Union Calanques Littoral : non aux rejets polluants, devenus liquides, de l’usine d’alumine de Gardanne dans les eaux du Parc national des Calanques

UCLAprès un rappel de la chronologie des événements qui met en évidence une profonde incohérence de la part des principaux responsables – Etat, entreprise, gestionnaire du Parc national des Calanques- l’UCL demande expressément la prolongation de l’enquête publique.

L’UCL souligne qu’il s’agit d’une demande de rejets :

- d’une durée phénoménale de 30 ans

- d’effluents toxiques de grande diffusion et indestructibles
« … les eaux sortant des filtres-presses, ont une densité plus faible que celle de l’eau de mer. Aussi auront-elles tendance à se maintenir dans la tranche supérieure des eaux marines et même à remonter vers la surface. Il y a fort à parier que ces eaux seront entrainées sur l’ensemble du Parc National par le jeu du courant ligure et de ses branches complexées par la présence des îles de l’archipel de Riou et par l’influence du vent. Ces eaux polluées s’ajouteront bien évidemment aux effluents polluées rejetés à Cortiou… »

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Photo Calanques UCL

- pour lesquels, les enquêtes toxicologiques sont incomplètes.
 » Les estimations de l’ANSES sont plus élevées pour l’arsenic, le mercure et le plomb, dans un rapport qui peut aller de 10 à 1000 ! Sachant que les polluants se concentrent chez les poissons préférentiellement dans les viscères (hépatopancréas + intestins) et la tête (branchies + encéphale), leur présence dans la chair montre que ces barrières naturelles n’ont pas joué leur rôle habituel en raison des concentrations élevées dans les rejets industriels !…

L’UCL réfute totalement les conclusions du rapport de l’industriel qui ne tiennent pas compte de l’effet cumulatif susceptible de faire franchir des seuils de toxicité ou d’investir la chaîne alimentaire marine (cas de Minamata au Japon). L’UCL demande à ce que l’industriel tienne ses engagements d’arrêter ses rejets. L’UCL précise qu’un tel projet est  en porte-à-faux avec le Code de l’environnement, et hors la loi sur les Parcs Nationaux, la loi littoral, la loi sur les rejets en mer, la Convention de Barcelone, le Protocole d’Athènes.

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Photo Calanque d’En-Vau UCL

Enfin, l’UCL précise que l’industriel a les moyens d’épurer ses eaux polluées et que le chantage à l’emploi n’est pas recevable. En effet, il faut respecter les pêcheurs : « ils ont déjà payé un lourd tribut à la pollution et au saccage de notre environnement marin et du plus grand de nos garde-manger. Ce saccage est parfaitement connu et caractérisé en particulier par l’effondrement dramatique des populations non pêchées comme les étoiles de mer, les petits coquillages, les anémones de mer, les algues des tombants, etc…qui ne peut donc pas être attribué à la surpêche. Les emplois du tourisme finiront par être menacés. L’opinion internationale est de plus en plus sensible à la qualité des lieux de voyage, de séjour et de vacances… »

Ainsi, l’UCL conclue que L’enquête publique et le ministère en charge de l’environnement ne peuvent accepter cette demande à polluer dans les eaux d’un Parc National. Elle doit être définitivement rejetée.

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« Rappel chronologique des évènements.

  1. Création du Parc National des Calanques le 18 avril 2012. Ce site, d’une exceptionnelle valeur, va enfin être à l’abri de toute souillure, de toute dégradation, de toute pollution, de toute nuisance.
  2. Dans ce contexte et à la grande satisfaction de tous, la firme ALTEO, qui venait de racheter l’usine en toute connaissance de cause, prend l’engagement d’arrêter ses rejets de boues rouges en mer au large de Cassis, à la fin de l’année 2015,date limite de la concession de 50 ans obtenue par Péchiney.
  3. Tout le monde croyait que l’engagement portait sur l’arrêt complet de tout rejet industriel. On avait mal compris ! Pourtant dans sa plaquette « Les as de Gardanne », numéro spécial d’octobre 2012, le groupe Alteoécrivait : « L’usine de Gardanne s’est engagée à arrêter les résidus de bauxite en mer fin 2015. La promesse sera tenue ». En fait, la subtilité était de comprendre l’arrêt des résidus épais. En effet, Alteo, ayant mis en place des filtres-presses permettant d’extraire la partie épaisse des résidus, demande de pouvoir rejeter l’eau qui sort des filtres-presses au même endroit et par la même canalisation pendant 30 ans. Suivant la législation, le Parc National des Calanques a dû donner son avis.

Remarque : Ces effluents liquides contiennent un cocktail de produits toxiques dont un certain nombre en concentrations supérieures aux normes internationales, mais d’après ALTEO leur très faible concentration leur permettrait de se disperser sans dommage dans l’immensité marine. ALTEO oublie simplement que la plupart de ces poisons sont rémanents, c’est-à-dire indestructibles et qu’ils s’accumuleront au fil des années dans les eaux du Parc National des Calanques.

  1. Surprise ! Le 11 juillet 2014 le Conseil scientifique du Parc National des Calanques donne son feu vert pour le moins surprenant ! Il « estime que le rejet futur, tel que décrit par l’industriel, n’est pas susceptible d’altérer de façon notable le milieu marin… à condition qu’un objectif de réduction croissante des pollutions résiduelles soit imposé à ALTEO. Dans la foulée, une décision tout aussi inattendue est prise le 8 septembre 2014 par le Conseil d’Administration du Parc National des Calanques. Il donne un avis favorable au rejet à Cassis des eaux polluées sortant des filtres-presses. Sur 48 votants, 30 ont voté pour, 16 contre et on compte 2 nuls. Même si elle est assortie d’exigences de réduction progressive des pollutions résiduelles, c’est une décision incroyable pour un organisme dont la mission prioritaire est la défense de la nature ! La divulgation de cette décision provoqua une vive réaction dans le monde associatif, à commencer par les associations et collectifs, dont UCL, présents à Cassis devant le Centre des congrès où délibéraient les administrateurs du Parc.
  2. Dans un communiqué de presse, en date du 19 septembre 2014, la ministre, Ségolène Royal, refuse catégoriquement d’entériner la décision du Parc National des Calanques. Elle y précise notamment :
    *L’arrêt du rejet des boues rouges, prévu au 31 décembre 2015, devait être anticipé.
    * La demande d’autorisation de rejets liquides ne sera pas accordée en l’état, malgré l’avis du Conseil d’Administration du parc, car il faut viser un objectif zéro rejet d’arsenic et de métaux lourds en mer.

On ne peut être plus clair !

  1. Ségolène Royal, saisit, le 20 septembre 2014, le BRGM (Bureau de Recherche Géologique et Minière) pour une expertise indépendante qui devait être rendue dans les deux mois. Elle saisit ensuite l’ANSES pour évaluer l’impact écologique du rejet actuel.

Remarques :

. Nous ne connaissions pas les compétences du BRGM sur les problèmes de pollution marine.
. Le BRGM serait lié à Altéo dans le cadre d’un projet européen de valorisation des boues rouges d’un montant de 45 millions d’euros. De par sa nature scientifique et sa notoriété, ce partenariat ne devrait pas interférer dans l’impartialité de l’expertise.

