Réponse d’un prud’homme pêcheur au WWF

Joseph Davi, pêcheur à Sanary, photo d'Alexis Fossi

Joseph Davi, pêcheur à Sanary, photo d'Alexis Fossi

Suite au questionnaire adressé par le WWF aux pêcheurs (cf article sur ce site), Didier Ranc, prud’homme pêcheur de La Seyne sur mer fait la réponse ci-après :

Madame la Présidente,

Votre brochure attire pour moi quelques remarques :

Je pense quelle s’adresse tout d’abord à la petite pêche côtière, (bateau de moins de 12 m, qui sortent quelques heures en mer par jour, et qui vendent le produit de leur pêche dès qu’ils sont à quai). C’est mon cas !

La petite pêche côtière pour vivre et maintenant pour survivre doit être tout ce qu’il y a de plus polyvalent.

A travers les mesures que la Commission Européenne a prise, à la demande du WWF et d’autres organisations écologiques, plus de 50% des engins de pêche utilisés par la petite pêche côtière de Méditerranée, depuis la nuit des temps, ont été interdits.

Quelques exemples :
- La thonaille et tous les autres filets maillant dérivants jusqu’à celui qui sert à pêcher des sardines (!)
- Les petits filets côtiers qui servaient à pêcher le thon ainsi que la mise hors normes de tous les filets de poste les rendant en partie inutilisables.
- Le passage avant la fin de l’année 2012 de la maille du GANGUIS à 40 mm au carré ou 50 mm étiré assimilant cet engin à un chalut, ce qui va entrainer la disparition de ce métier.

Pêcheurs de Sanary - photo Alexis Fossi

Pêcheurs de Sanary - photo Alexis Fossi

Il reste pour travailler aux petits pêcheurs les filets de fond (trémails), les palangres, et les casiers qui servent à exploiter les mêmes espèces sur les mêmes zones de pêche, en clair à surexploiter et à commercialiser le peu de ressource ciblée qui reste disponible dans la mer.

Le WWF avec d’autres ONG à, en outre, fait pression sur les GMS, pour boycotter certaines espèces comme le THON ROUGE faisant perdre principalement le bénéfice du circuit court de cette clientèle à la petite pêche côtière.

Le WWF veut maintenant promouvoir ce qui nous reste à pêcher en développant les circuit courts ?

Les petits métiers de Méditerranée n’ont pas attendu le WWF pour avoir depuis toujours occupé l’espace « circuit court ».

Faire la promotion, c’est une nouvelle fois organiser le pillage de ce qui reste autorisé à pêcher, hors quota, pour je vous cite: « goûter un monde meilleur ».

Si le WWF veut aider les petits pêcheurs à vivre décemment de leur métiers, il doit tout d’abord revoir sa position quant au QIT*, à l’aquaculture et à la pêche minotière.

photo Alexis Fossi

photo Alexis Fossi

Il doit aussi et surtout œuvrer pour rétablir la POLYVALENCE de la petite pêche dans son INTEGRALITE et promouvoir en particulier les espèces oubliées.

 En ce qui concerne la valorisation du métier de petit pêcheur, et de pêcheur en général, il faut faire très vite, l’espèce est en voie de disparition, il reste bien encore quelques individus qui détiennent «  le savoir faire », mais ils sont vieux et le temps est compté.

Le consommateur serait à la recherche de produits sains, bons, à des prix abordables.

Personnellement, j’inciterais le consommateur et les ONG  telles que le WWF à rejoindre la structure Slow Food et TERRA MADRE, et à faire la promotion de produit « Bon, propre et juste », c’est une manière plus honnête de se rapprocher du producteur-Pêcheur.

J’arrêterai là ma réflexion en disant aux personnes travaillant pour le WWF que si elles ont envie d’aider la petite pêche côtière et la pêche artisanale à s’en sortir, il faut venir sur le terrain, rencontrer ceux que l’on ne rencontre jamais dans les réunions, et ensemble élaborer des plans de sauvetages concrets et des plans d’avenir en faveur de la ressource et des gens qui en vivent.

Cordialement,

Didier RANC, 1er prud’homme de pêche de La SEYNE sur/mer ST MANDRIER            Adhérent à l’ONG pêche et développement et à Slow Food

PS: Je lis à la fin de votre plaquette, je cite: « le WWF oeuvre pour construire un avenir où les humains vivent en harmonie avec la nature ».  C’est exactement de ça, de cet art de vivre,  que le WWF et la commission Européenne de Madame DAMANAKY  ont privé les petits pêcheurs côtiers de Méditerranée et continuent de le faire. Je vous invite à vous rapprocher de la gestion des pêches qui était celle des Prud’homies de pêche de Méditerranée…

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Une réponse à Réponse d’un prud’homme pêcheur au WWF

  1. vaudo guy dit :

    Monsieur le Prud’home je suis en parfait accord avec ce que vous venez d’exposer et je pense qu’il serait judicieux dès à présent de travailler sur certains dossiers tels que la levée d’interdiction de filets dérivants pour la pêche au thons , à la sardine et au maquereaux car ces activités sont ancestrales et non jamais portées atteintes au milieu naturel ni aux mammifères. Vous savez aussi bien que moi que sur ces dossiers un grand mensonge a été créer afin d’aboutir à l’interdiction totale des filets dérivant au lieu d’interdire que ceux qui effectivement capturaient les mammifères marins.
    De plus la levée d’interdiction sur ces filets ancestraux favoriserait la polyvalence de notre métier et non la surexploitation par les filets de font ou les filets maillants.
    cordialement
    Guy Vaudo

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