L’encre de mer n° 33 : La revue de l’Encre de mer reprend sa navigation

L'encre de mer n°33L’encre de mer reprend sa navigation en parallèle. Aux pages blanches et colorées s’enchainent textes, peintures et photos. Sur la toile internet se déroulent reportages audio, précisions techniques et données informatiques.

Entre ciel et mer, les pêcheurs artisans vivent dans la mouvance et s’adaptent aux variations perpétuelles de leurs écosystèmes tout en les préservant, autant que faire se peut.

 Au-delà de nos regards fixes de terrien, la mouvance est partout : du cosmos à la terre que nous foulons, des particules aux cellules, des plantes et des animaux aux paysages qui jalonnent notre chemin et, dans cette alchimie, le temps aussi perd sa solidité.

Sous cet éclairage, pêcheurs, bergers et autres nous ouvrent les portes d’un nouveau rapport au monde.

Ci-après, le texte de la revue n°33 entrecoupé d’explications et de citations. Pour les amateurs d’expression artistique (peintures, dessins, photos, poésies, transcriptions directes), la nouvelle revue de l’Encre de mer est disponible sur demande (voir détails à la fin).

Dans la longue expiration de notre univers, tandis que les galaxies s’éloignent à une vitesse croissante et vertigineuse de notre voie lactée, la planète bleue poursuit sa course autour du soleil, modelant et remodelant son faciès au gré des volcans et des chocs intercontinentaux.

Nasa goes project

Photo Nasa goes project

Notre univers est en mouvement, probablement perpétuel, tout comme notre planète qui y prend place et dont la constitution intérieure fluide rend compte des mouvements de l’écorce terrestre.

« On pense que l’univers est né il y a environ quinze milliards d’années dans une explosion fulgurante (le big bang)[1] à partir d’un état inimaginablement petit, chaud et dense, qui aurait également donné naissance à l’espace et au temps. Depuis, l’univers est en expansion et s’est continuellement dilué et refroidi. »[2]

« Le mouvement général d’éloignement des galaxies, le fait que leur vitesse augmente avec la distance et le fait que cet accroissement soit le même dans toutes les directions sont les preuves les plus immédiates de l’expansion… » [3]« Imaginons une inversion du cours des événements : en reprenant leurs trajectoires en sens inverse toutes les galaxies se rencontreraient en un même point de l’espace, au même instant. D’où l’idée d’une grande explosion…[2]

La voie lactée est un semis d’étoiles situées à des milliers d’années-lumière. L’ensemble de ces étoiles (y compris notre soleil) forme notre Galaxie[4]. Elle renferme plus de cent milliards d’étoiles dispersées dans un volume en forme de disque que nous voyons par la tranche… Les étoiles s’assemblent en galaxies, les galaxies en amas, les amas en super-amas…   

Sous la formidable avalanche météoritique qui lui a donné naissance, notre planète semble être restée liquide pendant plusieurs centaines de  millions d’années. La première croûte stable n’apparaît qu’à la fin de cette période. Le fluide intérieur, animé par de puissants mouvements de convection, continue longtemps à bouillir. C’est lui qui, aujourd’hui encore, anime les volcans, les tremblements de terre, ainsi que l’errance continuelle de nos continents. La Terre est le prototype de la planète vivante. »  [3]

Le ciel que percent les étoiles et les nébuleuses, comme autant d’étincelles invraisemblables apparues des milliards d’années auparavant, raconte à lui seul l’histoire de notre cosmos, la façon dont l’infiniment petit s’agrège et se désagrège sans relâche, donnant forme à l’étonnante tapisserie galactique qui est la nôtre.

Nasa, Esa, et G. Bacon (STScI)

Photo Nasa, Esa, et G. Bacon (STScI)

 « Dans notre galaxie, on trouve des amas d’étoiles d’âges variés, allant jusqu’à 14 ou 16 milliards d’années. Ces vieux amas sont formés d’étoiles dites « de première génération » nées vraisemblablement au tout début de la Galaxie. Elles ont l’âge de notre Galaxie… Dans la théorie de l’expansion universelle, les galaxies apparaissent très tôt. « Tôt » ici veut dire moins d’un milliard d’années après l’explosion initiale… » [3] « Le physicien Georges Gamow se rendit compte que pendant les trois cent mille premières années de l’univers, sa température et sa densité étaient si extrêmes qu’aucune des structures actuelles (galaxie, étoile, vie) ne pouvait se former et qu’il ne contenait que particules élémentaires et lumière. Selon lui, cette lumière originelle, chaude et énergétique, devait encore nous parvenir aujourd’hui mais considérablement refroidie à cause de l’énergie qu’elle avait dû dépenser pendant quinze milliards d’années pour rattraper notre galaxie emportée par l’expansion de l’univers. Cette chaleur résiduelle du feu de la « création » a été découverte par hasard en 1965… »[2]

