Une aquaculture biologique artisanale : une démarche exemplaire au sein d’une filière discutable

Photo : Provence Aquaculture

L’aquaculture marine telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui a 15 ans. Quand on s’est lancé là-dedans, on était tous des joyeux idéalistes et on pensait qu’on allait sauver la planète de la faim dans le monde. Dix ans plus tard, avec l’histoire de la vache folle, nous étions montrés du doigt comme de dangereux pollueurs, voire empoisonneurs… Un mauvais procès. C’était trop irrationnel pour un aquaculteur de donner de la farine animale terrestre à des poissons marins, le taux de transformation d’une farine de viande est si mauvais que cela revient à gâcher de l’argent…

Aujourd’hui l’aquaculture n’est pas une réponse à la diminution de la ressource marine, c’est du management de ressources. Il faut 3,2 kg de poisson frais sauvage pour faire 1 kg de poisson d’élevage. En 15 ans, on a divisé par 2 la quantité de farine de poissons. On pense que dans les 10 ans qui viennent, on arrivera à 1 pour 10. On remplace par des végétaux, soit terrestres, soit marins. L’avenir c’est sûrement de cultiver des algues. Ce qui est en cours aujourd’hui c’est la réutilisation des sous-produits de la transformation de poissons pour les réintégrer dans les farines, dans la mesure où l’on a une véritable traçabilité sur les espèces pour éviter le cannibalisme ou la pollution. En bio, il y a 30% minimum de céréales issues de l’agriculture biologique, on se retrouve en compétition directe avec l’alimentation humaine sur les céréales, ce qui pose problème. Notre farine vient d’Amérique du Nord (Chili, Pérou), la farine d’Afrique a trop d’urée du fait des procédés de fabrication, celle d’Europe du Nord est chargée en dioxine, métaux lourds…

Dans le domaine marin, il faut changer de perspective : l’aquaculture occupe 200 fois moins d’espace que l’élevage terrestre pour la même productivité tout en conservant des densités proches de la nature. En France, sur 20 ha on produit 6000 t de poissons. La totalité de l’aquaculture marine française tiendrait dans le vieux port de Marseille ! La biomasse du krill dans les zones arctiques ou antarctiques c’est 10 fois la biomasse totale terrestre. On ne parle pas des mêmes échelles.
Photo Provence Aquaculture

Les cycles marins sont 10 à 20 fois ceux des cycles terrestres mais ils sont très variables. Dans la pyramide alimentaire terrestre, 96% du volume de la pyramide est constitué de végétaux. Dans le milieu marin, les carnivores prédominent.

Le choix des espèces dépend de leur capacité de métabolisation, les poissons en haut de la chaîne alimentaire sont souvent plus rentables que les autres. Le mulet qui est omnivore transforme mal l’aliment quel qu’il soit…

Ce qu’on voit, c’est la récupération des valeurs du bio dans l’industrie parce que ce sont des valeurs porteuses commercialement. On peut espérer que les standards du bio aujourd’hui seront les standards du conventionnel demain. La production bio constituera toujours entre 5 à 10% des volumes pour des raisons de marché. Là où l’on aura gagné c’est que l’on aura lancé des procédures de travail qui seront reprises dans le conventionnel. Par exemple, la diminution de farine de poissons dans l’alimentation c’est dans la logique industrielle de demain, l’absence d’utilisation d’antibiotiques déjà effective en France d’après les tests effectués récemment…

Implantée en 1989 à titre expérimental, la ferme occupe 2,2 ha avec une concession jusqu’en 2035. En moyenne, il y a 3000 poissons qui s’évadent par an. On tient à ce que ce soit des poissons issus de poissons sauvages pour éviter les risques de pollution génétique du milieu… D’après les analyses sur le milieu, l’impact de la ferme est limité à la zone de production (l’azote rejeté par la ferme se confond à la quantité d’azote du Golfe de Marseille à 60m de la ferme), il est non cumulatif et réversible. La zone est classée A : zone propre.

Y a 5000 ans d’histoire de Marseille dans cette calanque, y a un site proto-chrétien, les armées de César qui se sont arrêtés là avant d’aller nous mettre sur la gueule à nous les Marseillais… Il s’en est passé des choses ici, c’était un des rares ports naturellement protégés du mistral. La digue date de 1720, il rentrait 35 galères à l’époque des grandes épidémies.

Les données quantitatives représentent des ordres de grandeur non des valeurs absolues.

* Entretien avec Emmanuel Briquet, Directeur de Provence Aquaculture

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