  •  7.Le 2 février 2015, à l’issue d’un travail de 3 mois, l’ANSES fait connaitre ses conclusions qui sont en contradiction avec celles d’Altéo et ne seront publiées que le 3 avril :
    . Les estimations de l’ANSES du risque sanitaire pour l’arsenic, le plomb et le mercure sont plus élevées que celles d’Altéo, dans l’étude d’un échantillonnage de poissons.
    . Toujours d’après l’ANSES, le rejet des effluents liquides constituerait une source indéniable de pollution, entre autre par sa dispersion prévisible jusqu’à la côte et donc vers les plages. Des études complémentaires seraient nécessaires pour le confirmer.
  1. Le 26 mars 2015, le rapport du BRGM est rendu public. Il précise dans ses conclusions : « Les conclusions des études réalisées par Alteo et qui ont conduit à retenir, parmi l’ensemble des alternatives et sous-alternatives étudiées, la solution « filtre-presse puis filtration sous pression avant rejet en mer » apparaissent donc pertinentes pour le BRGM. C’est la seule solution opérationnelle à la fin 2015 qui ne remet pas en cause la continuité de l’activité industrielle. L’intégration d’une étape de traitement physico-chimique (neutralisation/décantation/ filtration) pour l’élimination plus efficace des métaux (solution combinée) est une opportunité qui mériterait d’être étudiée plus en détail, mais dont la faisabilité et l’avantage environnemental ne sont pas démontrés à ce stade, avec des coûts qui restent à préciser. Les technologies de traitement des résidus solides de bauxite ou boues rouges (filtration par filtres-presses) sont bien les plus optimales pour arrêter totalement leur rejet en mer d’ici fin 2015, comme ALTEO s’y était engagé.« 

En outre, le BRGM :

- n’ayant pas identifié de solution permettant de supprimer totalement les effluents liquides, conclut que leur rejet en mer est donc actuellement inévitable ;

- reconnait que cette filtration ne permettant pas d’éliminer la totalité des matières en suspension, arsenic, aluminium, fer…etc..dans le filtrat, leurs teneurs résiduelles restent supérieures aux normes décrétées en 1998 à la Conférence de Barcelone.

- Un traitement par osmose inverse, compatible avec un rejet en cours d’eau, est une solution à écarter en raison des coûts élevés, la consommation des réactifs, la gestion des précités.

- Le BRGM suggère à l’entreprise d’étudier la mise en œuvre de traitements complémentaires pour améliorer la qualité des eaux rejetées par l’usine, soulignant par ailleurs que ce type de traitement, relevant à ce jour du domaine de la Recherche et Développement de l’entreprise, ni sa faisabilité ni son efficacité ne sont démontrées et qu’elle ne pourrait en tout état de cause pas être opérationnelle avant au minimum cinq ans.

  1. Le 26 mars 2015 est publié un avis préfectoral d’enquête publique sur les rejets du filtrat des boues rouges. Elle est programmée du 20 avril au 5 juin 2015.

Remarque : Serges Solages, ancien directeur du BRGM PACA, a été désigné Commissaire enquêteur.

  •  10. Le 3 avril 2015, l’enquête publique est annulée par arrêté préfectoral.

Cette annulation coïncide avec la divulgation du rapport de l’ANSES.

11. Le 4 avril, un communiqué de la ministre en charge de l’environnement prend acte du rapport de l’ANSES et demande à l’entreprise Alteo de compléter les analyses sanitaires sous le contrôle de l’ANSES. En effet, le rapport met en lumière des difficultés avec les méthodes d’évaluation des risques utilisées par Alteo.

12. Le 5 juillet 2015, le journal La Provence annonce que l’enquête publique aura lieu du 17 août au 25 septembre 2015. L’avis officiel est publié dans la presse par la préfecture le 23 juillet 2015.

 Ces dates paraissent tout à fait prématurées car :

  1. les résultats des dernières analyses demandées par madame Royal le 4 avril ne sont pas encore connus,
  2. l’enquête a lieu en partie pendant les vacances estivales et la rentrée de septembre, très chargée pour tout le monde !
  3. Le temps laissé au public, entre la parution de l’avis d’enquête et le début de l’enquête est beaucoup trop court pour pouvoir étudier et analyser sérieusement un dossier aussi volumineux.

 Aussi, cette initiative parait-elle ambigüe. Cherche-t-on à obtenir un accord populaire estival favorable aux rejets en donnant satisfaction à la demande de l’industriel ou bien cherche-t-on à aider le ministère à prendre sa décision définitive ? Les Marseillais doivent prendre connaissance de ces expertises et avoir le temps de les examiner avec un esprit critique à l’aide d’experts indépendants.

 Compte-tenu de ces circonstances, et du démarrage de l’enquête publique au mois d’Août, nous demandons expressément la prolongation de l’enquête publique.

 Un nouvel engagement de 30 ans !

