ALTEO – boues rouges : Madame Royal, il y a des noms qui résonnent dans l’histoire

Lettre à Madame Ségolène Royal, Ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie

Madame Royal,

il y a des noms qui résonnent dans l’histoire. Nous connaissions de Jacques Yves Cousteau son amour des requins, son bonnet rouge, son mauvais caractère… Ses films qui nous ont fait rêver ont gardé le goût amer d’une mer souillée d’un déversement massif de métaux lourds qu’il a, contrairement à Alain Bombard, fortement encouragé.

Des centaines de pages rédigées par les citoyens, pêcheurs, riverains, scientifiques, environnementalistes, médecins… qui se sont mobilisé pour exprimer, à l’exception des employés d’Altéo et de leurs proches, leur refus de rejet en mer des eaux polluées d’Altéo  et le Commissaire enquêteur, Jean-Pierre Ferrara – après les lancinantes réponses d’Altéo que les rejets ne sont pas toxiques. – de conclure que tout va bien et que l’enquête est favorable (1).

S’ils ne sont pas toxiques, pourquoi parler de dépassement de seuils et normes environnementales, à quoi servent ces normes, pourquoi en fixer, pourquoi ne pas se servir de ces eaux pour arroser nos champs ? Ces eaux ne vont pas s’évanouir dans notre Méditerranée quand les scientifiques parlent du risque des cumuls tristement évoqués à Minamata.

Madame Royal, est-ce que tous ces gens-là qui se sont mobilisé pour préserver l’avenir de nos enfants n’ont pas autre chose à faire ? Pourquoi ne pas les « entendre » au mépris de la plus élémentaire démocratie ? Le commissaire enquêteur serait-il, de par ses anciennes fonctions, de parti pris ?

L’on nous dit qu’il faut préserver des emplois. Est-ce au prix de la chaîne alimentaire marine, sachant que cela en détruira des milliers ? Pour le bénéfice de quelques actionnaires anonymes qui profitent des rentes d’une mine de Guinée, masqués par un montage opaque de sociétés dont on ne connaît pas les responsables, dont on sait qu’elles s’évanouiront bientôt et qui, pour l’heure, affichent des pertes chroniques tout en cumulant subventions et exonérations de taxes ? Seul peut-être Cash Investigation saurait nous expliquer la triste réalité de ce monde merveilleux des affaires et nous révéler les visages cachés derrière ce funeste imbroglio.

Est-ce que la fonction peut avaler complètement le sens de l’humain, c’est à dire notre responsabilité devant l’humanité ? Est-ce que votre nom résonnera dans l’histoire comme celui de quelqu’un qui, au mépris de la voix de ses citoyens, des normes en vigueur, des conventions environnementales, du concept même de Parc National, a pris le risque de polluer inconsidérément la Méditerranée, d’affecter la qualité sanitaire des espèces marines et les conditions même de leur renouvellement, de déstabiliser l’économie régionale liée à l’image environnementale de notre littoral et, plus grave encore, d’accroître la désespérance pour les générations futures ? Tout cela pour le bénéfice de quelques anonymes dont ils sont sûrs que leurs noms ne résonneront pas dans l’histoire – savent-ils même de quoi il s’agit – et dont on est sûr qu’ils disparaîtront bientôt, lavés de toute responsabilité.

Un drôle de monde assurément dont nous ne voulons pas.

Christian Connaulte, président de l’Encre de mer

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(1) Le rapport fait état de :
- 47 associations défavorables contre 7 favorables et 2 réservées,
- 16 organisations syndicales professionnelles, établissements publics, élus défavorables contre 10 favorables et 6 réservés,
- 4 délibérations municipales défavorables contre 1 réservée,
soit un total de 69 défavorables contre 17 favorables et 9 réservés
auxquels viennent s’ajouter 27 271 pétitionnaires défavorables contre 633.

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