Pollution industrielle du Parc National des Calanques – Etat de la situation

UCL2Les limites de la CSS (Commission de suivi de site des installations d’Alteo)

La création de la CSS est une initiative bien française. « Il y a un problème ? Un problème déplorable de rejet polluant dans un Parc National ? De nombreuses associations crient au scandale ? Il s’agit d’alumine et d’aluminium, d’une des industries de pointe de notre pays ? Le problème est délicat ? ». « Créons une commission ».

Ainsi les Marseillais peuvent être rassurés. On va suivre, pas à pas, pendant 6 ans, la pollution des calanques et féliciter l’industriel à chaque « progrès » de dépollution ! Pourtant, à l’échéance de ces 6 ans, on aura seulement réduit les rejets les plus massifs (6 paramètres polluants sur 82) et la pollution des calanques continuera avec ces 6 paramètres ramenés en dessous des normes + les 76 autres polluants) ! L’arrêté préfectoral est très clair là-dessus ! On peut ajouter que l’impact sur les  organismes marins s’en trouvera encore aggravé par l’accumulation dans le temps de polluants rémanents et leur concentration au sein des écosystèmes et le long des chaines alimentaires !

Cependant, sans atteindre ces objectifs, les représentants des habitants de Gardanne, des pêcheurs et des associations ont, par leurs interventions à la CSS, exercé une continuelle pression sur les autorités et l’industriel, obligeant celui-ci à intensifier ses opérations de dépollution.

Polluants industriels déversés dans le Parc National des Calanques.

La liste de ces substances est impressionnante, autant que leur pouvoir toxique : soude (toxique), aluminium (toxique, perturbateur neurologique, perturbateur cellulaire), fer (perturbateur de la reproduction et de la croissance), arsenic (forte toxicité), vanadium (désordres respiratoires, digestifs, sanguins et neurologiques), titane (toxique pour le plancton), molybdène (perturbateur endocrinien), bore (toxique), chrome (toxique), sélénium (toxique), manganèse (toxique), plomb (saturnisme, perturbateur sanguin, dysfonctionnement reins, foie, système nerveux), cuivre (algicide, atteinte à la base des chaînes marines trophiques), zinc (perturbateur photosynthèse et respiration, cancérigène), antimoine (toxique, possibles lésions hépatiques, rénales et cardiaques), cadmium (maladie Itaï, déformation du squelette), étain (ravageur des parc d’aquaculture), uranium (toxique), lithium (effet possible sur la fonction rénale), nickel (toxique, perturbateur du développement larvaire), cobalt (toxique), argent (toxique sur les stades larvaires), mercure (névropathie, paralysie fonctionnelle, destruction des reins) phénols, 16 hydrocarbures aromatiques polycycliques (forte toxicité, dysfonctionnement cellulaire, cancérigènes), 7 polychlorobiphényles (réduisent l’immunité naturelle, cancérigènes), 7 dioxines et 10 furanes (seuil de toxicité très bas, dysfonctionnement hépatique, nerveux, endocrinien, cancérigènes), 6 composés benzéniques (aberrations chromosomiques, cancérigènes), 1 phtalate (possibles effets sur le foie et les reins, le système reproducteur mâle, possible perturbateur endocrinien), 4 alkylphénols (perturbateurs endocriniens) et 2 polybromodiphenyléthers (perturbateurs endocriniens), 3 organoétains (perturbation de la reproduction et du système immunitaire, malformations morphologiques. Leur utilisation dans les peintures anti-foulings des coques de bateaux a eu des effets dévastateurs sur les parcs d’aquaculture des moules et des huîtres).

Controverse sur les quantités déversées.

