Spiruline, l’aliment de demain !

Sans titre 1Revue de l’Encre de mer n°30-32 2011.

« Il y a 10 ans, Claude Villars est venu au centre avec de la spiruline en nous disant : « Ça, c’est l’aliment de demain ». Il avait une telle énergie et une telle compétence… J’ai coordonné la première expérimentation sous serre. Notre objectif était de produire cette cyanobactérie sans chauffage pour limiter les coûts de production, et d’étudier l’intérêt qu’elle avait au niveau agronomique et alimentaire pour aider les pays du sud. Nous avons travaillé sur les techniques culturales, les intrants et, au cours des années, nous sommes même arrivés à allonger la période de production. Il semblerait que l’écotype avec lequel nous travaillons se soit adapté à notre climat plus tempéré.

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Philippe Stéfanini

Protéger la production par une formation solidaire accréditée :
Lors d’une rencontre internationale sur la spiruline, nous avons réalisé que, d’un côté, la production était aux mains de grands industriels avec des lobbies puissants, d’un autre côté, elle procédait d’une approche empirique à des fins humanitaires. Ripley Fox, grand humaniste et spécialiste mondial de la spiruline, préconisait de faire accréditer la formation par un diplôme public, pour financer la recherche et développer plus librement la production. Nous avons lancé le premier diplôme public en France (Production de spiruline à vocation humanitaire) sans savoir que c’était la seule qualification publique au monde ! A partir de là, cela a pris une tournure incroyable. En six ans, nous avons formé 650 personnes de diverses nationalités (Afrique, Brésil, Colombie…) et nous avons aidé à la création de filières nationales et internationales de spiruliniers. Evénement majeur : il y a 2 ans, une association suisse (Antenna Technologie en partenariat) a mis dans le bien commun le génome « Arthrospira platensis » obtenu par séquençage, préservant la production d’OGM privés et brevetés.

Sans titre 3La spiruline est produite en bassins construits avec du plastique alimentaire. Les composants de base sont l’eau, l’air (l’eau est brassée) et les intrants nécessaires à la construction de l’organisme tels que sel, soude et engrais (azote, phosphore, potassium additionnés si nécessaire de souffre, magnésium, calcium et fer). Des oligo-éléments sont parfois rajoutés (bore, zinc, cobalt, molybdène, cuivre…). Des recherches sont en cours pour remplacer les intrants chimiques par des intrants naturels.

Un facteur économe, de santé et de lien social : C’est un aliment durable qui consomme peu de surface, peu d’eau et peu d’intrants pour sa production. Il grignote 4 fois plus de CO² que les plantes terrestres au mètre carré. Il contient des polysaccarides, du béta-carotène… Avec une dose de 2 à 4 g par jour, prise pendant 2 mois, vous commencez à sortir un enfant souffrant de marasme.

Pour conserver des enzymes indispensables à notre santé, une production artisanale est nécessaire. Dans ce cas, la spiruline n’est pas pasteurisée mais séchée à basse température. On la digère mieux tout en assimilant bien les nutriments. Vendue sur les marchés provençaux, à côté de l’ail, du rosé et du miel, ou encore à la ferme, par internet, ou en magasin, elle n’a pas l’image d’un complément alimentaire. Les gens vont à la ferme pour les œufs et la spiruline. Ils la prennent fraîche, la mélangent avec du roquefort pour des apéritifs originaux, l’intègrent à leur repas… Au niveau social, elle crée du lien, les agriculteurs deviennent des « conseillers en nutrition».

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Photo Philippe Stefanini

Produire dans l’eau de mer, c’est l’avenir : Il y a 3,5 milliards d’année, la mer originelle avait un taux de sel de 5 à 8 gr/l. avec un pH de 10 à 11. Aujourd’hui, le taux de sel est de 36 à 38 gr/l. et le pH de 8,2 environ. Les cyanobactéries se sont développées et ont créé l’atmosphère terrestre en produisant de l’oxygène par photosynthèse. Si on veut produire en mer, il faut revenir au bain de base, à cette soupe primitive dans laquelle la vie explose. Lors d’une mission au Sahara occidental, j’ai assisté à un « bloom » de spiruline de 450 ha ! En milieu naturel, dans cette mer primitive miniature, elle s’était multipliée et diversifiée. La biomasse était passée de 20 t à 1500 t en 4 mois…

