Blue charity business : jeu d’influence et transfert de fonds pour raffler les poissons et les océans de la planète

Photo Pascale MarcaggiPourquoi les fondations américaines ont-elles investi plusieurs centaines de millions de dollars US dans les réformes des politiques des pêches, y compris des pêches européennes ? C’est la question que se sont posés des chercheurs du Collectif Pêche et Développement. Dans leur rapport très détaillé, intitulé « BLUE CHARITY BUSINESS «  ou le « Business caritatif de l’environnement marin », Alain Le Sann, Yan Giron et Philippe Favrelière révèlent que 5 fondations caritatives sont particulièrement impliquées :
– the PEW Charitable Trusts,
– David & Lucile Packard foundation,
– Gordon & Betty Moore foundation,
– the Walton Family Foundation,
– the Oak Foundation.

Photo Pascale MarcaggiBlue charity business (résumé)
Blue charity business (rapport complet)

Ces fondations ont en commun « une vision conservationniste extrême fondée sur la vision américaine du « wilderness » (nature vierge) » qui en appelle à une « privatisation globale des droits de pêche ». Convaincre, par le biais d’ONG environnementalistes, de rapports scientifiques, de messages médiatiques et de lobbying auprès des politiques que les ressources marines sont globalement surexploitées et qu’il est urgent d’instaurer des « droits de pêche », telle est la procédure entreprise. Cet outil de capitalisation et de concentration d’un bien collectif permet à quelques grands armements de mettre la main sur des espèces exploitées par des flottes artisanales et conduit à mettre les pêcheurs professionnels restants sous la dépendance de grandes ONG pour l’accès aux ressources marines. Mettre l’espace marin « sous contrôle » de quelques grands intérêts financiers…

Quant aux raisons pour lesquelles ces fondations investissent plusieurs centaines de millions de US$  sur la conservation marine, il faut probablement les rechercher dans des activités maritimes concurrentes (environnement, tourisme, valorisation des ressources minérales des fonds marins, énergies marines renouvelables, industries off-shores …) qui sont « de nouveaux fronts pionniers sur un nouvel eldorado marin« .

 » Des découvertes récentes d’hydrocarbures dans des zones fréquentées par la pêche européenne (mer Celtique), mais aussi les développements futurs de l’éolien en mer, vont nécessiter des zones au large de taille très importantes. Il en va de même pour les futures zones de prospection sur les terres rares marines. Ces nouveaux pionniers sont peut-être gênés par les activités de pêche. Jusqu’à présent, les conditions de cohabitation entre l’éolien au large et les activités de pêche, et notamment les arts trainants, ne sont pas clairement définies. Au Royaume-Uni, par exemple, les zones éoliennes en mer ne sont jusqu’à présent pas ouvertes à la pêche.« 

Enfin, « Il est permis de penser que les fondations américaines qui interviennent aujourd’hui en soutien aux ONGE, ne sont pas totalement neutres au regard des intérêts pétroliers off-shore, ni au regard de l’approvisionnement d’une industrie de la très haute technologie en terres rares. Cette présomption est liée à la composition des directoires de ces fondations.«  Pas toujours rose l’univers des fondations caritatives…

Photo Pascale MarcaggiQui va le croire ?!
De façon plus pragmatique, la surexploitation de stocks et la raréfaction de la ressource sont apparues avec le développement de la pêche industrielle et la constitution de groupes financiers pour l’armement des navires. La solution proposée par la Commission Européenne, et par de nombreux pays dans le monde, pour gérer les ressources est de concentrer les droits de pêche (l’accès aux ressources marine) dans les mains des industriels et des grands armements.

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