Récolte à pied des palourdes : A marée basse dans l’estuaire de Pont-L’abbé, Sud-Finistère

Un pied dans la vase et l’autre légèrement soulevé, le buste penché vers l’avant, une main fouisseuse dans la masse boueuse, noirâtre et chaude, l’autre en appui sur l’anse du panier renforcé d’une armature à casier.

La silhouette progresse lentement, à la façon gracile des longs oiseaux, malgré l’aspiration de la vasière qui enserre le chausson dès lors qu’il se pose.

Méthodiquement l’Å“il suit le filon, fixé sur ces infimes dépressions, agrémentées parfois d’un ou deux trous et de leur souffle intermittent.

Les doigts gantés de bleu agrippent et saisissent, à la manière d’une pince à trois branches, la dureté de la coquille nichée dans la mouvance. Déjà la main palpe, et le regard juge ; la taille minimale est stricte (4 cm dans la plus grande longueur), près de la moitié des palourdes détectées attendra de grandir.


Le champ vert, immense, bordé d’une sombre frondaison, vibre sous les reflets des nuages en partance. Pays d’eau peuplé du cri des oiseaux, secoué de rafales et des frémissements de la faune aquatique.

Imperceptiblement les clairs ruisseaux s’étendent, s’élargissent, gagnent en force. Le jusant transforme doucement ces veines hésitantes en artères puissantes.

Alors que le pêcheur continue sa progression, le regard rivé au sol, le cerveau en arrière plan surveille ce danger grandissant : un sixième sens transmis à la naissance par des générations d’ancêtres maritimes.

La récolte maintenant alourdit le sac juché sur un moret halé par la taille. Avant de rejoindre la brouette grinçante laissée sur le sol dur, José profite du dernier ruisseau pour rincer palourdes, panier, jambes, bras et chaussons : « L’objectif est de revenir le plus propre possible ».

Un petit sentier littoral nous ramène à la camionnette… Bien protégé, cet estuaire, par des rideaux d’arbres et de champs, coupés de routes et de maisons !

Trois heures de corps à corps avec un sol gluant qui nous livre avec parcimonie une once de sa richesse, l’on en ressort vanné mais détendu, heureux de ce mariage subtil avec un autre monde, parfumé aussi des relents discrets du marais…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *