Trémails et dentis dans les Cyclades

6 HEURES, PORT DE NAOUSSA A PAROS,

PETITE ÃŽLE GRECQUE DES CYCLADES

A l’ombre de la nuit, le vent pénètre entre les murs blanchis des maisons endormies. Dans l’antre du port, quelques grappes d’hommes rejoignent les bateaux – sardiniers et grandes barcasses chaloupées – paroles brèves, regards surpris de notre présence.

Notre patron monte à bord, met en marche, nous invite à franchir le quai de marbre. Paros en regorge sous les épineux, cistes, genévriers, verdure sèche clairsemée de caillasses – gneiss ou mécashiste – agrémentée d’oliviers, de petits pins, parfois de tamaris et de pitos dont les fleurs au soleil embaument. Des galets blancs et polis, veinés de gris, vert ou rose, aux blocs rugueux arrachés des collines, nos pieds foulent allègrement cette matière si précieuse aux mains des sculpteurs.

Le Soultana glisse le long du franc-bord des senneurs, remarquables par leurs canots porte lampes, juchés au-dessus du pont, et leur empilement de caissettes en bois clair. Dès la digue franchie, les vagues s’annoncent rapides, creuses, face à la proue. Nous rejoignons l’arrière abrité par la petite cabine, assises de chaque côté de la barre, magnifique ouvrage de charpenterie. Le patron négocie habilement le passage de cette longue coque de 13 m entre les masses d’eau hachées. Le soleil se lève, rose entre les îles. Christos, le matelot, se prépare.

Nous bifurquons à l’abri d’un îlot. Dans la passe rocheuse l’oscillation s’amenuise. Nos deux marins scrutent l’horizon à la recherche d’un drapeau noir, couché par le vent, caché par les vagues. Au rythme régulier des 3 roues conjuguées, le trémail jaune doré sort de l’eau, tiré par des mains habituées. Contre balancier du corps. Par brassées successives, le filet scintillant sous les premiers rayons illumine la blancheur immaculée du pont. Peu d’animaux aquatiques, suite au mouvement nocturne : pageot, sévereau, rascasse, une cigale… Une drôle d’étoile suivie d’une petite langouste regagnent les fonds sitôt démaillées.

L’eau afflue vers la côte et nous pousse à regagner l’amarre. Sur la colline se découpe le village serti de bleu azur, tout est calme encore. Au détour d’une ruelle une dizaine de pêcheurs retraités, attablés dans leur taverne, nous accueille d’un bon sourire, d’une tasse de thé. La sortie prévue est remise, le vent souffle trop fort pour leurs petites embarcations.

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