CFPPA du Var : Centre de formation pour des diplômes allant du CAP à la Licence professionnelle. La formation de spiruliniers se fait en trois mois pour un chef d’équipe. Deux semaines intenses de cours théoriques plus deux semaines en entreprise suffisent pour être producteur si l’on a déjà un bagage en physique-chimie. Les élèves du CFPPA signent une Charte solidaire liée à l’aspect humanitaire face à la malnutrition. Une démarche qualité pour une meilleure maitrise de la production et de la communication est envisagée, tout comme le fait de faire des formations en Afrique afin d’éviter les problèmes d’obtention de visas.
Le CFPPA du Var est encore centre d’ingénierie pédagogique et de projets, et centre d’expérimentations pratiques. Des expérimentations pratiques sont effectuées sur des essences nouvelles ou oubliées, et sur des énergies renouvelables associées à la production agricole. La spiruline, la Stevia (plante à goût sucré, riche en protéines et dénuée de calories) et le Jatropha (plante résistante dont les graines produisent une huile intéressante au niveau énergétique) font partie de la panoplie de demain. La spécialité du Centre est de faire émerger des projets innovants en lien avec les besoins du territoire : reconversion de maraîchers de la plaine d’Hyères en spiruliniers, création d’une Université méditerranéenne du goût et d’un Conservatoire de l’abeille noire endémique de Provence pour le Syndicat des apiculteurs…

Centre de Formation Professionnelle et de Promotion Agricoles. Lycée agricole agricampus, 32, chemin Saint-Lazare 83408 Hyères Cedex – Tél04.94.01.35.55 – Fax : 04.94.01.35.56 – legta.hyeres@educagri.fr http://www.hyeres.agricampus.educagri.fr/

Philippe Stéfanini
Directeur adjoint du CFPPA d’Hyères, doctorant / chercheur CNRS

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Sans titre 5« A 38° avec une lumière de printemps-été, la spiruline se développe toutes les 2h à partir de cellules qui se divisent. La récolte est faite tous les jours mais je fais attention à laisser une grande partie de biomasse car, si elle a besoin de lumière, elle a aussi besoin d’ombre pour se protéger. Je cherche aussi à préserver mes souches qui viennent du lac Paracas au Pérou où elles se raréfient. La spiruline est pompée dans les bassins puis passée dans 2 tamis de 100 et 50 microns. Il reste une « purée d’épinard » qui est pressée, sans excéder 30 gr au mm² pour ne pas éclater les cellules et perdre la phycocyanine*. L’eau de pressage est utilisée pour le jardin potager ! La pâte est extrudée dans une machine pour en faire des spaghettis qui sont séchés par ventilation à froid (entre 4 et 5h). Il faut ensuite les mettre rapidement en sachet, à l’abri de l’humidité et de la poussière.

Danielle Thomas

Danielle Thomas

C’est comme un bébé, il faut s’en occuper régulièrement, c’est du vivant ! Il faut aussi se protéger des prédateurs et des contaminations par les insectes. Pour des raisons de température, le travail se fait du printemps à l’automne inclus, mais je commence à préparer mes bassins dès le mois de janvier. On arrive à récolter 10g au m² par jour (10 à 12 kg en poids mouillé). La pousse est progressive, de l’ordre de 10%. Certains ont voulu intensifier, ils ont perdu leur bassin… Avant cela, je faisais du maraîchage et des fleurs et puis j’ai rencontré Claude Villar qui faisait une conférence et qui m’a embarquée là-dedans ! C’est Ripley Fox qui a découvert les propriétés de la spiruline auprès de peuplades africaines qui l’utilisaient pour leur nourriture. Pour le moment, on connaît 3 écotypes, des souches plus ou moins spiralées qui ont les mêmes propriétés. Les 2 spiralées seraient plus résistantes car une partie de la spirale est protégée de la lumière. »

Danielle Thomas, productrice à Hyères, vente à la ferme et par Internet.
Spiruline de Costebelle, 1439 Route de l’Almanarre 83400 Hyères – Tél. 06 62 07 76 88  danielle.thomas83@wanadoo.fr 

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Gérard expérimente des bassins à géométrie variable, notamment en hauteur. Il a conçu une roue à aube fixée sur deux flotteurs, une sorte de catamaran qui peut varier en profondeur, de manière à oxygéner différentes couches d’eau.

