La politique : le tabouret des riches ?

Photo E.T.
1959 : Etait-ce l’organisation prud’homale, les côtes de Méditerranée française ont échappé à l’industrialisation de la pêche de la fin du 19ème siècle. L’art halieutique nourrit des populations de pêcheurs sur l’ensemble du littoral. Sous la conjonction de plusieurs facteurs, les pouvoirs publics malgré l’opposition des prud’homies et le résultat du référendum qu’elles ont organisé, déréglementent le secteur. La brèche est ouverte, celle d’une compétition ouverte fondée sur des bases financières et technologiques, et destinée à conquérir de nouveaux marchés. Une nouvelle logique émerge autour de la production de masse, et de ses dérives quand les produits sont périssables et à forte variabilité. La petite pêche se réorganise autour de communautés restreintes, spécialisées sur certains créneaux : vente directe de « poissons nobles ou d’extrême fraîcheur », circuits commerciaux propres à des espèces spécifiques.

Fin des années 80 : Redistribution des cartes sur l’échiquier européen avec pour mot d’ordre de réduire la surcapacité. Jeu des pouvoirs et des instances : les petits et gros bateaux des façades françaises sont mis dans le même moule réglementaire : on casse des pointus pour construire des chalutiers et des thoniers.

Années 90 : La Commission se penche soudain sur les techniques les plus artisanales de Méditerranée : hauteur des filets, taille des hameçons, mailles des filets… Elle fait un amalgame des règlements des pays concernés et fixe des normes générales quels que soient la morphologie des territoires, la taille des communautés de pêcheurs, les conditions météorologiques, les usages et règlements locaux… Règlement inapplicable et inappliqué face à la diversité des rades et des baies, et à ces conjonctions très particulières de l’homme, de ses techniques et de son champ d’action. Pêcheurs et prud’hommes se battent contre cette généralisation meurtrière : raisonnement par technique, par espèce, par biotope… où l’homme n’a plus sa place. Ils se battent aussi pour ne pas travailler en fraude. Dans un milieu difficilement contrôlable, le braconnage est la pire des solutions. Pendant ce temps-là, l’écart se creuse entre grands et petits métiers qui travaillent pourtant sur des ressources et des zones communes.

Septembre 2006 : Le Conseil des Ministres européens doit voter la refonte de ce texte. Est encore prévue l’interdiction des filets à thons, sous prétexte que les prises accessoires de mammifères, dans d’autres pays, sont inadmissibles. Laissera t-on une porte ouverte aux ganguis traditionnels de la Prud’homie de Toulon et à leur juste appréciation de leur impact sur les herbiers ? Pensera t-on à la hauteur de nos « battudes trémaillées », ces filets mixtes qui permettent de prendre des poissons de passage sur des zones de pêche grandes comme des mouchoirs de poche ? Aura-t-on ajusté la taille des hameçons à la gueule des poissons matures (dorade rose et espadon) ? Ce n’est pas faute de le dire, de sensibiliser politiques et scientifiques, de mobiliser la profession… mais vient un temps où monter sur un tabouret pour se faire entendre à Paris et à Bruxelles nécessite trop d’argent, de disponibilité et d’organisation pour des marins-pêcheurs de métier. Vient le temps où les dirigeants doivent se pencher sur leur base pour comprendre ce qui marche bien, ce qui est porteur d’avenir, et voir précisément comment le soutenir… Autrement l’Europe continuera à se construire avec ceux qui ont les moyens de faire du lobbying : une Europe des grands intérêts financiers et non une Europe des régions spécialisées autour de leurs savoir-faire et de leurs terroirs spécifiques.

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