Il faut diversifier les types de pêche, c’est la meilleure solution pour sauvegarder les territoires de chaque prud’homie

Revue n°35 de l'Encre de mer

Gangui, photo Elisabeth TempierQuand le bateau est inerte, le goéland il reste à cinquante mètres ; quand on navigue, il s’approche à deux, trois mètres. Déjà, de faire le geste, le goéland, il a compris, il vient au mouvement, alors je prends une poubelle de quatre-vingts litres remplie d’eau, je mets les quelques immatures que je trouve. Dès que le filet est vidé sur le pont, je repère. Toi, tu le verras pas mais moi, avec l’habitude, je vois, un hippocampe, un petit sar, même une petite saupe… tous vivants. Je les mets dans la baille et je m’occupe plus d’eux. Mon travail, c’est de remettre le filet au plus vite à l’eau : sur le pont, le filet, il pêche pas. Je trie et je peux trouver encore un ou deux petits poissons que je rajoute aux autres. Pendant ce temps-là, je mets mes poissons en caisses, je range, j’attends le prochain trait. Et là, dès qu’on est inerte, je verse la poubelle au cul du bateau.Les poissons plongent, là, maintenant, ils savent où est le haut et où est le bas, ils ont récupéré, ils partent au fond avant que les oiseaux ne les voient. Si on relâche les immatures dans de mauvaises conditions, ils se font béquetés. Un kilo par jour, c’est pas beaucoup mais, tous les jours de pêche, au bout de l’année, c’est cent cinquante kilos par an qui repartent et se reproduisent, cela fait quinze à vingt milles poissons… En règle générale, les pêcheurs de gangui, on fait tous ça.

Les captures au gangui sont stables : 60 à 70 kg de soupe par jour, cela varie un peu avec la lune mais on l’explique comme la nuit et le jour. L’été, le jour est plus long, l’eau est chaude, les girelles sortent, elles sont actives avec la photosynthèse. L’hiver, l’eau est froide, le poisson mange surtout de nuit, de 23h à 3h du matin et au lever du jour ; ça se sait depuis des générations qu’il faut travailler à ce moment-là… Photo Philippe Joachim

Les captures au gangui sont stables : 60 à 70 kg de soupe par jour, cela varie un peu avec la lune mais on l’explique comme la nuit et le jour. L’été, le jour est plus long, l’eau est chaude, les girelles sortent, elles sont actives avec la photosynthèse. L’hiver, l’eau est froide, le poisson mange surtout de nuit, de 23h à 3h du matin et au lever du jour ; ça se sait depuis des générations qu’il faut travailler à ce moment-là…
Photo Philippe Joachim

Dans une journée de pêche on prend sept à huit sars de sous-taille, allez mettons dix, on en sauve la moitié. Cent sars pour dix bateaux dans la journée, cela paraît beaucoup, mais si tu le rapportes à quatre à cinq milles pêchés à la canne, à la côte, par les plaisanciers… Les girelles, on en prend deux, trois kilos par jour en juillet-août, mettons cinq kilos de girelles royales. Cela fait trois tonnes en deux mois pour tous les ganguis. L’estimation du Parc national de Port-Cros sur la pêche de loisirs, c’est trente mille bateaux. Leur comptage, calculé aux heures de sortie de leur bateau, donne un kilo par personne. S’il y a une personne par bateau qui pêche, on arrive à trente tonnes, soit vingt-sept tonnes de plus que la pêche professionnelle…

La réglementation européenne interdit de tracter sur les herbiers, elle nous assimile à des chalutiers devant travailler au large. Nos bateaux, nous les avons volontairement limités en longueur, tonnage et puissance, ils ne sont pas adaptés à une pêche au large. Cela suppose déjà des problèmes de sécurité. Et puis, la ressource sur laquelle on travaille est bien spécifique. Hormis le rouget en septembre, la rascasse, les crevettes, on prend des espèces différentes des autres engins. La Commission ne veut pas en entendre parler, elle nous demande encore des rapports, des études…. La maille minimale de quarante millimètres, on peut pas travailler avec. La protection de la faune et de la flore, on va pas s’en sortir avec la gestion européenne. Certaines espèces sont en danger, là, ce n’est pas le cas. Et nous les ganguis, on devrait se rajouter aux fileyeurs et aux palangriers, augmenter la pression sur des espèces sensibles ? On aura une influence catastrophique. Il faut diversifier les différents types de pêche, c’est la meilleure solution pour sauvegarder les territoires de chaque prud’homie.

Les captures au gangui sont stables : 60 à 70 kg de soupe par jour, cela varie un peu avec la lune mais on l’explique comme la nuit et le jour. L’été, le jour est plus long, l’eau est chaude, les girelles sortent, elles sont actives avec la photosynthèse. L’hiver, l’eau est froide, le poisson mange surtout de nuit, de 23h à 3h du matin et au lever du jour ; ça se sait depuis des générations qu’il faut travailler à ce moment-là…

Regarde l’arrêt du thon au filet maillant, c’est une pression supplémentaire sur d’autres espèces. Leur taille risque de baisser alors qu’il y avait possibilité de stabiliser. Aujourd’hui, le thon bouffe tout, même dans trois mètres d’eau ! C’est un piranha. A Nice, ils ont tiré la sonnette d’alarme. Les thons suivaient les maquereaux et les sévereaux* qui venaient manger la poutine*, et ils s’attaquaient ensuite à la poutine en bord de côtes. Ils se remplissent le ventre avant de repartir au large. C’est comme ça que les pêcheurs ont été autorisés à seincher* la poutine. Les maquereaux sont repartis au large et les thons aussi. Les pêcheurs vivent cela tous les jours mais ils sont rarement entendus. Des thons, comme on en a vu cette année au bord de la côte, j’en avais jamais vus. Ce sont des chasses avec quatre à cinq milles poissons… On part dans les extravagances et on se plaint mais les pêcheurs sont pas écoutés et on se trouve devant le fait accompli. Parce qu’il y a des grands savants qui croient… ils sont loin du compte ! C’est surtout que c’est un enjeu politique et économique à grande échelle et par rapport à ça, je sais pas ce qu’on peut faire…

* Sévereau : chinchard
Poutine : alevins de poissons capturés avec une senne de plage (seinchés).
 
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