La présentation, par l’industriel, des résultats de dépollution sous forme de tableau de pourcentages masque la réalité. Si on applique ces pourcentages aux volumes d’eau rejetés, sur la base d’un débit de 270 m3/heure (soit 2.332.800.000 litres par an !), on s’aperçoit que les quantités sont encore considérables. Le calcul est facile : mercure 116 kg, arsenic 128 kg, vanadium 863 kg, MEST 8800 kg, DBO5 110 tonnes, DCO 324 tonnes, aluminium 448 tonnes, par an !

D’ailleurs, il faudrait encore multiplier ces chiffres par 6 pour la durée de 6 ans ; on aurait ainsi 696 kg pour le mercure, 768 kg pour l’arsenic, 660 tonnes pour la DBO5, 1944 tonnes pour la DCO, 2888 tonnes pour l’aluminium ! Une bagatelle ! Cet aspect n’est pas pris en compte ! 

D’ailleurs, si la charge polluante était négligeable comme le prétend l’industriel, on peut se demander pourquoi on continue le rejet en mer ! Le recyclage de ces eaux pour la recharge des nappes phréatiques et l’irrigation permettrait d’éviter un gaspillage scandaleux de l’eau si précieuse dans la perspective du réchauffement climatique qui a commencé.

 Facteurs d’aggravation de la toxicité.

Conditions aggravantes de pollution par la nature de l’effluent.

Les boues rouges avaient une densité supérieure à l’eau de mer, ce qui explique leur écoulement dans le canyon de Cassidaigne jusque vers les grands fonds. Par contre, la fraction liquide, qui a remplacé ces boues, a une densité plus faible que l’eau de mer. Ces eaux ont donc tendance à remonter vers la surface et à être dispersées par les vents et les courants sur l’ensemble de la partie marine protégée du parc et au-delà. Cet aspect n’est pas pris en compte !

 Phénomènes de cumul.

La plupart des polluants sont peu ou pas biodégradables et sont donc quasi indestructibles. C’est le cas de tous les métaux et de l’arsenic (car ce sont des éléments) et même d’autres produits comme les redoutables PCB. Aussi ces poisons ne vont pas cesser de s’accumuler par addition continue dans le temps, proportionnellement au volume du débit horaire phénoménal (270 m3/h). Cet aspect n’est pas pris en compte !

 Concentration le long des chaines alimentaires.

La majorité des investigations sur la pollution de la mer en France, ne prennent pas en compte un phénomène important d’aggravation de la toxicité, celui de la concentration le long des chaines alimentaires et des réseaux trophiques. A chaque passage d’un maillon à l’autre la concentration du produit augmente. Ainsi un polluant peut se trouver à l’état de trace dans l’eau de mer et à des concentrations de plus en plus élevées depuis le phytoplancton jusqu’aux gros poissons, en passant par le zooplancton, les petits poissons et les moyens poissons. C’est ce phénomène qui est à l’origine de la mort et de la paralysie par névropathie des pêcheurs japonais de Minamata ayant consommé du thon contaminé par du mercure rejeté par une usine de production d’acétylène. Il est aussi à la base de la mort de nombreux dauphins qui consomment les poissons contaminés à tous les repas et tout au long de leur vie. Cet aspect n’est pas pris en compte !

Addition des charges polluantes.

Le rejet industriel d’Altéo n’est pas isolé. Il s’ajoute à la pollution de la Méditerranée (« bruit de fond »), à l’apport du fleuve Huveaune détourné artificiellement dans les calanques et aux rejets urbains massifs dans la crique de Cortiou, insuffisamment traités, de l’agglomération marseillaise. Ainsi les poissons analysés par l’ANSES sont contaminés non seulement dans la zone d’influence du rejet industriel, mais également dans la zone témoin ! La somme de ces apports peut s’avérer suffisante pour faire franchir des seuils de toxicité irréversibles pour la flore et la faune marines. Cet aspect n’est pas pris en compte !

Sensibilité particulière des formes juvéniles, interruption des cycles de vie.