« Pêcheur de corail et d’oursins, et gestionnaire d’un centre d’expédition de coquillages, je cherchais une micro-algue pour les bassins d’épuration de coquillages. J’avais de l’eau de mer en circuit fermé et des dosages de nitrate et de phosphate à éliminer. La spiruline permet de dépolluer. J’ai rencontré Claude Villars qui était ingénieur spécialisé dans l’énergie. On a travaillé sur des photo-bio-réacteurs. Aujourd’hui, j’expérimente la culture de spiruline en bio. La bio, c’est un mot court mais c’est très complexe ! »

« Même sèches, certaines spirulines se sont conservées 25 ans. Elle sont en dormance. Il faut imaginer que pendant 3 milliards d’années, elles ont passé des moments difficiles dans des lacs qui ont du s’assécher… »

Gérard Lefèvre, producteur à Hyères (83)

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Sans titre 95 médailles d’or en nutrition

« Outre les acides gras essentiels, dont les oméga 6, et la vitamine B12, absente du règne végétal, la spiruline contient les 3 plus grandes carences au monde :
- la protéine qui représente 60 à 70% (la vache 20%, le soja transgénique 30%),
- le béta-carotène (sous forme de vitamine A), très fragile et complètement absent d’une alimentation industrielle moderne,
- le fer dont la quantité varie avec la teneur du milieu de production.

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Antioxydant très puissant, préconisé par les médecins pour la production de globules et plaquettes. Les sportifs en consomment fréquemment car elle empêche l’acide lactique de se développer et prévient ainsi les crampes, les points de côté…

Un rendement inégalable

Ingénieur agronome, j’ai appris à faire de l’agriculture industrielle avec des pesticides et des OGM mais il m’a fallu aller en Afrique pour découvrir la spiruline. J’ai été très étonné par son rendement : avec la spiruline, on produit 50 t/ha de protéine, soit 20 fois plus que l’élevage bovin. C’est dû au fait que la spiruline est une bactérie qui se multiplie par division cellulaire, dans de bonnes conditions de soleil et de température d’eau. C’est très différent d’une plante qui doit passer par des différenciations cellulaires : la production de tiges, de feuilles, de racines… J’ai travaillé 7 ans en Afrique dans une ferme, dans le cadre de lutte contre la malnutrition. Avec la spiruline, les enfants récupèrent très vite. Il faut le voir pour y croire…

Un aliment de santé pour l’Europe

Depuis 7 ans, j’ai monté ma ferme dans la Drôme provençale. En Europe, on mange trop, trop gras et trop mal, ce qui est la cause de bon nombre de maladies de dégénérescence. Depuis la seconde guerre mondiale, l’agriculture industrielle a supplanté l’agriculture paysanne et entrainé la raréfaction des molécules les plus fragiles : les vitamines et les enzymes qui participent à un processus de désintoxication et de nettoyage. Les enzymes, il nous en faut très peu. C’est comme une clé, après avoir ouvert la porte, on récupère la clé, encore faut-il qu’elle soit là. L’oxygène qu’on respire devient un poison qui s’accumule dans le corps, et il nous faut une enzyme pour l’éliminer. La spiruline remplace les vitamines et les enzymes que nous apportait l’ancien jardin potager. Elle rentre dans le cadre d’une alimentation vivante, de santé. »

Cédric Coquet, producteur à Sainte-Jalle (26)
et co-Président de la Fédération des spiruliniers de France

La Ferme de Cédric :  récolte de 2,5 à 4,5 kg de planton par jour, 300 kg par an,
sur 8 mois de production annuelle, 12 h de travail journalier en période de production.
Les jardins Coquet – Mazelière – 26110 Ste Jalle lesjardinscoquet@yahoo.fr
Tél 04 75 27 71 34 – http://ccoquetsvp.blogspace.fr/ Vente directe à la ferme ou par internet. 

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Photo Philippe Joachim

L’axe de la vie aurait été de mettre la recherche de la santé comme bien commun. Jamais la santé n’a été autant privatisée. L’industrie pharmaceutique est la deuxième industrie au monde. De nombreuses études révèlent aujourd’hui l’impact de l’alimentation industrielle (sucre raffiné industriel, adjuvants…) sur le développement des maladies modernes comme le cancer. Les gens s’en rendent compte. Il y a 4 ans, nous avons lancé une formation en naturopathie et nous avons une demande incroyable. De patients passifs, ils deviennent patients actifs et cherchent à se nourrir sainement pour se soigner ou préserver leur santé. Il nous faut revenir à des aliments sains et vivants, riches en oligo-éléments, vitamines, enzymes…

Philippe Stefanini, directeur adjoint du CFPPA, doctorant / chercheur CNRS

NB. Pour en savoir plus : « Cultivez votre spiruline ». Manuel de culture artisanale pour la production de spiruline, Jean-Paul JOURDAN. Téléchargeable sur internet : http://www.eco-bio.info/spiruline.pdf

 

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