WWF : un rapport sur les océans qui doit rapporter

Pêche artisanale ou plaisance ? Un choix politique - Photo Sophie H. Marty

Pêche artisanale ou plaisance ? Un choix politique. Photo Sophie H. Marty

A propos du Rapport Océans WWF

 » En publiant son rapport « Planète vivante 2015 « , consacré aux océans, le WWF a frappé un grand coup destiné à marquer les esprits avant la COP 21 de Décembre à Paris. La presse et les médias ont largement repris le chiffre choc : « Les espèces marines ont décliné de moitié » (Ouest-France, 17 septembre 2015). Une fois de plus, la pêche et les pêcheurs, petits et grands, font figure de principaux accusés….

… Il s’agit pour le WWF de contrôler les orientations discutées et de mettre en œuvre sa propre vision de « l’économie bleue ». Ces orientations combinent privatisation, conservation et financiarisation sur la base d’une valorisation financière du « Capital Naturel » et de ses services écosystémiques et non plus seulement des ressources marines…

Les Etats-Unis ont mis en place, sous l’impulsion de PEW en particulier, avec Environmental Defense Fund, une privatisation des droits de pêche commercialisables, ce qui a abouti à une élimination massive des pêcheurs artisans, particulièrement en Nouvelle-Angleterre…. Gérer les pêches pour le WWF, c’est mettre les pêcheurs sous leur tutelle ou celle des gros armements de multinationales… Le WWF est un des principaux partenaires du Partenariat Mondial pour les Océans…

Quand l’objectif est de créer des AMP sur 30% des océans, avec des réserves intégrales importantes, quand Pew et d’autres, créent de gigantesques réserves sur des ZEE entières, quand certains proposent de mettre la haute mer en réserve, soit 60% des océans, on voit clairement que l’objectif n’est pas d’améliorer la pêche… L’expérience montre que de nombreuses réserves et AMP, sous contrôle d’ONG, ont abouti à la marginalisation des pêcheurs… Les plus grands profits sont au bénéfice des investisseurs du tourisme que le WWF souhaite attirer, loin des objectifs de sécurité alimentaire affichés…

Créer des réserves ne suffit pas, il faut en effet pouvoir les contrôler, les gérer, assurer le suivi scientifique, compter les phoques et les poissons et tout cela coûte très cher. Pour cela le WWF, mais aussi The Nature Conservancy (où les océans sont sous la direction de Maria
Damanaki), ont mis au point une politique basée sur la valorisation financière du capital naturel, le  » Natural Capital Project « . Il s’agit de donner un prix, et pas seulement une
valeur, aux services fournis par la nature…

Parmi les sources de financement évoquées dans d’autres rapports du WWF, figurent aussi les compensations biodiversité ou carbone. Comme le poisson représente du carbone stocké dans les océans, les pêcheurs devraient donc payer pour la valeur carbone du poisson capturé. Ils achèteraient ces droits sur un marché qui sera contrôlé par des entreprises ou des fonds d’investissements spéculatifs, ces fonds existent déjà…

Les pêcheurs doivent bien sûr prendre en compte la nécessité d’un engagement vers une économie décarbonée, à terme, mais, par sa nature même d’activité de cueillette, la pêche du poisson frais, n’est pas grande émettrice de CO2, si on la compare avec des activités de production agricole ou industrielle ou encore le tourisme. En réalité, l’impact environnemental de la pêche est faible, même s’il faut s’en préoccuper pour assurer la pérennité de l’activité…

La question fondamentale que pose le rapport du WWF est celle de la gouvernance et du pouvoir. Le WWF n’est pas une structure associative démocratique et citoyenne comme beaucoup d’autres ONG environnementalistes, particulièrement en France. C’est une organisation internationale privée, en lien étroit avec de grandes sociétés multinationales et des banques d’affaires, ce qu’elle ne cache pas et revendique même. Son but est de contrôler les océans et les pêcheurs en fondant sa politique de conservation sur un environnementalisme de marché, sur la privatisation et la financiarisation, au bénéfice de gros investisseurs industriels et financiers. Aux États et aux organisations internationales de créer le cadre de cette politique, sous la pression d’une opinion traumatisée par la communication bien contrôlée d’un lobby. »

Alain Le Sann, Collectif Pêche et Développement, septembre 2015

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