Faut-il laisser-faire l’appropriation du vivant ou choisir son mode de développement ?

Un marché des droits de pêche pour l’accès aux ressources marines et zones de pêche (QIT…) s’adresse aux sociétés qui ont la capacité financière d’acheter et capitaliser ces droits : de grands armements et des sociétés de capitaux. Concentration du secteur et déstructuration des communautés de pêcheurs artisans, telles sont les conséquences expérimentées dans la pêche (Islande, Féroé…) ou dans d’autres secteurs. L’amélioration de l’état des stocks, motif avancé de cette marchandisation n’est pas probante. Les lois de la rentabilité immédiate de flottilles industrielles (et donc mobiles), même avec un surcoût par les droits de pêche, ne riment pas forcément avec la gestion des stocks et des territoires. Cependant, la pression pour ce « laissez-faire » est forte,, serait-ce que la flottille européenne, encore largement artisanale, représente une manne convoitée ?

Quelle autre solution ? L’expérience des Prud’homies méditerranéennes de pêche nous apprend que le développement productiviste n’est pas la seule solution. Plutôt que de privilégier sans cesse les unités les plus « modernes » pour être compétitives sur un marché mondial, l’on peut fixer les règles de la compétition sur des territoires et valoriser les produits qui en sont issues : des « produits de terroirs bien gérés ». C’est une solution à creuser dans l’Europe d’aujourd’hui. L’on pourrait « imaginer » que des régions, pas seulement des unités administratives, mais des territoires économiques, sociaux, environnementaux et citoyens, se spécialisent dans le Marché Européen et qu’elles soient investies de l’allocation administrative de droits de pêche pour organiser l’activité en fonction de leur spécialisation.

Ainsi, par exemple, les pêcheurs artisans de Méditerranée s’orienteront vers un rôle d’observation et de gestion littorales afin de préserver les écosystèmes marins. Ils contribueront du fait de leur activité à la vie littorale, culturelle et touristique, au développement touristique et résidentiel de la région. La pêche bretonne de dimension sectorielle devra, quant à elle, s’intégrer à un tourisme environnemental émergent qui suppose également une bonne gestion des écosystèmes.

En fait, en de multiples points du littoral, cette forme de développement se met en place avec la création de réserves marines et plans de gestion territoriaux par les pêcheurs, leur implication dans des commissions nautiques pour concilier les usages en mer, leurs actions juridiques, leur rôle d’alerte, ou leurs aménagements spécifiques pour préserver leurs territoires, l’élaboration de charte de pêche ou démarche qualité sur les savoir-faire… Voir la modernité aux marges d’un développement productiviste et en faire le système de demain, tel est l’enjeu qui se présente aux politiques d’aujourd’hui.

Pourquoi ce choix de développement est-il aussi un choix de société ? La spécialisation régionale devient un objectif poursuivi par l’ensemble des secteurs économiques, des collectivités territoriales et des citoyens concernés par un même territoire. Ramenée à une échelle régionale, la gestion territoriale devient à la fois plus simple et plus proche des spécificités locales, des cultures, des organisations sociales, des individus, et donc un moyen de nous mobiliser autour d’un objectif commun pour que notre économie régionale puisse trouver sa place dans l’Europe tout en préservant le territoire qui nous fait vivre.

Parce que finalement, si l’on y tient à notre planète, il faudra bien se retrousser les manches et investir les champs politiques et économiques plutôt que de laisser-faire…

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