Nasa Noaa goes project

Photo Nasa Noaa goes project

« La découverte du rayonnement fossile nous apprend que l’expansion universelle se poursuit depuis un état initial au moins un milliard de fois plus concentré et mille fois plus chaud que l’état présent. Au cours des ères, ce rayonnement s’est refroidi au rythme de l’expansion… La nature, en gestation perpétuelle, va accoucher de la vie, en 4 grandes phases… Les chaleurs excessives (..) occasionnent quelquefois des engourdissements. C’est l’état de l’univers initial… Autour de la première seconde, c’est l’éveil du nucléaire, la température[5] est descendue à un milliard de degrés. Grâce à la force nucléaire, les nucléons se combinent. Les premiers noyaux, surtout l’hélium, font leur apparition… La température baisse encore pendant un million d’années avant le prochain éveil : celui de la force électromagnétique. Vers trois milles degrés, les électrons se combinent aux noyaux pour former des atomes d’hydrogène et d’hélium. Les atomes d’hydrogène se combinent pour donner des molécules d’hydrogènes. A ce moment, le rayonnement est émis, que nous détectons aujourd’hui, fossilisé, au radiotélescope… La force de gravitation s’éveille quelques centaines de millions d’années plus tard. D’énormes quantités de matières s’assemblent et donnent naissance aux galaxies. Les galaxies engendrent les premières étoiles… Dans leur centre, la température remonte et réanime la force nucléaire… Les étoiles comme le soleil transforment l’hydrogène en hélium. Les géantes rouges engendrent les atomes fertiles d’oxygène et de carbone à partir de l’hélium. Cette évolution se poursuit et donne naissance à tous les noyaux stables, jusqu’aux plus complexes. A la fin de leur vie, les étoiles se désagrègent et renvoient leur matière à l’espace interstellaire… Les noyaux nouveaux-nés s’habillent d’électrons et forment de nombreux atomes. Ici débute l’évolution chimique. Les atomes se combinent en molécules et en poussières interstellaires. Plus tard, autour d’étoiles en formation, ces poussières s’agglutinent et engendrent les planètes… Certaines de ces planètes possèdent des atmosphères et des océans où l’évolution chimique s’accélère, donnant naissance à des molécules de plus en plus complexes. Dans la foulée, l’évolution devient biologique et produit successivement les cellules et tous les vivants… »  [3]

IMG_1993« C’est à cause du refroidissement de l’univers que des structures peuvent apparaître. L’énergie du vide intervient, elle donne naissance à la matière. Einstein nous a donné la clé de ce mécanisme par sa formule, sans doute la plus célèbre de l’histoire des sciences : E=mc². Une quantité d’énergie peut être convertie en une particule de matière (dont la masse m est égale à la quantité d’énergie E divisée par le carré de la vitesse de la lumière c). Des particules élémentaires (des quarks et des électrons, par exemple) se combinent pour former des atomes, des molécules, et finalement des étoiles. Les étoiles s’assemblent par centaines de milliards en galaxies, et les centaines de milliards de galaxies de l’univers observable se regroupent pour tisser une immense tapisserie dans le cosmos. L’infiniment petit a accouché de l’infiniment grand. Dans au moins une de ces galaxies, la Voie lactée, près d’une étoile nommée Soleil, sur la planète Terre, des molécules s’assemblent en chaînes d’ADN qui vont mener à la vie, à la conscience et à des hommes capables de s’interroger sur le monde qui les entoure et sur l’univers qui les a engendrés. »[2]

A ce niveau du développement, l’on pourrait croire encore à l’histoire fondatrice de notre cosmos et à l’existence réifiée de particules élémentaires qui seraient au cœur de la matière…

