Pêche : Bruxelles annonce une réduction des quotas pour 2009

Le commissaire européen chargé de la Pêche s’alarme de la surexploitation des stocks de poissons dans les eaux communautaires. Contrairement aux attentes de la profession, il laisse présager une diminution des quotas pour l’an prochain.

Alors que se poursuit le mouvement de « grève illimitée » entamée la semaine passée par les pêcheurs espagnols, portugais et italiens pour protester contre la flambée des prix du gazole, la Commission européenne n’a laissé aucun espoir aux professionnels qui demandent une augmentation ou une suppression des TAC (totaux admissibles de captures) et des quotas (qui répartissent ces captures entre Etats membres) en 2009. Un geste qui les aurait aidés à affronter la hausse des prix des carburants.

« Les TAC sont systématiquement fixés à des niveaux nettement supérieurs à ceux recommandés par les scientifiques et ne permettent pas la reconstitution des stocks surexploités, dont la situation est alarmante », a expliqué vendredi Joe Borg, le commissaire chargé de la Pêche, en présentant l’approche qui va le guider pour formuler, à la rentrée et après avoir consulté toutes les parties intéressées, ses propositions sur les possibilités de pêche pour l’an prochain.

Le diagnostic de ses experts est sans appel : 88 % des stocks de poissons des eaux communautaires sont surexploités, contre 25 % en moyenne au niveau mondial. Malgré tous les efforts déployés, aucune amélioration générale de l’état de ces stocks n’a été enregistrée depuis 2003. « Réduire les captures aura des effets négatifs sur l’emploi. Mais si nous n’agissons pas, ce sera pire dans quelques années », a prévenu un responsable européen. La Commission entend donc réduire encore davantage les possibilités de capture des espèces les plus menacées, en modifiant notamment les variations annuelles des quotas de pêche. Jusqu’à présent, ces variations étaient limitées à 15 % à la hausse ou à la baisse pour garantir un minimum de stabilité au secteur. Elle propose d’augmenter ce pourcentage à 20 % à la baisse pour les stocks menacés ou, au contraire, à la hausse pour ceux qui se sont reconstitués. Ce pourcentage pourrait même atteindre 25 % dans les cas extrêmes. Bruxelles considère, par ailleurs, que le système actuel de quotas de jours passés en mer, destiné à limiter l’effort de pêche, n’est pas efficace et souhaite le remplacer par un mécanisme plus souple et plus facile à contrôler.

Alors que les ministres augmentent systématiquement TAC et quotas lors de leur fixation en fin d’année, la Commission souhaite réduire cette marge de manoeuvre en exigeant que cet effort de pêche tienne compte des engagements internationaux de l’Union et respecte les « plans pluriannuels » adoptés par l’Union pour permettre une reconstitution des stocks des espèces de poissons les plus menacées.

Les Etats membres et les parties concernées sont invitées à présenter leur avis sur cette approche avant le 30 juin. La Commission souhaite ensuite étaler ses propositions à partir de septembre (pour la mer Baltique et les espèces pélagiques) et d’octobre ou novembre pour les autres, afin qu’un véritable débat puisse ensuite s’engager, notamment avec les armateurs, les pêcheurs et les experts nationaux, avant l’adoption des TAC et quotas en décembre.
JACQUES DOCQUIERT

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