EAU Ô

jeu d'enfant photo de Chantal Théry

Photo Chantal Théry

 En période de confinement, Chantal Théry et François Poulin se sont prêtés à un jeu d’investigation personnelle, puis d’écriture, pour préciser ce qui leur est essentiel. Ci-après, le texte de Chantal…

« Que préfères-tu dans la nature ? » Ce que je préfère… c’est… l’eau !

L’eau vitale, infiniment précieuse, que l’on boit pour vivre et qui constitue 60% de notre corps. L’eau pour cuire nos aliments, nous laver, laver notre linge, assainir la maison. L’eau nécessaire aux plantes, aux jardins, aux champs, aux grenouilles, aux poissons, aux canards, aux oies sauvages, aux tortues marines, aux dauphins, aux belugas, aux oiseaux et à tous les animaux. L’eau, si rare dans tant d’endroits de la planète !… L’eau que – les femmes surtout – doivent puiser, transporter, utiliser, transformer.

L’eau relie le ciel à la terre, aux mers, aux océans. De nuages, en pluie et en neige, elle couvre et arrose la terre, alimente les sources, les ruisseaux, les rivières, les fleuves, les mers, les océans. L’eau – douce ou salée – occupe 70% de la planète. Elle assure la navigation, le transport par voies fluviales et maritimes. J’aime les barques et les kayaks, les radeaux et les canots, les péniches, les maisons flottantes et les voiliers, les gondoles et les goélettes, les pirogues et les jonques, et tous les bateaux, et tous les oiseaux qui les accompagnent. J’aime les lagons, les barachois et les deltas.

L’eau est belle et fidèle et poétique : elle capte la lumière, le soleil et la lune, sert de miroir à la nature et à tout ce qui l’entoure. Ses reflets sont infinis, immobiles ou mouvants, scintillants. Les couleurs, les formes et les lignes s’y mirent, s’y cassent, s’y libèrent, s’y réinventent : impressionnistes, kaléidoscopiques, design. J’aime les lignes d’horizon, entre ciel et terre, ciel et mer, celles qui donnent la mesure de l’espace, à perte de vue, qui épousent la courbure de la terre et nous donnent des ailes.

J’aime le bruit de l’eau, dans tous ses états : des bruits cristallins aux cascades, des clapotis aux fracas des vagues, du doux bruit de la pluie sur les toits et les fenêtres aux averses cinglantes ; des cornes de brume aux notes de musique… aquatiques… J’aime les saules, les joncs, les bambous et les roseaux des bords de l’eau, et les rizières, les plantes d’eau, jacinthes, iris, orchis, papyrus, lotus et nymphéas, algues et posidonies… flottant au gré des vents et des courants. J’aime les naïades et les sirènes, les draveurs et les marins pêcheurs.

J’aime la texture de l’eau : l’eau fluide nous caresse, nous enveloppe, nous porte ; on nage, on plonge ; on se mousse, on s’éclabousse ; on se rafraîchit, on en sort rajeunis, libérés de ses soucis, eau de jouvence et de résilience. Et je n’aime dans les parfums que les eaux, Ô ! L’eau, précieuse, de bleuet ou de mélisse, fait partie de ma pharmacopée.

L’eau est magique ; elle se forme et se transforme étonnamment : de la vapeur légère à la brume opaque et fantomatique, de la rosée à l’arc-en-ciel irisé après la pluie et l’orage, du givre à feuilles d’acanthe sur nos fenêtres à la neige aux magnifiques cristaux, de la bruine fine à l’ondée douce, de l’averse brutale à la tempête de neige cinglante, des rondes et patientes gouttelettes aux stalactites acérés, des blanches banquises aux profonds icebergs aux camaïeux de bleus…

J’aime l’intelligence de l’eau qui – à nos risques et périls – sait retrouver son lit quand on la détourne, l’emprisonne, et se mettre en colère, en furie, contre les chamboulements du climat.

Le champ lexical de l’eau sous toutes ses formes et ses couleurs est immense ; il y a, par exemple, des noms pour toutes les sortes de nuages et vingt-deux mots en inuktitut pour désigner l’état de la neige et de la glace. Et l’eau se prête, s’apprête, à toutes les températures : fraîche, tiède, chaude, bouillante, glacée…

J’aime les villes au bord de l’eau, et les villes d’eaux, thermales : Aix, etc. ; et les moulins à eau (pour le bois, la farine, le papier), les canaux, et leurs écluses, les cascades, les chutes, et même les barrages hydro-électriques. J’aime les oasis. J’aime les jardins zen qui mêlent plantes, arbustes et pierres, peignent des vagues de sable et de gravier, mixent eaux vives et eaux dormantes.

L’eau, idéalement transparente, de la surface au fond, ne cache rien a priori. C’est pourquoi j’ai toujours aimé les contenants de verre, de toutes les formes, qui l’accueillent, la conservent : les verres, les cruches, les bouteilles, les vases, les bocaux et les dames Jeanne… et les aquariums. J’aime les vasques, les fontaines, les abreuvoirs, les lavoirs des lavandières…

Et j’aime les potages, la gelée, les aspics qui, en cuisine ou dans la préparation des plats, entourent tout de leurs savoureuses transparences colorées ; sans oublier les glaçons et les sorbets ; les bonbons et les desserts gélatineux et transparents ; l’eau d’érable, la bière, le vin et les eaux de vie ; le thé, dans une belle tasse de porcelaine, translucide bien sûr ; les boules de thé (et les fleurs en papier de soie) qui éclosent dans l’eau…

L’eau est notre premier élément, confinés que nous sommes dans le ventre de notre mère… comme un poisson dans son bocal… ; notre mère qui nous met au monde quand… « elle perd ses eaux ». Et sait-on que, pour grandir en intelligence, c’est notre cerveau qui profite de… 80% de notre eau ?

J’aime l’aquarelle qui mêle avec des bonheurs de transparences les couleurs et l’eau ; j’aime les voix cristallines, et les rires, et les chants des oiseaux. J’aime les larmes de joie et les émotions à fleur d’yeux.

J’aime être entourée d’eau : habiter sur une île, un phare ; être au milieu d’un lac. J’aime le passage du temps, la rosée du soir et la rosée du matin. J’aime les bouteilles à la mer…

J’aime me glisser dans l’eau, glisser et patiner sur la neige et la glace. J’aime les enfants qui savent, avec une imagination infinie, s’amuser avec l’eau, sous toutes ses formes…

J’aime, plus philosophiquement, ce qui coule de source et les retours aux sources, ce qui est essentiel, simple et limpide, franc, authentique.

                                                                                              Chantal Théry
20 avril 2020, en période de confinement.

Chantal Théry est professeure de littérature retraitée. Elle est également formatrice de Wendo, une méthode canadienne d’autodéfense physique et verbale, spécialement dédiée aux femmes. Pour en savoir plus :
Association WENDO PROVENCE 06 95 88 22 23
Site Web : http://www.wendo-provence.fr/               fb https://www.facebook.com/WendoProvence/
Vidéo Wendo : https://youtu.be/K3iLBiHcPAM
Vidéo Parité : https://youtu.be/NuYDZ8vduK4

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