Je savais que ça ne durerait pas…

RAPPEL : Cyril Laplace est, comme le fut son père Alain, pêcheur-plongeur basé à la Pointe Courte

Alain Laplace, c’est le type qui inspire confiance. Peut-être parce que comme son père, son grand-père, ses oncles, il a arpenté mer et surtout étang pour subsister. Quand il parle lagune, c’est du vécu. A ses côtés, son fils Cyril, petit-métier de l’étang depuis une douzaine d’années, écoute ce père qui a connu le temps où, « au début des années 1970, 600 pêcheurs travaillaient sur l’étang », où, autour de Roquerols, « 30 types pêchaient à l’arseillère ». Mais l’arseillère, c’était pas trop son truc, à Alain, qui préférait plonger les palourdes (1), et caler quelques filets : « Ça faisait vivre son homme, ça, les palourdes, comme les huîtres plates pêchées à la drague : des 5 000 F par jour, en 1977 ! » Tous les jours, il plongeait sur des fonds de 2 à 11
m, de 10 h 30 à 15 h. En 4 à 5 heures, il sortait 30 kg de palourdes, cinq jours sur sept , vendait « les « super » 75 F ». Et n’a pas tout claqué : « Ma femme est économe et moi, je suis issu d’une famille de pêcheurs, je savais que ça ne durerait pas. » Aussi quand son fils lui a dit un jour que lui aussi, serait pêcheur, Alain n’a pas sauté au plafond. Mais bon, c’était de famille : « On a donc commencé à bosser tous les deux, d’abord au palangre, à la mer. Mais on est revenu sur l’étang. Car à la mer, c’est encore plus dur. On n’y va qu’après les gros « coups de sud »… » Depuis 1997, le fiston, 33 ans, est donc pêcheur-plongeur. Et c’est dur. Même si Cyril Laplace a un avantage de taille. Son père lui a tout transmis : bateau, moteur, PME (permis de mise en exploitation), filets… Qu’importe. Alain se fait « du souci pour lui. Il y a dix fois moins de poisson qu’avant. » Alors certes, il y a bien les palourdes, que Cyril plonge en libre : « Mais il y en a peu et quand il y en a, il n’y a pas les prix… » Quant à commercialiser par d’autres voies que les circuits traditionnels, dont la criée, père et fils ont du mal à y croire : « Quand tu as 20 kg de poisson, tu seras peut-être content de vendre en direct, à bon prix. Mais comment tu fais quand tu en pêches 400 kg ? » Même scepticisme au sujet des Assises de la pêche : « Ces trucs-là, ça ne changera rien, rigolent le père et le fils. Tout le monde sait que c’est totalement politisé. » Et le père, 40 ans de pêche, sans rigoler cette fois : « Pendant ce temps, des chalutiers sont propulsés par des moteurs développant deux fois 900 cv. Avec les 450 cv règlementaires, leur hélice ne tournerait même pas. Et ceux qui enlèvent leurs balises pour chaluter dans les 3 milles ? Et je vais vous dire : c’est pas fini… »

(1) Seule la pêche en apnée, dite « en libre », est autorisée.

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