 La demande de l’industriel est un engagement sur une période de 30 ans ! Même si des promesses de réduction des rejets ont été évoquées, la seule considération d’une telle durée du rejet polluant dans les eaux du parc national est un élément suffisant, à lui seul, pour refuser catégoriquement la demande d’ALTEO.

 Des effluents toxiques de grande diffusion et indestructibles.

 D’après les données disponibles, notamment celles fournies par l’industriel, il est fait état de la présence dans ces eaux industrielles, dans l’ordre décroissant de leurs concentrations des substances et éléments suivants : aluminium, fer, vanadium, titane, molybdène, arsenic, bore, chrome, sélénium, manganèse, plomb, cuivre, zinc, antimoine, cadmium, étain, uranium, lithium, nickel, cobalt, argent, béryllium, mercure ; également des phénols (para-nonyl-phénols, 4-ter-octyphénol), naphtalène, pyrène, phénanthrène, fluoranthène, dibenzo-anthracène, benzo fluoranthène, flyuorène, anthracène, benzo anthracène, benzopyrène, benzofluoranthène, indénopyrène, chrysène. Un sacré cocktail de produits chimiques toxiques ! Les concentrations sont très faibles, bien que, pour certaines (aluminium, fer, arsenic, DBO5, DCO), supérieures aux normes définies par l’arrêté du 2 février 1998 suite à la conférence de Barcelone. D’ailleurs l’industriel serait dans l’obligation supplémentaire de demander une dérogation conformément à l’article 74 de cet arrêté. En outre, qu’en est-il de l’effet cumulatif des grandes quantités déversées au fil du temps, sur la base de 270 m3/ heure ? D’autant plus qu’il s’agit de métaux, métalloïdes et autres substances toxiques, notamment d’éléments qui, par définition, sont indestructibles et ne peuvent que s’accumuler avec le temps. Remarquons que dans son dossier déposé à l’enquête publique, l’industriel a exprimé les concentrations de ces polluants en mg/litre, au lieu de μg/litre, afin de faire apparaitre beaucoup de zéros dans les chiffres de concentrations : une façon de minimiser la présence de ces substances nuisibles.

Nous nous basons en particulier sur l’étude de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) publiée le 3 avril 2015, laquelle aggrave considérablement l’impact potentiel du rejet en question (saisine n° 2014-SA-0223). En plus des 26 éléments métalliques et assimilés, répertoriés ci-dessus, l’ANSES fait état de la présence d’autres polluants : hydrocarbures aromatiques polycycliques = HAP (forte toxicité, facteurs de disfonctionnement cellulaire, certains sont cancérigènes), 7 polychlorobiphényles = PCB (réduisent l’immunité naturelle, certains sont cancérigènes), 7 dioxines et 10 furanes (seuils de toxicité particulièrement bas, troubles de la reproduction, disfonctionnement hépatique, dégradation du système immunitaire, du système nerveux, du système endocrinien, cancérigènes), 1 composé phénolique, 6 composés benzéniques (génotoxiques, aberrations chromosomiques, cancérigènes), 1 phtalate, 4 alkylphénols (perturbateurs endocriniens, xénoestrogènes), 2 polybromodiphenyléthers = PBDE (perturbateurs endocriniens et de la reproduction, certaines formes de cancers), 3 organoétains (perturbateurs de la reproduction et du système immunitaire, malformations morphologiques. Leur utilisation dans les peintures antifoulings des coques de bateaux ont eu des effets dévastateurs sur les parcs de cultures des moules et des huîtres, notamment dans le Bassin d’Arcachon).

À sa sortie de la canalisation, l’effluent réagit avec l’eau de mer et génère des précipités d’hydrotalcite qui sont considérés comme pouvant piéger les métaux dissous. Selon l’exploitant, le futur rejet n’entraînerait pas de changement quant à la formation de ces hydrotalcites.

