« L’option spiruline » reconnue… mais plus qu’une option

photo Sophie H-Marty

Fort l’anachronisme, cela ressemble à avoir subtilement « secoué le mammouth » : au mois de janvier dernier, L’Encre de mer vous faisait part du projet de « brevet professionnel pour diriger une exploitation agricole : une formation inédite » (lire L’Encre de mer du  21 janvier 2014). Or,  dès l’an prochain, cette option « spiruline » du Brevet Professionnel Responsable d’Exploitation Agricole, spécialité aquaculture maritime et continentale  ouvrira droit à l’aide à l’installation !

Entendez, à partir de janvier 2015, une fois son certificat en poche et à la condition d’avoir moins de 40 ans, le futur producteur de spiruline sera reconnu au même titre qu’un autre agriculteur. Rien de moins. La plus que millénaire spiruline ne fait plus figure de nouveauté extra-terrestre ! Une révolution en soi, que cette formation mise en place au CFPPA, – le Centre de Formation Professionnelle et de Promotion Agricole – de Hyères dans le Var, pionnier de la formation au métier de producteur de spiruline.

 

photo Sophie H-Marty En effet, le CFPPA proposait déjà trois formations à la production de spiruline : l’initiation à la production de spiruline (35h), le perfectionnement à la production de spiruline (35h et un stage de 2 semaines en entreprise), la Spécialité d’Initiative Locale (production de spiruline à vocation humanitaire – 400 h). Le BPREA (1200h) remplacera la formation longue avec droit à l’aide à l’installation. Et ce, grâce à la volonté de Gilles Grillet, le directeur du CFPPA d’Hyères et du docteur Philippe Stefanini, chercheur au CNRS : « en 14 ans, nous avons formé 1200 jeunes de 25 pays différents»  en association avec le pôle mer de la région PACA. De surcroît, dans le cadre du plan régional de formation, cette formation est gratuite pour les demandeurs d’emplois de moins de 40 ans. La France recense aujourd’hui 140 producteurs de spiruline et « un producteur de plus s’installe tous les dix jours. » Qui croyait alors au succès d’une telle option : « ça ne marchera pas. ». Tel avait été l’avenir promis à cette formation.

Emplacement des prochaines serres destinées à la formation du BPREA

Emplacement des prochaines serres destinées à la formation du BPREA


Le super-aliment sera aussi sociétal

 C’était sans compter sur la visionnaire détermination des responsables du centre : « je ne suis pas futurologue, mais je crois aux niches de qualité« , souligne Philippe Stefanini. Pour le producteur qui se lance, finie l’époque pionnière. La production de spiruline est « modélisable » : une production « dès le 3eme mois, quand il faut attendre trois ans pour la dorade royale« , production associable à une autre plus lente en pisciculture, « par exemple avec de la truite arc-en-ciel » ; les frais fixes s’amortissent rapidement ; la commercialisation  s’effectue à la ferme et  sur les marchés puis, une fois le producteur connu, directement par  internet. Autre débouché voué à un devenir, la gastronomie. Mais le principal atout est bien de former des producteurs en accord, et non plus en contradiction, avec les enjeux de demain : « le super-aliment est un aliment qui a des qualités agronomique, nutritionnelle, environnementale et sociétales. »

Photo Sophie H-Marty

Étudiants de la formation longue spiruline, promotion 2014


Un enfant de 6  ans connaît entre 500 et 600  plantes

Là est le « moteur » de recherche du docteur Philippe Stefanini. Hors question de jeter notre progrès scientifique aux orties : « il ne faut pas être écolo dans le sens péjoratif. L’écologie est une science à  ne pas confondre avec notre « incroyable » mythe du jardin d’Eden. » Mais il est un poncif de souligner  combien l’être civilisé s’est coupé de ses racines au point de ne plus savoir par lui-même, ce qui est bon ou nuit à sa santé : « Les Péruviens ne séparent pas l’aliment de l’alicament. » Pendant que nous avons si bien intégré l’ignorance de ce que nous mangeons, voire admis qu’un aliment pouvait nous nuire. Une aberration, et l’évidente porte ouverte aux marchands du temple.  Alors qu’«en Amazonie, un enfant de 6 à 7 ans connaît entre 500 et 600 plantes alimentaires et thérapeutiques de la forêt. Il peut s’y promener sans un adulte, il sait à quoi servent ces plantes. Pour eux, c’est le premier savoir : avant la chasse. »L’aliment de demain sera d’abord un aliment « bien compris« … intellectuellement assimilé.

