Des dauphins dans le Canal du Rove…

berre dauphins 2Il fallait l’imaginer. Seul Guy Imbert, océanographe, pouvait concevoir un tel projet ! Réconcilier dans l’image médiatique pêcheurs et dauphins et rendre à l’Etang de Berre, remarquable enclave de domaine maritime au cœur de la Provence, quelque peu dévasté en cinq décennies par des ambitions industrielles démesurées, un aspect hospitalier capable d’accueillir de grands mammifères.

Non pas que les pêcheurs soient fâchés avec les dauphins, beaucoup d’entre eux aiment naviguer de concert. Mais la bête est prédatrice et n’hésite pas à se servir goulûment dans les filets, laissant au passage des dégâts conséquents. Au point que, dans la période d’après guerre, le gouvernement versait une prime aux pêcheurs qui tuaient un dauphin. Ces mammifères pullulaient en bordure du rivage, chassant dans les bancs de sardines piégés par les nombreux sardinaux : un filet flottant aux mailles fines calé par les artisans. Pour Guy Imbert, l’animal est intelligent et peut apprendre à préserver les engins de pêche. Certaines peuplades, comme les Imraguens, en font même un allié pour la pêche. Au temps non lointain de la thonaille, interdite par la Commission européenne au titre des filets dérivants, l’usage de pingers (mini-balises acoustiques), testés par les pêcheurs, suffisait à éloigner les dauphins. Seuls des“petits“ se faisaient prendre, parfois, en période estivale, quand leurs mères s’éloignaient (probablement pour cherche de la nourriture…). On aurait vu des cas où les mères cherchaient à les délivrer… A n’en point douter, l’animal est doué de raison. Les pêcheurs avaient proposé de suspendre l’activité à la période estivale mais on ne discute pas avec la Commission Européenne, surtout quand d’autres intérêts sont en jeu (bolinche espagnole, pêche sportive, succès médiatique d’ONG environementaliste…).

Berre 1 Depuis que les rejets de la centrale Saint-Chamas son “lissés“ par EDF, l’étang respire à nouveau, ces fonds s’apaisent, la vie revient. Une situation “précaire“ relève William Tillet, l’ancien prud’homme major de martigues. En cas de situation particulière (inondation ou autre), l’industrie est toujours autorisée à déverser à nouveau des déchets massifs de limons et d’eau douce qui ruineront en peu de temps les efforts accomplis en quelques années.

Le projet est donc osé, le pari audacieux, mais les nombreux obstacles ne désarment pas Guy Imbert qui poursuit sa route avec passion.

 En pratique, il s’agirait “d’utiliser un tronçon du tunnel du Rove et le canal de navigation désaffecté qui lui fait suite comme site pour réadapter à leurs conditions de vie naturelles les Grands dauphins en captivité dans des delphinariums non conformes… La remise en eau de mer du canal devrait devenir une réalité avant fin 2017, selon les prévisions actuelles“. A l’extrémité, côté Etang de Berre, une grande bourdigue piègerait les poissons de l’étang. Gérée par les pêcheurs professionnels, elle contribuerait en partie à l’alimentation des dauphins…

Pour en savoir plus, lire les actes de la journée “Delphinovore“ organisée par les porteurs du projet sur les bords de l’étang, en avril dernier : ACTES DELPHINOROVE COMPLETS (1)

berre dauphins 3A propos de Guy Imbert : Spécialiste de la physiologie de la plongée profonde et grand admirateur des dauphins, ces plongeurs d’excellence, il en est convaincu depuis dès le début de sa carrière comme plongeur scientifique dans les années soixante au sein du groupe Cousteau. Après les profondeurs record des expériences à la Comex à Marseille ou dans l’US Navy à Washington qui tour à tour l’accueillent en détachements de longue durée, Guy Imbert poursuit sa carrière au Centre national de la recherche scientifique et à la Station marine d’Endoume. Son intérêt se reporte alors de la plongée professionnelle à la pêche professionnelle, sans oublier les dauphins pour autant. Voilà qu’à la demande des pêcheurs aux petits métiers, le Conseil régional saisit d’une étude diagnostique de la thonaille le Centre d’océanologie de Marseille, alors dirigé par le Professeur Lucien Laubier. Sans hésitation, celui-ci le désigne comme chef de projet. Une coopération sans précédent s’instaure entre les patrons pêcheurs et les observateurs embarqués, recrutés parmi les jeunes scientifiques du centre : 65 en tout sont missionnés en mer et participent à près de 400 marées.  Les thonailles qui ciblent les thons rouges et autres grands pélagiques font  des victimes parmi les grands troupeaux de dauphins bleus et blancs qui sillonnent le large, surtout parmi les jeunes dauphins inexpérimentés ou les adultes cherchant à libérer leurs rejetons maillés dans les nappes sous la surface (pour en savoir plus, voir le lien http://www.l-encre-de-mer.fr/doc/Orantxt.pdf). Sont alors testées pour la première fois en Europe et à une très vaste échelle des mini-balises ultrasonores pour écarter les dauphins des filets, mises en œuvre avec succès par une flottille de 80 bateaux. Cette opération conduite par les pêcheurs eux-mêmes, mais sous le contrôle de ses observateurs embarqués, vaut à Guy Imbert d’être envoyé au Comité scientifique, technique et économique de la Commission européenne, aux côtés d’Yves Morizur de l’Ifremer et d’autres experts venus de différents Etats membres pour se pencher sur le problème des interactions entre les pêcheurs et les cétacés. Dans les années 2001 et 2002, les mini-balises permettent une réduction significative du nombre des captures involontaires de dauphins. Malgré ce remarquable succès, la thonaille sera finalement interdite en 2008 par la Cour de justice du Luxembourg, au titre des filets maillant dérivant. Parvenu entre temps à la retraite, Guy Imbert s’éloigne du Centre d’océanologie de Marseille, sans réduire pour autant son activité. Il se consacre à la restauration du champ de pêche de l’Etang de Berre aux côtés des artisans pêcheurs locaux, dont il devient le conseiller scientifique. Avec le soutien juridique de la Commission européenne, ils obtiennent une réduction de plus de moitié des rejets d’eau douce et de limons de la centrale hydro-électrique. En moins de dix ans, les pêches maritimes redeviennent prospères dans l’étang, et le pari est gagné. Le projet qui le passionne maintenant devrait être rendu possible par la perspective d’une prochaine remise en eau de mer du tunnel et du canal du Rove par le contournement d’un segment effondré. Il découvre alors que cet ouvrage public pourrait servir de site d’accueil aux dauphins récupérables dans des delphinariums, devenus hors normes, pour les réadapter à leurs conditions de vie naturelles et les libérer ensuite en mer. Dans cette affaire, les intérêts des pêcheurs professionnels ne sont pas oubliés. A l’extrémité du canal opposée au tunnel, une grande bourdigue arrêterait les dauphins et piègerait les poissons qui chercheraient à se faufiler en sens inverse. Le tout serait géré par les pêcheurs, les captures sans intérêt commercial seraient envoyées dans le canal pour réapprendre aux dauphins à les chasser, et les poissons nobles seraient vendus vifs aux grands restaurants ou à une clientèle de connaisseurs. Le site pourrait même servir à étudier des méthodes de pêche expérimentales pour les rendre sans danger pour les dauphins et les faire certifier…

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