« Dans tous les cas de figure, l’univers newtonien statique et immuable est maintenant ravalé au rang des théories obsolètes. Les étoiles naissent, vivent leur vie en brûlant leur carburant d’hydrogène et d’hélium, puis meurent en expulsant dans le milieu interstellaire leur gaz enrichi en éléments chimiques provenant de leur alchimie nucléaire. Ce gaz s’effondre sous l’effet de la gravité pour donner naissance à une nouvelle génération d’étoiles, et ainsi de suite. Ce sont des cycles de vie et de mort qui se succèdent sur des millions, voire des milliards d’années. Le soleil qui est apparu il y a quatre milliards d’années, soit onze milliards et demi d’années après le big-bang, est déjà un astre de la troisième génération. Les galaxies, qui sont des groupes de centaines de milliards d’étoiles en évolution, doivent donc aussi changer au cours du temps. De plus, rien n’est immobile dans l’espace. La gravité fait que toutes les structures de l’univers, étoiles et galaxies, s’attirent et « tombent » les unes vers les autres. Ces mouvements de chute s’ajoutent aux mouvements de l’expansion de l’univers. La Terre, de fait, participe à un gigantesque ballet cosmique… Le ciel statique et immuable d’Aristote est bien mort. Tout n’est qu’impermanence, changement, transformation… Le monde subatomique n’échappe pas à cette règle. Malgré l’apparence placide et immobile de la matière qui nous entoure, des nuées d’électrons tourbillonnent dans le vide des atomes. L’espace qui nous environne et que nous croyons vide et dépourvu d’activité, est peuplé d’un nombre inimaginable de particules « virtuelles » qui apparaissent et disparaissent à un rythme effréné… Au moment même où je parle, il y a mille milliards de milliards de milliards d’électrons virtuels dans un centimètre cube d’espace. Il n’y a pas de doute : l’impermanence est omniprésente. » [2]

Dans la symphonie des montagnes qui se dressent, se bousculent, s’érodent, le paysage de mon enfance s’habille d’une panoplie de roches confectionnées dans les entrailles de la terre et des océans. Minéraux célestes, débris coquilliers ou planctoniques, les voilà en surface, colorés ou blanchâtres, friables ou impénétrables.

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Estérel

     Pour ne s’en tenir qu’à la façade maritime provençale, l’on a retrouvé certaines roches datant du Précambien (de 0 à plus de 4 milliards d’années). Les massifs des Maures, de l’Estérel et du Tanneron sont, tout comme les îles d’Hyères et le massif corso-sarde, les restes d’un massif datant de l’ère primaire et composé de roches métamorphiques[6] (phyllades, micaschistes, gneiss) traversées de granite. Ce massif est successivement : érodé, objet d’un volcanisme intense (coulées de rhyolite amarante ou porphyre rouge de l’Estérel), puis recouvert par la mer au tertiaire. Seuls les Maures, l’Estérel et le Tanneron se soulèvent à l’ère quaternaire alors que la partie occidentale s’enfonce. Durant l’ère secondaire, alors que la terre est au sud, la mer alpine, source de produits détritiques, baigne la Provence au nord. De la tectonique alpine, au quaternaire, surgissent des massifs sédimentaires : les massifs calcaires provençaux comme celui des calanques par exemple…[7]

IMG_1980La mer alpine explique que l’on puisse retrouver des fossiles à 3000 m d’altitude, probablement aussi des squelettes d’algues phytoplanctoniques qui, dans d’autres régions, composent sol et relief : « Les diatomées ont formé les carrières de Murat (Auvergne), les coccolithes, elles, ont construit les falaises d’Etretat… La craie est une roche rare issue de l’accumulation de minuscules algues calcaires du plancton (coccolithes) au crétacé (âge de la craie) entre -90 et -65 millions d’années alors qu’une mer tropicale peu profonde recouvrait tout le Bassin parisien… En dehors du Bassin parisien, elle se cantonne dans le nord de l’Europe, où elle forme de magnifiques falaises comme celles d’Etretat, et dans le Sahara… »[8]

C’est pourtant dans le secret des eaux que la vie surgit sous la forme invisible d’une algue bleue, si longtemps démultipliée que sa respiration enrichit notre mer primitive avant d’enrober la mappemonde d’un bouclier salvateur. De là, les plantes, les animaux dans la lignée qui nous précède et qui nous accompagne aussi.