Du point de vue de leur diffusion, on se trouve dans une situation totalement différente de celle des boues rouges. En effet, celles-ci, de densité plus élevée que celle de l’eau de mer, étaient entrainées au fond où elles se sont accumulées. Par contre, les eaux sortant des filtres-presses, ont une densité plus faible que celle de l’eau de mer. Aussi auront-elles tendance à se maintenir dans la tranche supérieure des eaux marines et même à remonter vers la surface. Il y a fort à parier que ces eaux seront entrainées sur l’ensemble du Parc National par le jeu du courant ligure et de ses branches complexées par la présence des îles de l’archipel de Riou et par l’influence du vent. Ces eaux polluées s’ajouteront bien évidemment aux effluents polluées rejetés à Cortiou. A notre connaissance, il n’y a au monde aucun Parc National qui se trouve ainsi confrontés à de telles nuisances dans un espace hautement protégé, par définition !

 Des enquêtes toxicologiques incomplètes.

L’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) précise dans son rapport (saisine n°2014-SA-0223, page 38), qu’en fonction des lacunes dans l’appréciation des impacts sur la vie marine, « elle ne peut pas garantir, ni la pertinence, ni l’exhaustivité de la zone investiguée pour la mise en œuvre du plan d’échantillonnage par Alteo pour la pêche de poissons impactés par son rejet ». Plus loin, d’après l’ANSES, de nombreuses lacunes subsistent concernant le niveau de contamination des poissons. Les estimations de l’ANSES sont plus élevées pour l’arsenic, le mercure et le plomb, dans un rapport qui peut aller de 10 à 1000 ! Sachant que les polluants se concentrent chez les poissons préférentiellement dans les viscères (hépatopancréas + intestins) et la tête (branchies + encéphale), leur présence dans la chair montre que ces barrières naturelles n’ont pas joué leur rôle habituel en raison des concentrations élevées dans les rejets industriels !

 En effet, les résultats des investigations toxicologiques présentées par l’industriel sont inutiles dans la mesure où l’on sait que les effluents qui sortent des filtres-presses sont chargés en produits toxiques pour la flore et la faune marines. De plus, elles ne tiennent pas compte de l’effet cumulatif de substances indestructibles telles que les métaux lourds hautement toxiques. Le fait que le rejet concerne la partie marine d’un Parc National où tout rejet polluant doit être proscrit est également négligé.

Les études réalisées dans le monde entier par des experts en toxicologie ont montré que les polluants se concentrent préférentiellement dans les branchies, l’hépatopancréas, l’intestin, la tête et beaucoup moins dans la chair. Il faut une pollution très importante pour que le rôle de barrière de l’hépatopancréas et le rôle d’élimination des reins soient débordés et que les polluants aillent se fixer dans la chair, ce qui est ici le cas d’après l’ANSES.

Il est plus approprié d’utiliser des tests de toxicité sur les cycles biologiques et le développement larvaire. Les tests crustacés et tests oursins par exemple sont plus sensibles et représentent la vérité toxicologique au sein des écosystèmes à l’équilibre fragile. Pour ne donner qu’un seul exemple significatif, prenons celui de l’oursin comestible (Paracentrotus lividus). Les adultes, mâles comme femelles, résistent assez bien à la pollution urbaine. On en trouve encore au voisinage des rejets polluants de Cortiou dans les Calanques. Par contre la larve « Pluteus » est d’une sensibilité extrême aux polluants métalliques. La régression des populations d’oursins s’explique, en partie, par la mort de ces larves, ce qui tronque le cycle de développement de cette espèce.

 Nous réfutons totalement les conclusions du rapport de l’industriel.

 En dénonçant la pollution du Rhône et ce qu’il appelle le « bruit de fond », l’industriel ne s’aperçoit même pas que ce qu’il rejette est additif de ce qui se trouve déjà dans les eaux du parc national, auquel il convient d’ajouter encore les effluents pollués sortant de la station d’épuration Géolide. Ce cumul de polluants est susceptible de faire franchir des seuils de toxicité qui n’ont pas été pris en compte par les tests de toxicité exclusivement cantonnés aux effluents industriels. On néglige ainsi ce qui se passe réellement dans les eaux du parc national. Une goutte suffit à faire déborder le verre. Ce type de comportement est puéril. Il est assimilable à celui qui jetterait ses détritus dans la rue parce que son voisin ou tout le monde fait de même. Ici, il s’agit tout de même d’un industriel ayant pignon sur rue et de la partie marine d’un parc national ; on a trop tendance à l’oublier !

