Détails de la chasse sous-marine

Photo Philippe Joachim

A Marseille, on avait l’habitude de partir au lever du soleil. – quand je me mets à l’eau, il faudrait que tu me voies, je rampe sur le rocher comme ça – des fois tu as de beaux poissons à 1 m mais que l’été. Parce qu’il passe une période où tu vois pas de poissons, puis vers 10h… hop ! tu vois plein de poissons. A midi et demi c’est bon. A une heure jusqu’à trois heures, on voit plus rien, on se dit : ils font la sieste ou quoi ! Le soir, alors là on peut y aller jusqu’à la tombée du soleil, là c’est bon.

Au démarrage, quand tu prends ta respiration tu lèves ton tuba. C’est des habitudes de chasseur pour pas que le poisson entende : bloup, bloup, bloup.

Pour avoir un poisson, il faut tirer à 3 m, 2 m. La ficelle qui tient la flèche fait 3 m, la flèche fait 1 m, ton harpon fait 5 mais si tu tires un poisson à 5 m tu es sûr de le louper hein ? la flèche sera pas arrivée qu’il aura disparu. Pour l’avoir, il faut qu’il parte pas avec la peur, il faut qu’il parte doucement, alors là, nous on vise. Parce qu’en général on tire d’instinct, on n’a pas le temps de viser.

Les loups, l’hiver ils fraient donc ils sont plus faciles à prendre. Dès qu’un poisson fraye… En ce moment pourquoi je tire des vieilles, des labres verts, des queues bleus… ? Parce qu’ils frayent. Tu les vois, ils poursuivent la femelle, et là tu as le temps de descendre et quant ils te voient, peut-être c’est trop tard. Et là, plus il est gros, plus il domine tous les autres, alors tu le cherches lui ! Pour la vieille, on tire plutôt les mâles, la femelle est trop petite par rapport au mâle.

Quand on tire un poisson, on sait bien le tirer. On tire au niveau de l’ouïe, à peine derrière pour bien l’attraper. Et puis en haut on a toujours la dague… on n’aime pas voir souffrir les poissons.

Ici c’est très rare que je rentre bredouille, des fois, tu en as 3, 4, c’est juste des poissons pour la soupe, c’est pas des beaux poissons. Alors qu’en règle générale, je cherche des gros poissons. Mais enfin, les poissons que je ramène sont pas plus petits que ça… 300 g quoi. Les soles, j’en vois tout plein mais elles font 10-12 cm, c’est des bébés ! Tu peux que les regarder, les laisser faire… En moyenne, je reste 4 h dans l’eau, j’ai 3, 4, 5 poissons. Oui, l’été, un jour, tu en tue une dizaine, des fois 15, mais un jour ! Tu vois, avec ma femme, on pourrait pas vivre en mangeant ce que je pêche !

Les barracudas, j’en attrape de temps en temps, mais c’est plutôt l’été ça, l’hiver on les voit pas. Je les vois là où il y a des rejets d’eau douce. Au Parc de la Cride, là où il y a la falaise, tu as une source mais elle s’est tarie, hein… Avant quand tu passais, tu te mettais à côté, presque ça te poussait. Maintenant, tu sens presque plus rien. Avec le masque tu as plus le trouble, tu sais, quand l’eau douce se mélange à l’eau de mer…

Tu pêches mieux quand l’eau est trouble. Le poisson voit pas. Des fois, dans l’eau, je vois un filet à 2 m ! Chaque fois c’est le coup au cÅ“ur ! Y a eu des plongeurs en bouteilles qui y sont restés… Si jamais tu te fais attraper là… oh il te faut sortir la dague et commencer à couper, mais quand tu va couper, ça va bouger tout ça… Au plus tu te débats, comme le poisson, au plus tu t’emmailles, et vas-y… Les signaux ? On regarde au départ mais après on est tellement absorbé…

Quand tu as une zone à côté d’une réserve, tu as du poisson – moi j’aimerais habiter à Porquerolles ! à côté du Parc de Port-Cros – et ça tous les pêcheurs l’ont remarqué.

Le mérou : cette année, j’en ai pas encore vu. Ils montent avec les eaux chaudes hein, donc on va les voir. On en voit beaucoup plus, mais ce sont des petits mérous : 1 kg, 2 kg maximum, tu vois des 500 g, même 200 g. Tout le temps, l’été, tu en vois tout plein, le long de la Cride. Et naturellement à la Cride, tu en vois des costauds, mais qui te connaissent. Le mérou, c’est protégé, moi j’en prends pas mais celui qui vend… Tu as deux sortes de pêcheurs sous-marins : il y a ceux qui font ça pour le loisir, pour la maison – tu vois, le poisson d’un kilo, ma belle-sÅ“ur va venir, on va manger à trois. Si j’en avais eu deux ou trois, on les gardait, avec les cousins de mon frère on est 7 ou 8. C’est toujours pour la famille. J’ai jamais vendu un poisson – et puis tu as les braconniers. Tu te rencontres qu’aux Alpes Maritimes – j’irai jamais habiter là-bas ! – la pêche sous-marine est interdite l’hiver. Tu sais pourquoi ? Y avait tellement de braconniers qui vendaient aux restaurants que les pêcheurs ont fait l’interdiction l’hiver. Tu peux y aller que le samedi-dimanche et en étant inscrit dans un club. Ils ont laissé le week-end pour qu’ils puissent s’entraîner pour les compétitions.