Les seuils de toxicité sont essentiellement estimés pour les organismes adultes. On néglige ainsi les stades juvéniles de très nombreuses espèces, dont le seuil de toxicité est beaucoup plus bas. Il s’agit des œufs, spores, larves, alevins, etc. La mort par intoxication de ces formes juvéniles tronque le cycle de vie et raréfie les populations adultes. C’est ainsi qu’on explique, en partie, la raréfaction des populations d’oursins par la mort des larves « plutéus », beaucoup plus sensibles à la pollution que les adultes. Or le cycle de vie de la plupart des espèces marines, y compris les poissons et les organismes du plancton, comporte, au début de leur existence, un tel stade d’extrême sensibilité à la pollution. Cet aspect n’est pas pris en compte !

 Objectifs d’Union Calanques Littoral (UCL).

Ils sont clairs et sans discussion possible : Pollution zéro, suppression du rejet en mer, recyclage des eaux épurées. Ces objectifs sont assortis d’un délai donné à l’industriel pour les atteindre, notamment par l’installation d’une station d’épuration performante. Une façon de répondre aussi au chantage à l’emploi brandi par l’industriel. Fidèle à sa méthode, UCL dénonce le massacre des milieux naturels mais apporte toujours des solutions. Dans le cas d’Altéo, nous sommes à l’origine d’un accord de coopération entre les responsables de l’usine de Gardanne et ARISTOT, une société amie, de rang international, spécialisée sur la dépollution industrielle. 

 Actions nationales et européennes d’UCL.

 . Dépôt d’un référé, par notre avocat, au Tribunal Administratif de Marseille d’annulation de l’arrêté préfectoral du 28 décembre 2015 (en cours).
. Interpellation de l’ancien gouvernement de François Hollande : président, premiers Ministres (Manuel Vals et Bernard Cazeneuve), Ministre en charge de l’environnement (Ségolène Royal).
. Interpellation du Ministre Nicolas Hulot en charge du Ministère de la transition écologique et solidaire. Il ressort de l’actualité que la seule mesure prise, pour l’instant, par le Ministre, concerne l’ordre donné au Préfet de scinder la Commission de Suivi du Site (CSS) en deux sous-commissions (terre et mer) et de nommer un observateur garant du bon déroulement des séances. Cette décision n’apporte aucune amélioration à la situation.
. Interpellation du Premier Ministre Edouard Philippe.
. Interpellation du Président de la République Emmanuel Macron.
. Plainte à Bruxelles contre l’Etat Français. La probabilité d’aboutir est élevée comme ce fut le cas pour l’Etang de Berre.

 Une situation scandaleuse.

Cette situation est inadmissible, intolérable, scandaleuse et incompatible avec la loi qui régit les Parcs Nationaux, le code et les lois de l’environnement et les accords internationaux signés par la France.

Nous sommes à l’ère de l’illogisme le plus flagrant. Créer un espace ultra protégé pour sauvegarder l’ensemble de ses richesses d’une exceptionnelle valeur et, à l’opposé, autoriser de les empoisonner au seul profit d’un industriel peu lesté de scrupules, avec la bénédiction de certaines autorités locales et nationales !

On ne peut tolérer que les Calanques soient le seul Parc National au monde discrédité par un permis de polluer et de tuer le vie marine.

Henry Augier
Président d’UCL
Maître de conférences honoraire, docteur d’Etat
Professeur honoraire à l’École Nationale des Travaux Publics de l’État
Ex-directeur du laboratoire de biologie marine fondamentale et appliquée et du
Centre d’Etudes, de Recherches et d’Informations sur la Mer (CERIMER)
à la Faculté des sciences de Marseille-Luminy
Ex Conseiller scientifique au Parc National de Port-Cros
Ex Conseiller scientifique au Conseil de l’Europe à Strasbourg
Expert international consultant
Plongeur professionnel breveté d’hyperbarie
Lanceur d’alertes et auteur de nombreux ouvrages grand public sur notre environnement

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