IMG_1989 « Il y a 4 milliards d’années, la température de la Terre commence à diminuer. Sa surface se solidifie, les volcans se forment. Peu à peu, dans l’atmosphère, la vapeur d’eau se condense. Les premières gouttes s’abattent sur le sol, puis une pluie terrible, violente, bouillante tombe pendant des millions d’années, créant les océans. Les comètes, encore très nombreuses à cette période et contenant probablement de l’eau, auraient participé à ce déluge. Tous les creux et les cratères produits par les météorites se remplissent d’eau. L’océan finit par recouvrir presque totalement la Terre, hormis quelques îles : les futurs continents. La « planète bleue » est née !

A cette époque, la couche d’ozone n’existant pas, l’atmosphère ne filtre pas les rayonnements ultraviolets du soleil qui empêchent toute vie sur Terre. L’eau est alors le seul milieu capable de faire écran à ces rayons ultraviolets.

Il y a 3,5 milliards d’années, la vie naît dans l’eau. La mer est une sorte de soupe primitive sans oxygène, contenant des molécules chimiques en suspension. Dans cette « boue » apparaît la toute première cellule vivante : une bactérie anaérobie (capable de vivre sans oxygène). Celle-ci puise son énergie dans les molécules environnantes par réaction chimique (chimiosynthèse) en rejetant des bulles de gaz carbonique.

Après plusieurs mutations, l’une des bactéries anaérobies se perfectionne et synthétise pour la première fois une nouvelle molécule : la chlorophylle. Devenant ainsi algue bleue, cette première algue microscopique (phytoplancton) a la bonne idée d’utiliser sa chlorophylle et l’énergie de la lumière pour fabriquer sa matière végétale (sucres). Consommant des composés minéraux (fer, souffre…) et du gaz carbonique présents dans l’eau, cette production émet un déchet : l’oxygène… Ainsi, l’algue bleue invente la photosynthèse…

Dans un premier temps, l’oxygène se dissout dans l’océan primitif. Les seuls être vivants de la Terre sont des algues microscopiques qui se multiplient, se diversifient et évoluent uniquement dans l’eau. Pendant 1,5 milliards d’années, ce plancton végétal produit assez d’oxygène pour que puissent apparaître les premiers animaux unicellulaires. Ce premier zooplancton est l’ancêtre de toutes les espèces animales marines et terrestres.

Dieppe aux galets 2 - photo Henri Faraut ©

Dieppe aux galets – photo Henri Faraut ©

Il y a 600 millions d’années, les premières traces de vie apparaissent sur terre. C’est le début de l’évolution vers la grande diversité… »[8]

Notons au passage que ces premières algues microscopiques, les cyanobactéries, existent toujours aujourd’hui. La spiruline fait partie de cette famille. Par ailleurs, Hubert Reeves fait un parallèle entre l’atome et la cellule, suivi d’une explication éclairante du fonctionnement de la cellule, au regard du fonctionnement du corps humain :

