans les années 70, les usiniers français avaient des contrats avec les Espagnols et les Marocains…. nous, on allait au lamparo, on remplissait nos caisses de quatre kilos, on les débarquait  sur le quai, bien en piles de dix, et un vétérinaire de je ne sais quel service de Toulon venait nous les compter : on rembarquait alors  les caisses sur le bateau, et on allait au large pour les vider. A la fin de la semaine, on nous payait les sardines qu’on avait jetées à la mer ! On le faisait avec mal au coeur, ce qui a fait qu’on a arrêté le lamparo : ils n’ont pas eu tellement besoin de nous dire de l’arrêter, le lamparo ! Cela nous faisait mal au coeur de remplir les caisses et après d’aller les vider. A la fin de la semaine, on avait le chèque ! On a arrêté, parce que ce n’était pas possible, on ne pouvait pas faire ça : on n’a pas tellement eu besoin de nous le dire.

… Mais on a eu le tort, nous les pêcheurs, et je n’ai pas honte de le dire, d’avoir utilisé la dynamite, pour le lamparo.

C’est la grosse misère qu’on a fait au poisson bleu. Les poissons ne mouraient pas. On balançait la dynamite en-dessous de la « tâche » de poissons, ça les faisait monter sous la lampe et ils avaient tellement peur qu’ils se laissaient encercler. Mais les sardines qui en réchappaient ne pondaient plus. Les scientifiques sont venus, ils ont ouvert les sardines devant nous, pour nous montrer que ces sardines-là ne pondaient plus d’oeufs : ça, on ne l’a pas compris. Et ça, c’est à notre charge, on ne l’a jamais compris. Il y avait les matelots qui venaient vous voir : on avait besoin d’un matelots. Ils nous disaient : « moi, je veux bien travailler.  » – « Mais tu as de la dynamite ? « - « Non ». – « Eh bien, bonne nuit ! ». Et je vous en parle parce que j’étais patron-pêcheur. Voilà ! Il n’y avait pas à nous le prouver par A + B, on savait que ce n’était pas bon. Voilà comment le lamparo s’est arrêté. »

« Mais ce que l’on vendait à Toulon était alors le double du prix plancher : si bien que l’on faisait la course sur la route pour arriver le premier au marché de Toulon. »

 

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