Un virus c’est pas rigolo, saison 3

Disons-le tout de suite ce nouveau coronavirus est bénin dans la majorité des cas mais il peut s’avérer mortel en particulier chez certains patients à risque.

Notre immunité marche bien pour la majorité des personnes infectées qui étaient de 3,7 millions en France au début du mois de mai. Parfois, on développe la maladie avec des symptômes plus ou moins pénibles (fièvre, toux, douleurs) Si c’est plus grave, on va à l’hôpital (presque 140 000 personnes depuis le début, soit 3,8 % des malades). Enfin on peut en mourir mais c’est assez rare finalement (0,7 %), bien que le total des décès soit trois fois plus élevé que celui causé par la grippe en hiver 2018-2019.

En plus, nous ne sommes pas égaux face à ce virus. Les femmes sont légèrement plus touchées que les hommes mais ceux-ci sont davantage hospitalisés. Trois quarts des patients hospitalisés sont des hommes et 70 % d’entre eux sont en surpoids ou obèses.

Bon, trêve de chiffres, nous avons compris que, la plupart du temps, ceux qui sont infectés ne développent pas la maladie, ou sont malades à des degrés divers et guérissent. Le système immunitaire et la médecine ont gagné.

Nous allons tenter de comprendre comment le virus peut prendre le dessus. (pas très souvent quand même!).

 1. Dans les cas graves, le virus attaque sérieusement nos poumons.

Cela veut dire que le virus continue à se multiplier malgré la réponse immunitaire. N’oublions pas qu’il est facile pour lui de se « cacher » dans nos cellules. Il arriverait même à détourner certains lymphocytes T du droit chemin. Et puis, certains d’entre nous ont un système immunitaire un peu trop faible. Pratiquement toutes les personnes décédées étaient âgées et/ou avaient des problèmes de santé (on emploie le terme peu fleuri de comorbidités).

extrêmité de bronchiole

En gros, le virus se déplace dans le système respiratoire jusqu’à l’extrémité des plus petits tuyaux. Et au bout, il y a des tout petits sacs, appelés alvéoles pulmonaires, qui sont en bouquets.

Un poumon contient environ 300 millions d’alvéoles. Un alvéole ayant un diamètre de 0,1 mm, leur surface totale est proche de 130 m2. Difficile de croire que tout ça tient dans nos petits poumons !

Pour tenter de le comprendre, prenez une feuille de papier format A4. Vous en faites un cylindre. Elle délimite un certain volume. Ensuite, déroulez la feuille et pliez-la en accordéon. Faites de nouveau un cylindre. Il occupera un volume beaucoup plus faible pour une même surface de papier.

Les parois des alvéoles sont très fines (beaucoup plus que du papier à cigarettes) et construites avec des cellules, plein de cellules. Vous pouvez imaginer alors que les virus, une fois arrivés sur place,  vont s’en donner à cœur joie. Je me demande comment ils connaissent cette histoire d’alvéoles alors qu’ils ne sont jamais allés en cours de science.

A quoi servent les alvéoles ?

Sur le schéma ci-dessous, on voit que chaque alvéole est entouré de petits capillaires sanguins. Capillaris voulant dire cheveux, on commence à comprendre comment les savants trouvent les noms des choses. Petite anecdote : l’ablatif pluriel de capillaris est capillaribus. Ça ne sert à rien mais je trouve ça rigolo.

passage gaz alvéoleAu niveau de chaque alvéole, l’oxygène de l’air inspiré traverse les parois et passe dans le sang. Le gaz carbonique fait l’inverse et se retrouve dans l’air expiré. C’est une histoire de concentration différente de ces gaz dans l’air et dans le sang mais ça fonctionne.

On peut facilement comprendre que si l’alvéole est obstruée par des débris divers, des poussières ou des liquides le passage des gaz se fasse mal.

En plus, les cellules des alvéoles possèdent des molécules en surface auxquelles les virus peuvent se fixer et pénétrer ainsi plus facilement.  Elles donnent le bâton pour se faire battre en quelque sorte.

 Ces molécules sont appelées ACE2 et sont des enzymes. Pour les intimes et en anglais : Angiotensin-Converting Enzyme

 2. Les cellules immunitaires font leur travail

Les cellules immunitaires sont de plus en plus nombreuses sur place pour protéger et réparer le tissu pulmonaire. C’est ce que l’on appelle le processus inflammatoire. C’est normal mais la respiration devient assez difficile : c’est la pneumonie. Ils ne se sont pas foulés les savants car ce mot vient du grec pneumôn qui veut dire poumon. Et la pneumonie c’est l’inflammation des poumons. Pour faire bien dans les soirées, on peut dire aussi pneumopathie infectieuse. Plus le poumon est atteint et plus la pneumonie est grave. Quand les échanges gazeux se font mal, il est temps d’aller à l’hôpital.

3. Mais une réponse immunitaire violente peut se déclencher. La maladie devient sévère

Jusqu’à présent, la maladie n’est pas très méchante même si on est à l’hôpital. Mais si la pneumonie s’aggrave il faut envisager une réanimation pour placer le patient sous oxygène ou même sous assistance respiratoire.

Dans les cas extrêmes, la dégradation des tissus pulmonaires peut entraîner un syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA). C’est là qu’on va utiliser les “célèbres” respirateurs.  Il s’agit de maintenir les alvéoles ouverts et de forcer le passage de l’oxygène dans le sang. Dans les hôpitaux français, 40 % des malades en réanimation sont sauvés quand même.

Comment notre virus provoque cette détresse respiratoire ?

Là, on emploi des termes extrêmes. On parle d’explosion immunitaire excessive, de tempête ou d’orage de cytokines. Dans l’affolement, même les cellules saines sont détruites. Les soldats tirent à tort et à travers et il y a des dégâts collatéraux, en quelque sorte. La bataille produit des débris et du liquide qui fuit des vaisseaux sanguins dilatés. Tout ça remplit les alvéoles et les gaz ne sont plus échangés.

reaction excessive

SCHEMA D’UN ALVEOLE DANS LES DEUX SITUATIONS IMMUNITAIRES

Pourquoi cette tempête de cytokines ? Le virus lui-même déréglerait la machine. Les cytokines seraient détournées, stimuleraient trop la réponse et prendraient un rôle destructeur. Ça fait peur non ? Il parait que, dans ce stade ultime, il n’y a même plus de virus dans les poumons. C’est un comble.

Il reste un dernier épisode pour clore cette série. Il parlera des moyens d’aider le système immunitaire à combattre le virus. Il sera certainement question de médicaments et de vaccins.

Christian Connaulte

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