Demain, une « carte verte » pour le poisson ?

Pas facile de consommer du poisson « écologiquement correct ». Les critères à prendre en compte sont multiples, et les labels certifiant une pêche responsable ne sont pas harmonisés.

L’arrivée, annoncée en 2011, d’un étiquetage carbone sur les produits de grande consommation mettra-t-elle fin aux débats sur les éco-labels qui agitent le secteur des produits de la mer ? En effet, cette année, le Marine Stewardship Council (MSC), qui depuis dix ans pousse les pêcheries à s’engager dans des démarches de pêche responsable, s’est vu reprocher par Greenpeace de ne pas aller assez loin dans la démarche. L’association environnementaliste veut plus et milite pour l’interdiction des pêches de grands fonds, voire l’arrêt de la pêche au chalut. La solution de l’aquaculture, vue comme un palliatif à la raréfaction des ressources, n’a pas non plus la faveur de tous les écologistes. Pour les uns, elle pollue l’eau, pour les autres, elle participe à la destruction des ressources halieutiques.

Pas facile pour un consommateur de se faire une idée claire pour consommer du poisson « écologiquement correct ». D’autant plus que pour Alain Renaudin, président de DDB corporate, société de conseil en communication, « la relation des Français aux produits de la mer est complexe ». Dans ce contexte, les messages simples des associations militantes passent mieux que les argumentaires très techniques des pêcheurs. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder dans le détail les cahiers des charges de certification de pêche responsable. Autre difficulté : « Pas un label aujourd’hui n’est représentatif d’une haute qualité environnementale » , estime Eric Labouze, président de BioIntelligence Service, agence spécialisée dans la mesure et le conseil de l’impact environnemental des filières. « L’analyse du cycle de vie, retranscrite en grammes de CO2 émis pour 100 grammes de produit fini, permettra un mieux. Mais pour chaque famille de produit, il faudra la compléter par un ou deux critères supplémentaires. Dans les produits de la mer, la question de la biodiversité a toutes les chances d’apparaître comme pertinente. » Un point de vue partagé par Alain Renaudin, ex-directeur général adjoint de l’Ifop, qui estime néanmoins que « l’étiquetage carbone, généralisé, sera utilisé comme un outil de comparaison par les consommateurs entre les produits » .

« L’avenir est à l’aquaculture »

Et là les questions ne vont que commencer. Qui aura l’empreinte écologique la plus faible : le poisson ou la viande ? Le poisson d’élevage ou le poisson sauvage ? Le poisson frais ou le poisson surgelé ? « Les premiers calculs, qu’il faut prendre avec beaucoup de précautions, donnent l’avantage au poisson sur la viande, car le cycle de transformation est plus court » , évoque Eric Labouze, ajoutant : « De la même façon, quels que soient les kilomètres parcourus pour le capturer, le poisson sauvage a souvent l’avantage sur le poisson d’élevage. Ce qui pèse lourd dans le calcul, c’est l’alimentation. » De fait, à regarder les bilans carbone d’une entreprise comme Meralliance, dont l’activité principale consiste à fumer et transformer du saumon d’élevage, on constate que la part de l’amont est colossale : 49 % des émissions de carbone. L’emballage et le transport amont et aval ne représentent respectivement que 22 % et 11 %, la transformation proprement dite ne générant que 18 % des émissions.

Toutefois, l’Institut national de la recherche agronomique (Ania), qui s’est penché sur la durabilité environnementale de la pisciculture, montre que nombre d’espèces d’élevage s’avèrent moins gourmandes en énergie et ressources marines que du cabillaud ou de la langoustine pêchés en Scandinavie. Aussi pour Gilles Charpentier, président de Meralliance, nul doute que « le poisson sauvage sera réservé aux périodes festives, comme le gibier dans l’univers des produits carnés. L’avenir est à l’aquaculture, une aquaculture qui sous l’oeil des bilans carbone entrera dans une spirale de progrès » .

Reste à savoir si le consommateur parviendra à décrypter des étiquettes complexes, des « cartes vertes ». Mais après tout, pourquoi pas ? Dans l’électroménager, il y est bien parvenu grâce à une harmonisation des démarches des industriels. « Elle est en cours. L’Ania, la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution et l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie s’y sont engagées » , rassure Eric Labouze. Sa société en est d’ailleurs chargée.
CÉLINE ASTRUC

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