Pêche en rivière : le parcours inventif de Claude Janin

P1160864Enregistrements audio :
Claude JANIN – 1 – L’Encre de Mer

A l’encontre des idées reçues, il est des fleuves, comme la Loire, abondants en poissons de qualité, lieux historiques d’une pêche professionnelle diversifiée et dont les abords verdoyants invitent à la balade. Et cette rencontre à Eurogusto avec Claude Janin, pêcheur du crû, révèle un parcours inventif qui va de la transformation des produits de sa pêche, et de leur vente dans les épiceries fines et restaurants locaux, à la balade en bateau en sa compagnie, sur ce fleuve mouvementé qui l’a accueilli avant même qu’il ne naisse !

En matière de pêche, il n’y a guère de fleuve tranquille. Pas même la Loire, creuset de la France en son jardin. Le fief de la douce France recense désormais en tout et pour tout une quarantaine de pêcheurs fluviaux professionnels, dont trente sur la Loire, sept sur le lac de Grand-Lieu – l’un des plus grands lacs naturels de plaine français classé. réserve naturelle – deux sur l’Erdre, affluent de la Loire, et deux sur le domaine de Mazerolles. Parmi ces pêcheurs professionnels, Claude Janin, qui a connu trois générations de sa famille « sur l’eau », son père, lui-même et son neveu.

« On a une super qualité, surtout dans mon secteur, ce sont des fonds sableux avec un fort courant. Ce qui fait que le poisson est pas gras, c’est le sportif de la rivière ! Pour se nourrir, pour se tenir dans le courant, il faut qu’il fasse des efforts à longueur de temps. On a cette chance d’avoir du poisson de qualité… On pêche au filet dérivant ou dormant, avec des trémails. »

P1160870Mais alors que la ressource – mulet, carpe, silure, alose, lamproie, sandre, brochet, anguille, brème, barbillon – est toujours abondante, « le métier a changé ». Métier « connexe à l’agriculture », la pêche fluviale professionnelle compte sur la Loire, moins d’un pêcheur professionnel tous les cinquante kilomètres : « il n’y a presque plus de pêcheurs, parce que c’est un métier dévalorisé. » Alors que la pêche de loisir se porte bien – «cet été,  il y a des gars qui ont pêché jusqu’à cent sandres à la ligne, de 1, 5 kilos à 3 kilos » – et que la civelle, très réglementée, fait l’objet de braconnage portant le kilo de civelle à 2250 euros le kilo, le pêcheur se voit dans l’obligation de s’adapter : d’un côté, l’administration ne délivre une nouvelle licence à un jeune désireux de s’installer, que dans la mesure ou trois « anciens » arrêtent le métier ; de l’autre, le consommateur méconnaît les poissons d’eau douce : « Lorsque nous avons organisé le Muscadet Tour, des 800 convives, bien peu avaient déjà goûté de la carpe. Pourtant, tout le monde avait un avis ! »

P1160869« La pêche a été le plus beau métier du monde, cela n’est plus le cas, et cela n’est pas dû à la ressource »

Dans ce contexte, Claude Janin a choisi de transformer le fruit de sa pêche, afin de le revaloriser : « Les soupes de la Gabare » et « Les viviers du pêcheur », telles sont les deux marques qu’il a créées et qui ont toutes deux la certification « International Food » afin de pouvoir être exportées et, bien sûr, ses poissons bénéficient du label « Poissons sauvages du bassin de Loire ». Mais « ce n’est plus un métier, c’est un sacerdoce », « L’Europe nous impose des choses qui n’ont pas lieu d’être. Regarder l’anguille : nous étions les bons élèves, pendant qu’en Espagne, c’était « la kermesse » ! Quant au poisson de nos étangs, une partie part en Allemagne !« 

P1160872Lors du Salon Euro Gusto, en novembre dernier à Tours, Claude Janin n’était pas sur l’eau. Dès potron minet sur les bords de la Loire, il tenait en plein vent son stand : marmite de soupe chaude et petits canapés de terrines attiraient un badaud, curieux et un peu frigorifié :  « La pêche a été le plus beau métier du monde, cela n’est plus le cas, et cela n’est pas dû à la ressource ».

NB : Pendant que des gens de la région découvraient les poisson de la Loire nourricière, le World Policy Institute faisait part de la proportion de l’aquaculture, dans nos assiettes :

 « Pour la première fois en 2012, la quantité de nourriture provenant des élevages piscicoles a dépassé la quantité de viande bovine d’élevage. 66 millions de tonnes de poissons d’élevage ont été produits contre 63 millions de tonnes pour la viande de bœuf. (…) à partir de 2013, l’aquaculture devrait dépasser la pêche en terme de volume. » (source : http://www.goodplanet.info/actualite).

—————————————————-

Information sur les produits de Claude Janin
Et pour une balade du pêcheur en bateau sur la Loire avec Claude Janin

 

 

Cette entrée a été publiée dans Filière pêche, Reportages audio, Slow Food. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>