A un moment donné les braconniers ils pêchaient à la corde, tu te mets à 30- 40 m du bord. le poisson il voit la corde, il croit que c’est un filet, alors il reste à trou. Le poisson, il passe pas sur la corde, il croit que c’est un filet donc tous les poissons vont rester à trou… A mon époque, tu te mettais à 5 m, tu tapais et tu faisais un cercle, le poisson était effrayé et il se mettait à trou. Après, il a compris la tactique !

La compétition c’est pas question de se mesurer mais on fait une progression astronomique. En compétition tu es toujours 2. Faut descendre, tu descends, il y a pas de soucis, tu as un collègue qui est en haut. Qu’est-ce qu’on risque ? Une syncope à la remontée, c’est tout. Bon, s’il y a quelqu’un qui te tient…Quand on plonge un peu profond on n’a pas de plombs, on part plutôt léger de façon à forcer pour descendre mais, à la remontée, remonter doucement. Si c’est le contraire, tu peux avoir une syncope si tu continues à palmer fort pour remonter. Ça fait que, quand tu es déjà à 7 -8 m de la surface, c’est la surface qui t’attire, tu es comme un bouchon ; et la syncope, elle arrive là, entre les 9 m et 7 m. Donc toi, tu montes comme un bouchon, tu es dans les vapes – ça m’est jamais arrivé – tu es dans les vapes et là tu es au contact de l’air. Automatiquement tu as un réflexe respiratoire qui t’attrape, qui te fait respirer. Bien si t’as pas quelqu’un qui te tient à ce moment-là : hhhhha, quand tu vas respirer tu te noies puisque tu avales de l’eau, et ça tu le maîtrises pas. Voilà pourquoi en compétition on était toujours à 2. Après quand tu es seul, tu fais moins, moins le fada !

– Tu vas moins profond, tu restes moins longtemps ?

– Je reste surtout moins longtemps… Avant mon co-équipier, il pleurait : Jean, Jean tu déconnes…

– Ouais mais je dormais un peu en bas !

On devait dépasser les 3 mn facile. Oui… mais c’est un entraînement, c’est pas un exploit…

Les saupes, les muges, je les tire pas, ma femme les aime pas, mais je les chasse ! Au dernier moment j’appuie pas. Ça m’embête de tuer puis de le jeter, ou alors de donner aux goélands. Tu sais pas qu’à un moment donné j’avais un goéland à moi. Dagobert, je l’avais appelé. Quand je sors de l’eau le poisson, je l’écaille, je le vide. Je voyais un goéland, je me dis : tiens je vais lui mettre sur les rochers comme ça. Mais oh ! c’est qu’il s’y est habitué. Après, il m’attendait, le zèbre ! Un jour, il a du mourir parce qu’il est plus jamais revenu. C’était tout le temps, tout le temps le même qui venait, ça je l’avais repéré. Au début, il se mettait à 5-6 m, après à 4 m, tout ça, et il s’approchait de plus en plus, à la fin il était sur un rocher, il était à 1m50 là, je lui tendais, il voulait pas, il fallait que je lui pose sur le rocher pour qu’il le prenne. Ça reste sauvage quand même.

Y en a un en ce moment, je suis en train de l’apprivoiser. Je pense qu’il ira plus près que l’autre. Il m’attend pas encore. Quand j’arrive le matin bonne heure, il vient : Vvvvou… il me regarde me mettre à l’eau et puis… – je sais pas où il va, tu sais, il doit être sur la falaise ; pour te voir, ils sont sur la falaise – et quand je sors : Vvouf ! Ah, j’ai le temps quand même de plier la bouée, et quand je commence à attaquer le poisson, Vvviuf tu le vois arriver… Pof ! Lui, je l’appelle Etienne.

Photo Philippe Joachim

Un chapon, à 50 cm de toi, si ton Å“il se porte pas dessus, tu le vois pas… Un jour j’ai vu un chapon, il dépassait le kilo, comme ça… pas profond hein, 6 m autour, contre la roche. J’étais là, je dis : mais qu’est-ce que c’est ? qu’est-ce que c’est ça ? – et toi tu as le harpon à 30 cm je veux dire – qu’est-ce que c’est ? qu’est-ce que c’est ? et puis à un moment donné, je vois à la fin 5 petits traits comme ça, des petits traits, oh ! c’est la queue du chapon. Alors j’ai visé, pan ! J’ai tiré dans le rocher ! Il dépassait le kilo. Je me disais : mais comment on peut pas voir un poisson énorme comme ça ? Vraiment, c’est sa queue qui m’a fait dire, comme il y a les stries, qu’il est devant. Boum ! tiré dans le rocher…

Jean Marty, chasseur sous-marin à Sanary

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