« Tout comme une poussière interstellaire, une cellule est composée d’atomes mais, contrairement au grain céleste, l’organisation et les liens entre les atomes y sont complexes et souples. « La cellule est l’élément de base, la brique fondamentale, de tous les êtres vivants. Nous sommes des « assemblages » de cellules. Notre corps en contient plus de cent mille milliards agencées avec la plus extrême cohérence. Il y a environ 200 variétés de cellules dans un être humain qui jouent un rôle déterminé. Les unes constituent les os, d’autres, les cheveux. D’autres, encore, nagent dans le sang, sous forme de globules… Bien que très différenciées, « les cellules ont en commun un noyau dans lequel est inscrit le code génétique, nécessaire à la poursuite de la vie et à la reproduction. Cette information est codée au moyen de molécules dont la séquence forme l’ADN… Autour du noyau, on trouve une substance gélatineuse, appelée « cytoplasme » et recouverte d’une membrane qui délimite le monde intérieur de la cellule. Le cytoplasme est peuplé d’une multitude de petites unités, ou organelles, aux fonctions bien définies. cellule http://www.astrosurf.com/luxorion/bio-fonctionnement-cellules4.htmCelles qui joueront le rôle de poumon se nommeront « mitochondrie ». L’oxygène, absorbé par la respiration animale, arrive à la membrane cellulaire par le biais de la circulation sanguine. Il pénètre dans la cellule et rejoint les mitochondries où il est utilisé. L’énergie dégagée est stockée par des molécules spéciales dites ATP. Ce sont, en quelque sorte, des « batteries » qu’on recharge. Plus tard, elles iront libérer leur énergie là où les fonctions vitales de la cellule l’exigent. La respiration cellulaire est la respiration. Le mouvement de va-et-vient de nos poumons n’est que le moyen d’amener l’air aux cellules. D’autres organelles de la cellule, les « ribosomes », ont pour mission l’assemblage des protéines nécessaires à la vie animale. Ce sont de véritables « chaines de montage ». Les éléments nutritifs que nous avons avalés ont été apprêtés par le système digestif avant de traverser la membrane cellulaire et d’arriver aux ribosomes sous forme d’acides aminés. Selon les plans fournis par le code génétique, ces acides aminés sont accrochés les uns aux autres pour constituer des protéines. Les déchets sont rejetés hors de la cellule, repris en charge par le sang, filtrés et évacués dans l’urine. Comme dans le cas de la respiration, l’ultime digestion est celle de la cellule. Chez les cellules végétales, on trouve une organelle colorée appelée « chloroplaste » qui est responsable de la photosynthèse. Les plantes absorbent par leurs racines l’eau du sol, et par leurs feuilles le gaz carbonique de l’air. Les deux substances pénètrent la membrane cellulaire, se rejoignent dans les chloroplastes. Avec la lumière solaire, elles se combinent pour former des sucres qui sont stockés sous forme d’amidon. Ils serviront plus tard de nourriture aux animaux. Le déchet de la photosynthèse est l’oxygène. Évacué par la plante, ce gaz gagne l’atmosphère. La reproduction des plantes et des animaux passe par la reproduction des cellules. Les molécules d’ADN préparent d’abord une copie exacte d’elles-mêmes. Ces deux copies se séparent ensuite pour émigrer chacune vers deux régions opposées de la cellule. La cellule se scinde, les membranes se referment pour former deux cellules identiques, prêtes à recommencer… » [3]

Voix légère des herbes folles, des graminées, des arbustes et des forêts, un fin duvet qui puise en surface ou à quelques mètres seulement sa manne nourricière, si fragile dans sa petite frange d’atmosphère. Rayons ardents, ruissellements, gels, bourrasques et grignotages, aucun moyen d’échapper si ce n’est de tresser en-dedans des trésors d’ingéniosité.

IMG_1992« A la différence des animaux, les plantes ne bougent pas ; ancrées dans le sol par leurs racines, elles sont soumises à tous les aléas climatiques, et ont développé en conséquence un nombre incroyable de ruses pour survivre : on parle de mécanismes d’adaptation à leurs milieu. On a récemment découvert que leur génome contenait plus de gènes que celui des animaux et même que celui de l’homme. Ce n’est pas très étonnant : face aux variations des facteurs du milieu, elles doivent montrer une grande capacité d’adaptation et une aptitude à résoudre les problèmes… Apparues il y a environ 450 millions d’années, les plantes terrestres ont progressivement colonisé l’ensemble des climats et des minéraux disponibles à la surface des continents, à l’exception des glaces et des déserts extrêmes. Elles ont profondément modifié leur milieu, créant un sol favorable à leur enracinement et contribuant avec les algues à l’augmentation puis au maintien de l’oxygène dans notre atmosphère… 

On distingue les arbres à feuillages persistants et ceux à feuilles caduques. Les bourgeons des arbres sont exposés à l’air, donc au dessèchement et au froid. Les plantes herbacées des pays froids sont recouvertes l’hiver par une couche de neige qui isole et protège leurs zones de croissance, ou méristèmes. Les Graminées ont leurs méristèmes à la surface du sol, ce qui leur permet de résister au pâturage et aux périodes sèches : une Graminée peut perdre toutes ses feuilles mais conserver ses méristèmes reliés aux réserves racinaires, et reprendre sa croissance lorsque les conditions redeviennent favorables… 

plante photo C. ConnaulteSelon les degrés de rayonnement et d’humidité, et les niveaux de température, différentes stratégies de photosynthèse sont effectuées. Par exemple, les plantes succulentes (plantes grasses) ferment leurs stomates le jour et les ouvrent la nuit afin de limiter leur perte en eau par transpiration…

