Le thym, indicateur du changement climatique

P1320041En Méditerranée, le phénomène mondial est, pour le moment, peu palpable. Mais des signes apparaissent. Les pêcheurs prennent de plus en plus d’espèces venant des eaux chaudes et le nombre de jours avec des régimes de vent fort est en hausse. Sur terre, on a l’impression que des fruits mûrissent plus tôt qu’avant ou que telle plante n’a pas gelé depuis quelques années. Des observatoires participatifs ont même été mis en place. (http://www.obs-saisons.fr/).

Une étude scientifique a été réalisée par des chercheurs de Montpellier sur les populations de thym. Pourquoi le thym ? Notre thym commun (Thymus vulgaris) est plus complexe qu’il n’y paraît. Il en existe, dans le sud de la France, 6 sortes ou 6 « chémotypes » qui diffèrent par la composition des substances aromatiques fabriquées. Ces chémotypes peuvent être regroupés en deux familles : les phénoliques et les non-phénoliques (selon qu’ils fabriquent des phénols ou non !).

Les phénoliques sont très majoritaires dans les populations qui peuplent les garrigues les plus chaudes et les plus sèches. C’est le cas du thym à thymol. Ces thyms ne supportent pas les grands gels. Les non-phénoliques poussent surtout dans des lieux plus élevés. On en trouve même jusque dans le département des Hautes-Alpes.

Photo John Thompson

Photo John Thompson

A Saint-Martin de Londres (au nord de Montpellier), les chercheurs suivent l’évolution de la répartition des différents phénotypes depuis 1970. Ce territoire présente des microclimats et des sols variés. Ils ont constaté en 2010 que des thyms phénoliques étaient apparus dans les populations de non-phénoliques où ils étaient absents. Leur présence a aussi augmenté dans les populations mixtes.

Photo John Thompson 3

Photo John Thompson

Les chercheurs ont  corrélé ces changements aux hivers de moins en moins froids. Ils pensent assister à une réorganisation spatiale rapide des chémotypes de thyms clairement liée à la diminution de la fréquence et de l’intensité des périodes de gel. Autrement dit, les thyms peu résistants progressent dans les populations de résistants.

En si peu de temps les chercheurs n’ont pas noté de changements génétiques chez le thym. Pourtant les chémotypes « migrent» mais ils ne peuvent se déplacer, à l’inverse des poissons ou du plancton. Cette migration se fait par la dispersion des graines et, surtout,par le transport du pollen par les insectes sur de grandes distances. Ce pollen qui féconde les parties femelles des fleurs peut engendrer des thyms phénoliques. Des jeunes plants de thyms phénoliques issus de graines ne sont plus détruits par le gel et s’installent dans les populations et les lieux où ils ne pouvaient survivre.

Article de Christian Connaulte, tiré de la publication : Evolution of genetic polymorphism with climate change in Mediterranean landscape. John Thompson, Anne Charpentier, Guillaume Bouguet, Faustine Charmasson, Stéphane Roset, Bruno Buatois, Philippe Vernet and Pierre-Henri Gouyon. PNAS February 19, 2013, Vol110, N°8, 2893-2897
Photo John Thompson 2

Photo John Thompson

Cette entrée a été publiée dans Environnement, Evolution climatique, Flore. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Une réponse à Le thym, indicateur du changement climatique

  1. Marcaggi dit :

    Merci à Monsieur Connaulte pour cet article de vulgarisation scientifique très limpide. Mais que pensez-vous du thym qui pousse en Bretagne ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>