 Dans les investigations toxicologiques actuelles, on applique habituellement le procédé classique de toxicité directe en mettant un ou plusieurs organismes en présence de l’échantillon à étudier. Comme on l’a dit dans le chapitre précédent, le caractère additif du rejet avec la charge existante dans un lieu donné (ici les Calanques) est rarement pris en compte (ce qui est le cas pour les eaux sortant des filtres-presses).

 De même qu’il est rarissime de tenir compte de la concentration des polluants le long des chaînes alimentaires. C’est un des gros reproches que l’on peut faire à Alteo et à un grand nombre d’investigations menées par les laboratoires français. Le drame des pêcheurs de Minamata, au Japon, en est un exemple bien édifiant. Les « experts » et les autorités dites responsables avaient donné l’autorisation à un industriel nippon voisin de rejeter en mer ces résidus contenant du méthyl-mercure qui devait être « dispersé  sans problème dans l’immensité de l’océan ». Mais il fallait compter sur le phénomène de la bioconcentration. Le polluant dosé à l’état de trace dans l’eau de mer fut concentré en continu le long des chaînes alimentaires selon la séquence suivante :

 Eau de mer → Phytoplancton → Zooplancton → Petits poissons planctonovores → Moyen poissons → Gros poissons → Thons → Humains.

 En consommant, à tous les repas, du thon à fortes concentrations en mercure, les pêcheurs du petit village contractèrent la maladie dite de Minamata. Cette névropathie se solda par une centaine de morts et de paralysés à vie. Les bébés étaient contaminés par leur mère avant de naître, le mercure n’étant pas arrêté par la barrière du placenta. Heureusement que nous n’en sommes pas encore là en France !

 Mais je peux porter témoignage ici que des dauphins (prédateurs en bout de chaînes alimentaires) recueillis morts au rivage en Méditerranée française et analysés par mon laboratoire présentaient des teneurs très élevées en métaux lourds et principalement en mercure. Leur mort devait être probablement due à une névropathie aggravée par d’autres troubles occasionnés par les autres polluants concentrés (cadmium, plomb, zinc, cuivre, polychlorobiphényles…) dans le foie, les reins et l’encéphale.

 L’industriel ne respecte pas ses engagements.

 L’industriel se doit de respecter l’arrêté préfectoral du 1er juillet 1996. Cet arrêté stipule en toute lettre « qu’Alumine Pechiney cessera tout rejet en mer au 31 décembre 2015 ». Alteo l’a transformé unilatéralement et de façon non officielle, en « arrêt des rejets de résidus de bauxite solides en mer, fin 2015 ». Un tel manquement à l’engagement donné est une raison suffisante pour rejeter la demande de l’industriel.

 Le projet est hors la loi.

 Le projet est en porte-à-faux avec le Code de l’environnement. Le projet est hors la loi sur les Parcs Nationaux, hors la loi littoral, hors la loi sur les rejets en mer, hors la loi à la Convention de Barcelone, hors la loi au Protocole d’Athènes. Rappelons que l’association « L’Etang Nouveau » a fait condamner la France pour les rejets de la centrale EDF de Saint-Chamas, dans l’étang de Berre, qui étaient incompatibles avec cette Convention et ce Protocole.

 L’arrêt des rejets industriels doit être total.

 La ministre, Ségolène Royal, s’est clairement positionnée à ce sujet en désavouant la décision du Conseil d’Administration du Parc National des Calanques d’autoriser un tel rejet. Voilà 49 ans que l’usine de Gardanne rejette ses déchets industriels en mer grâce au laxisme des autorités en place, elle a largement eu le temps de trouver une solution, cela suffit !