L’azote est probablement l’élément le plus limitant pour la croissance des plantes après l’eau… De nombreuses espèces de plantes ont développé des associations à bénéfices réciproques, ou symbioses, avec des organismes procaryotes (cellules sans noyaux, capables de fixer l’azote de l’air) ; elles les alimentent en sucres par leurs racines et récupèrent en échange de l’azote organique sous forme d’acides aminés. Parmi elles, on trouve les Légumineuses (haricots, fèves, petits pois…). Ces plantes sont capables de pousser dans des sols très pauvres en azote, elles sont de bonnes colonisatrices en milieux pionniers… Bien d’autres types de symbiose existent chez les plantes. Ainsi, presque toutes sont mycorhizées : leurs racines sont colonisées par des filaments de champignons ou hyphes, bien plus fins qu’elles et ayant une surface de contact considérable avec le sol, ce qui leur permet d’absorber des éléments très dilués et peu mobiles comme le phosphore… Ici encore, les racines fournissent des sucres aux champignons, qui en échange alimentent la plante en phosphore. Les filaments d’un champignon peuvent coloniser des espèces différentes d’arbres dans une forêt et transférer des sucres même entre espèces distinctes. Si ce phénomène est fréquent, il oblige à repenser notre façon de considérer une forêt : ce n’est plus un peuplement d’arbres indépendants pour leur alimentation carbonée, mais un ensemble fonctionnel avec de nombreuses interactions. Parfois, un troisième partenaire intervient… Les termitières abandonnées deviennent des sources d’azotes utilisées par les racines des plantes voisines. »[9]

 « Bactéries et algues bleues auraient gardé la palme pendant 3 milliards d’années. Les organismes pluricellulaires les plus anciens seraient les méduses (plus de 700 millions d’années). »[8]

lichen« Issues de gouttelettes d’eau de mer apportées par le vent, des micro-algues se sont déposées sur les roches et se sont associées à un champignon produisant « les lichens », les premières plantes qui ont conquis la Terre, il y a 600 millions d’années… Petite algue vivant dans la neige, le lichen s’est soulevé avec la formation des montagnes, elle est la plante la plus haute du monde ! »[8]

Commandez notre revue au prix de 4 euros par numéro + frais envoi (France : 1,05 euros en tarif écopli), ou par abonnement pour 3 numéros au prix de 15 euros (frais envoi écopli inclus), en adressant votre chèque, libellé à l’Encre de mer, à l’Encre de mer – 269 Montée Sœur Vincent – 83110 Sanary (facture et RIB sur demande. E-mail : encredemer@yahoo.fr -    Tél (33) (0)6 77 50 09 21).

Pour les familiers de notre précédente édition, la diminution des subventions nous a amenés à concevoir une revue artistique, avec un montage à la main et un tirage limité. Compte tenu des coûts et du temps de fabrication, le prix a été calculé au plus « bas » mais il ne nous est plus possible d’adresser des exemplaires gracieusement.


[1] Ce qui semble être un début, le big bang par exemple, peut n’être qu’un épisode dans un processus ininterrompu. C’est la limite de notre connaissance des phénomènes physiques qui nous empêche de penser avant ce moment-là.

[2] « L’infini dans la paume de la main » Matthieu Ricard et Trinh Xuan Thuan. Editions Nil / Fayard 2000.

[3] « Patience dans l’azur, l’évolution cosmique » Hubert Reeves Editions du Seuil 1981

[4] Du grec Galactos : lait

[5] On peut résumer les phases suivantes en termes d’une compétition entre l’énergie thermique (représentée ici par le mouvement désordonné que la température procure aux particules) et l’énergie de liaison (qui caractérise la force avec laquelle les particules s’attirent et se retiennent). Avec la baisse de température progressive, les quarks s’allient en nucléons (protons et neutrons) qui s’allient en noyaux qui, avec les électrons, forment des atomes qui constitueront les molécules…

[6] Roches métamorphiques : des roches qui sont portées à des profondeurs différentesde celles où elles se trouvaient initialement et qui se recristallisent. Situation commune dans la croûte et le manteau terrestre et liée aux modification de pression, de température et de nature des fluides en fonction de la profondeur.

[7] Cf. « La Méditerranée de Marseille à Menton » Guides naturalistes des côtes de France. Editions Delachaux et Niestlé 1991.

[8] « Le manuel du plancton » Pierre Mollo et Anne Noury Editions Charles Léopold Mayer 2013

[9] « Aux origines des plantes : des plantes anciennes à la botanique du XXIe siècle » sous la direction de Francis Hallé Editions Fayard 2008

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