Photo Sophie H-Marty
Les métastases, c’est comme les plantes, le terrain fait tout

Parmi nos mythe alimentaires, la viande pourvoyeuse de protéines : « mais regardez un grand singe ! Il se nourrit à 95% de protéines végétales, cela ne l’empêche pas de peser 200 kilos et d’avoir une force phénoménale !« . Quant à l’exemple suivant, il relève presque de l’élémentaire bon sens : « les Indiens sont un échantillon de 700 millions d’être humain à être végétariens ! ». Mais « ils travaillent très bien le cru et le cuit. Et ils savent très bien utiliser les épices. » Lors de sa mission en Inde, l’équipe du docteur Philippe Stefanini s’est « régalée« … et a réalisé une étude sur « les épices et le cancer : « les épices ont des vertus anti-inflammatoires très importantes.  Or, les métastases, c’est comme les plantes, le terrain fait tout. Ils raffolent du sucre, puis se développent avec l’acidité, la viande, le café, le lait et le fromage« . Une bonne part de notre alimentation, en somme.


Une pandémie de bonne santé n’intéresse pas ces gens-là

 

« Mais voyez comme le professeur André Gernez avait déjà tout décelé et comme les mandarins l’ont empêché de travailler.  » Se poser les bonnes questions : « quel est l’enjeu de la viande… et quelle est la longueur de notre intestin grêle ?« . Et  « comment le monde a-t-il dérapé ? » Ainsi le chercheur incite-t-il les jeunes à apprendre aussi l’Histoire, « écrite par les gagnants« .  Quant au dérapage, « à peu près vingt personnes ont été déterminantes pour mettre au point ce business, bouleverser le monde entier. J’en ai rencontrées , elles n’ont que des dollars dans les yeux. Et agressives ! Elles voient l’agro-écologie arriver, panique à bord ! » Le seul  objectif est d’afficher des statistiques « montrant que l’on vit de plus en plus vieux, pour vous vendre des aliments qui vous rendent malades juste ce qu’il faut pour vous maintenir en vie : une pandémie de bonne santé n’intéresse pas ces gens-là.»

Photo Sophie H-Marty
La voie médiane

Tout l’enjeu est d’ouvrir cette voie médiane, riche des connaissances multiples de l’humanité, mais débarrassée de la logique mortifère dans laquelle l’Occident se fourvoie au profit de quelques uns :  « Nous allons vers un paradigme complètement nouveau : l’écoparadigme. »  Et pour cela, « s’approcher de la complexité » : en ce sens, le monde scientifique est « trop segmenté, quand l’holistisme doit appartenir à tout le monde. » Or, « le chercheur de demain devra au minimum être  bicéphale : on ne peut plus faire de recherche pendant 40 ans en se fermant aux autres approches scientifiques ! »

 « A l’université de Lhassa, si vous n’avez pas la qualité d’empathie envers autrui, vous ne pouvez pas entrer. » L‘an dernier, les élèves de Philippe Stefanini ont été associés à ses recherches menées dans le cadre du CNRS Creat – Centre de Recherche Éthique Aliment Terre auprès des êtres premiers, au Pérou et en Bolivie, et le seront auprès de ceux menés auprès des Aborigènes d’Australie l’an prochain. Une remise  en cause les dogmes établis :  « je ne sais pas le temps que cela prendra, mais on y va : parce qu’on ne peut pas faire autrement. »


Un de nos projets est la nutrition thérapeutique

Désormais, le BPREA option spiruline ouvre droit à l’aide  à l’installation.  Un aliment « écologique mais non bio. » Plus d’un bras de fer attend les partisans de l’écoparadigme : la reconnaissance d’un label pour la spiruline – qualité en protéines, structure, séchage, conservation afin que ne soit pas mélangé le bon grain et l’ivraie. L’autre bataille est celle de la non privatisation du vivant : « en Orégon, l’algue Klamath a fait l’objet d’une appropriation. Des barrières ont été érigées autour du lac, et cette algue bleue se vend à prix d’or ! » De même Pierre Mollo a-t-il entrepris des démarches pour que le lac Tchad, riche en spiruline mais déjà pollué, soit classé. Au lycée agricole de Hyères, le terrain est dégagé pour la future ferme pédagogique. Au programme, protistes, chlorelles, odontelles. Pas de formation mais le « développement de techniques. » Quant aux macro-algues, « nous verrons avec nos amis bretons. « 

Les bras de fer ne feront pas l’économie du franchissement de quelques interdits : «tout est scandaleux : l’an dernier, nous avons tué 94 milliards d’animaux et consommé un milliard d’antibiotiques !  » s’insurge le chercheur, « un de nos projets est la nutrition thérapeutique, c’est interdit mais c’est un de nos rêves. »

Cette entrée a été publiée dans Biodiversité, Environnement, Formation, Gastronomie, Plancton. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à « L’option spiruline » reconnue… mais plus qu’une option

  1. Alain dit :

    Excellent article, le CFPPA que j’avais reçu sur mon blog offre une véritable impulsion aux futurs spiruliniers.

  2. marc dit :

    Très bon article, mais malheureusement, quel est l’avenir pour les plus de 40 ans…??? qui ne n’ont pas accès à la formation???…s’ont-ils condamnés à une production de spiruline « familiale »???

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>