Pêche. «Ne pas déséquilibrer la pyramide des âges»

Ce matin, s’achève la journée mondiale des pêcheurs organisée par Pêche et développement. Parmi les intervenants Menakhem Ben-Yami, scientifique et écologiste israëlien.

Parmi les théories que vous développez, vous dites que l’on a trop tendance à protéger les jeunes poissons, pourquoi?

Certains scientifiques ont développé une idée, quasi biblique, qu’il faut protéger les juvéniles. C’est une vérité absolue depuis une centaine d’années. Mais prenez une tranche de la population et décidez de ne sélectionner, pour la reproduction, que ceux qui font moins d’1,60 mètre. Après cinq générations, l’ensemble de la population ne dépassera pas 1,60mètre. Concernant la ressource halieutique, plus la génitrice est âgée, plus il y aura d’oeufs de bonne qualité.

C’est un discours récent, est-ce qu’il est entendu par les scientifiques?

Ces idées avancent à la même allure que lorsqu’on a découvert que la terre était ronde alors que tout le monde disait qu’elle était plate. Elles progressent aussi vite que la théorie de Darwin (sourires).

Vous dites donc qu’il ne faut pas se priver de pêcher les jeunes poissons?

Absolument. Il faut conserver une pyramide des âges normale et ne pas la déséquilibrer. Or, ce n’est pas ce que l’on fait en Atlantique. Je pense qu’il y a surpêche quand les captures ne sont pas nombreuses et qu’elles ne concernent que les individus les plus gros.

Pourtant, c’est l’inverse que l’on imagine.

À un moment, il faut apporter le bon sens des pêcheurs à ce débat. J’ai été pêcheur, j’ai travaillé pour le gouvernement ainsi que pour la FAO, j’ai abordé le problème sous plusieurs angles. Attention, ce que je dis n’est pas forcément vrai pour toutes les pêcheries.

De fait, quel regard portez-vous sur la politique commune des pêches (PCP)?

Chaque pêcherie devrait avoir une politique adaptée. Dans certains cas il faut instaurer des quotas, dans d’autres il est préférable de parler de jours de pêche ou travailler sur les engins de pêche. Un jour, j’ai interrogé un haut responsable de l’Union européenne concernant la PCP, il m’a répondu «on vient de trouver un équilibre politique entre les différents pays, alors se poser maintenant la question des stocks, c’est une autre affaire».

Vous dites également que l’homme n’est pas le seul responsable. Les oiseaux, les mammifères marins, jouent aussi un rôle.

Oui, il y a bien d’autres facteurs qui affectent la ressource et on n’en entend pas beaucoup parler chez les scientifiques. D’ailleurs, un jour j’ai entendu un scientifique dire que les mammifères marins ne se nourrissaient pas dans les zones où étaient les pêcheurs. Or tout le monde sait que, là où il y a des dauphins, c’est là où il y a le plus de poissons.

Comment jugez-vous l’attitude de certains écologistes extrémistes?

Il existe différents groupes d’écologistes. Moi, je suis un vert traditionnel. Je milite pour préserver toutes les espèces, mais pas toute la population à chaque fois. Je n’exige pas non plus le zéro mortalité. Par ailleurs, il existe des environnementalistes qui sont à la solde de grandes compagnies pétrolières et qui veulent détourner l’attention du public sur les problèmes de pollution en culpabilisant les pêcheurs.

Pratique

Aujourd’hui les débats se poursuivent au foyer Courbet à partir de 9h. Menakhem Ben-Yami interviendra sur le thème «Gestion dans la tourmente» à 11h. Suivra une table ronde «Pour une autre politique commune des pêches». Entrée libre.

* Recueilli par Laurent Marc

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