Boues rouges et rejets Altéo : le Prud’homme de La Ciotat interpelle la Ministre

CARRODANOObjet : Avis favorable de la Commission d’enquête pour le renouvellement de rejets d’effluents liquides de l’usine Alteo dans le Parc national des Calanques

En ma qualité de Premier Prud’homme des pêcheurs de La Ciotat, je vous ai adressé il y a quelques mois un courrier afin de vous faire part de nos inquiétudes et de vous donner quelques informations de terrain sur le problème des boues rouges et la demande de renouvellement de rejet d’effluents liquides en plein Parc national des Calanques.

L’enquête publique demandée par le préfet vient de donner son résultat (1). Et même si c’est avec la « nausée » que nous apprenons l’avis favorable aux rejets, nous n’en sommes pas du tout étonnés vu que cette enquête a été réalisée par des experts téléguidés par l’industriel qui, d’ailleurs, a crié victoire avant même l’apparition du résultat officiel. Il est à noter que Mr. Solages, commissaire enquêteur, n’est autre que l’ancien directeur du BRGM partenaire de la société Alteo. Toutes les analyses indépendantes effectuées à ce jour sont accablantes pour l’industriel et prouvent la toxicité des nouveaux rejets (effluents liquides), dont sept paramètres au moins sont hors normes sanitaires.

Des milliers de citoyens, le corps médical, les associations de protection environnementales, les pêcheurs professionnels, les plaisanciers, les mairies et tous les gens de bon sens se sont prononcés contre ces rejets. Et par un « slalom spécial » entre les portes accablantes de l’opposition, la commission d’enquête se débrouille de prononcer un avis favorable. Cet avis reste néanmoins hors la loi vis-à-vis de la Convention de Barcelone ratifiée par la France, la Loi sur les Parc nationaux où tous les rejets sont interdits, les Aires Marines Protégées ou encore Natura 2000.

Les esprits citoyens commencent à s’échauffer devant cette fumisterie manifeste. Des courriers anonymes d’incitation au « pétardement de la canalisation » me sont parvenus à la Prud’homie de pêche. Mon devoir est de vous en tenir informé. Il n’est pas souhaitable de reproduire le schéma de SIVENS, où un mort est à déplorer.

Vous vous êtes exprimée en toute clairvoyance, en décembre 2014, en reconnaissant que tout n’avait pas été dit et que le chantage à l’emploi ne devait pas être un moyen de pression. Votre intervention a été appréciée par l’ensemble de la population responsable. Nos générations futures ne doivent pas êtes héritières des dégâts irréversibles d’un industriel hors du temps.

Sans oublier les riverains, eux aussi terriblement impactés. Je vous joins quelques images que j’ai personnellement réalisés, il y a quelques jours (le 30 octobre), en plongeant sur la canalisation. Elles vous montreront une petite partie de son état actuel, sachant que cette canalisation n’a été expertisée à ce jour que par des sociétés mandatées par l’industriel lui-même, auxquelles nous n’attribuons, bien évidemment, aucune confiance.

La profondeur étant trop importante pour descendre plus bas, il est impératif d’effectuer une expertise de l’ensemble de la canalisation par « PIG Intelligent ». Cette méthode utilisée dans l’industrie offshore consiste à faire passer un appareil à l’intérieur de la canalisation pour analyser toutes les données. Je vous rappelle que cette canalisation a cinquante ans et que sa durée de vie initiale est de vingt ans. Nous soupçonnons des fuites sur le plateau continental.

Les pêcheurs professionnels ont suspendu la collaboration avec le Parc national des Calanques qui perd toute sa crédibilité avec un éventuel renouvellement d’autorisation de rejet d’effluents liquides.

Je connais cette zone et ses usagers par cœur pour l’avoir pratiquée et la voir évoluer depuis plus de cinquante ans.

Je me ferai un plaisir de répondre à vos questions si vous m’invitez à le faire et vous apporterai encore plus de précisions sur la vérité terrain.

Je crois savoir que vous avez reçu les représentants d’Alteo, je suis pour ma part le représentant des pêcheurs artisanaux impactés par ce fléau.

A la veille de la COP 21, un retour en arrière de votre part serait dramatique pour la communauté des pêcheurs, les citoyens de bon sens et tout simplement la Méditerranée qui ne nous appartient pas ; ce sont nos enfants qui nous la prêtent.

Dans l’attente de vous lire, recevez madame, l’expression de mes respects et de mes inquiétudes.

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Voir rapport et conclusions de la Commission d’enquête : http://www.bouches-du-rhone.gouv.fr/Publications/Publications-environnementales/Enquetes-publiques/Enquetes-publiques-ICPE/Gardanne

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