Alteo ne peut se soustraire à l’obligation d’arrêter tout rejet en mer et continuer à bénéficier des dérogations à la réglementation en vigueur. Le groupe ne s’est-il pas engagé dans la mouvance du développement durable en créant justement un département du « développement durable ». Le groupe est également engagé dans le COPIL mis en place par le préfet. Ce Comité de Pilotage est chargé de veiller au bon fonctionnement des projets au sein d’un organisme. Enfin Alteo apparait dans la liste des établissements ICPE, c’est-à-dire des « Installations Classées pour la Protection de l’Environnement ». De tels engagements devraient par conséquent motiver l’industriel pour supprimer toute atteinte nuisible au milieu naturel protégé.

Des procédés de traitement de ces effluents industriels existent, le rapport du BRGM les examine. Son avis défavorable à leur sujet n’est pas recevable dans la mesure où son cahier des charges concernait seulement les technologies de traitement des résidus industriels boueux. Débarrassés de leur matière boueuse, donc composés majoritairement d’eau, leur dépollution en serait facilitée. On dispose de toute une panoplie de techniques performantes capables de solutionner définitivement ce problème.

La firme Altéo pourrait d’ailleurs bénéficier de l’aide technique et financière de l’Agence de l’eau comme ce fut déjà le cas pour les filtres presse. S’agissant de la protection d’un Parc National, d’autres aides financières peuvent être trouvées, en plus de celles de l’Etat, au plan local, départemental, régional, national et européen. Cela écarterait le chantage d’ordre social, évoqué par l’industriel. Il suffit d’ailleurs de consulter de nombreux articles sur le web pour avoir une idée de la puissance financière du groupe Alteo et de ses satellites.

Le chantage à l’emploi n’est pas recevable.

Nous mettons sur l’autre plateau de la balance, l’impact sur les activités de pêche et sur le tourisme. Respectons les pêcheurs ; ils ont déjà payé un lourd tribut à la pollution et au saccage de notre environnement marin et du plus grand de nos garde-manger. Ce saccage est parfaitement connu et caractérisé en particulier par l’effondrement dramatique des populations non péchées comme les étoiles de mer, les petits coquillages, les anémones de mer, les algues des tombants, etc…qui ne peut donc pas être attribué à la surpêche. Les emplois du tourisme finiront par être menacés. L’opinion internationale est de plus en plus sensible à la qualité des lieux de voyage, de séjour et de vacances.

D’ailleurs, le groupe industriel et ses satellites ont largement les moyens financiers, en bénéficiant des aides mentionnées, de dépolluer en totalité les effluents sortant des filtres-presses et de recycler les eaux, comme, par exemple, en irrigation agricole.

Un NON ferme et définitif.

Expression officielle de la population, cette enquête publique doit dire définitivement NON à ce projet aberrant de rejets industriels polluants dans les eaux du Parc National des Calanques.

Elle éviterait, en même temps, les recours en justice au plus haut niveau et la mobilisation générale, qui suivrait un avis favorable, des associations unies sous la bannière d’Union Calanques Littoral des Collectifs Littoral, des utilisateurs de la mer et plus particulièrement des pêcheurs, de certains responsables administratifs et politiques, de la population, de tous ceux qui se sentent concernés par une nouvelle atteinte de ce site prestigieux pourtant récemment élevé au statut de haute protection d’un Parc National.

Nous osons espérer que nous ne serons pas contraints à de telles extrémités et que finalement la logique, la loi et la sagesse l’emporteront sur les intérêts d’un industriel peu lesté de scrupules vis-à-vis du respect que l’on doit aux richesses marines, à leur biodiversité et à celui d’un Parc National, l’un des plus beaux et des plus riches fleurons de notre patrimoine marin national méditerranéen.

L’enquête publique et le ministère en charge de l’environnement ne peuvent accepter cette demande à polluer dans les eaux d’un Parc National. Elle doit être définitivement rejetée. »

Professeur docteur Henry Augier, Président d’UCL, Maître de conférences honoraire, Professeur honoraire à l’Ecole Nationale des Travaux Publics de l’Etat, Ex directeur du laboratoire de biologie marine fondamentale et appliquée à la faculté des sciences de Marseille-Luminy, Expert international consultant sur les problèmes de pollution marine, Auteur d’une douzaine d’ouvrages grand public récents consacrés à notre environnement.

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