L’encre de mer était présente à Eurogusto

Pendant que les têtes pensantes et communiquants « autorisés » dissertent sur les politiques maritimes, environnementales, halieutiques à venir, du genre : « Faut-il interdire telle espèce, telle technique, comment développer l’éolien en mer, quel label est valide, quels produits sont environnementalement corrects, quelle superficie en aire marine protégée, comment s’assurer la mainmise sur les ressources marines de demain… ?, l’antenne Méditerranée du Collectif Pêche et Développement est allée à la rencontre du public à Eurogusto, organisé par SLOW FOOD à Tours.

Et là, pas de discours généralistes, pavés d’intentions louables ou intéressées, seulement des interrogations personnelles, des démarches individuelles, des expériences professionnelles remarquables qui réchauffent le coeur, parce qu’humaines tout simplement.

Ci-après nos impressions et les réflexions qui nous restent en mémoire, retracées sous nos deux plumes respectives (Elisabeth Tempier et Sophie Marty) :

– Nous sommes allés trop loin avec l’environnement et maintenant nous sommes obligés de repenser nos méthodes de production, leur interaction, leurs impacts conjoints sur l’environnement… C’est une bonne chose finalement, je suis optimiste

– Les ostréiculteurs avec les maladies ont perdu leur stock. Beaucoup doivent arrêter. Le problème avec les huîtres triploïdes c’est qu’une année il y a eu un mauvais recrutement en naissains naturels et les producteurs ont du s’approvisionner en écloserie avec des triploïdes. Elles sont parfois plus résistantes à certaines maladies mais peut-être pas à l’évolution des écosystèmes…

– Dans nos campagnes de Haute Provence, nous n’avons pas de grands terrains, seulement des parcelles, ici ou là. Cette agriculture de montagne modèle nos paysages. Le petit épeautre a un rendement faible mais il fait partie de notre culture, il est résistant, adapté à nos conditions environnementales… et il est de très bonne qualité. C’est un des blés les plus anciens qui a été peu transformé. Je ne savais pas que la petite pêche littorale pouvait être proche de l’agriculture de montagne, avec des saisons, des terroirs… Pour nous, la pêche c’est un filet qu’on jette à la mer…

– Ce qui frappe les élèves c’est la rencontre directe avec les professionnels, la visite du port de pêche de Lorient et des ateliers de transformation. Chaque année, je les y emmène. On a essayé de faire des échanges inter-régionaux entre CFA mais les entreprises veulent souvent garder les mêmes stagiaires. On voulait aussi aller à Rungis mais cela posait des problèmes de coûts…

– Et aussi l’avis d’une juriste spécialiste des appellations « Indication Géographique Protégée » : Je ne vois pas de blocage conceptuel au fait que les pêches artisanales aient une appellation de type « Indication Géographique Protégée ». Est-ce le meilleur label ou la meilleure marque à utiliser ? Cela reste à voir…

Quant à la visite des stands, rien à voir avec un salon habituel en gastronomie : à chaque produit une histoire liée à celle de l’exploitant : du jambon noir de Bigorre au délicieux chocolat bio épicé (cacao de l’Equateur), de l’ail de Croatie à la sardine basque fumée à basse température… Il eut fallu une bonne semaine pour échanger tranquillement avec chacun !

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Situé dans l’espace des Communautés locales Slow Food/Convivium Provence Méditerranée, le stand de l’Encre de mer a accueilli un public motivé et curieux et mis à sa disposition une documentation très appréciée.

Le succès des fiches poissons éditées par le Comité Local des pêches du Var démontre l’intérêt d’un public attentif, attiré au demeurant par les recettes, mais surpris et satisfaits d’y découvrir la technique de pêche appropriée, la parole (sage) du pêcheur, des informations inédites dans le paysage du consommateur. Les anciens numéros de l’Encre de Mer ont aussi trouvé leurs adeptes. Assez nettement pour leur valeur ethnologique, et aussi par rapport aux sommaires : le thon (n°2), l’aquaculture biologique artisanale (n°14-15), l’élevage des moules (n°16-17), l’observation du littoral par les pêcheurs artisans (n°20-21) et bien sûr l’enjeu planctonique, dans notre dernière parution (n°22-23).

Nous avons été frappés par le souci des consommateurs, souvent très jeunes, de comprendre l’affaire des quotas, la « grande » pêche, les poissons d’élevage, la traçabilité, les militaires à bord des bateaux de pêche… Nous avons rencontré un public concerné, venu de Bordeaux, Nantes, Bourges, Paris, La Rochelle, Rennes, Vannes, Tours bien sûr. Questions et témoignages ont été réconfortants et motivants.

Florilège :

Un couple, la petite cinquantaine :
– « regarde ! une fiche sur les oursins ! »
– « vous trouvez des oursins à Tours, Madame ? »
– « c’est mon poissonnier qui m’a fait découvrir. J’en raffole. Il m’appelle Madame Oursin. Je lui en prend 4 ou 5 douzaines chaque fois qu’il en a et nous régalons la famille ou les amis ».

Une très jeune fille s’intéresse aux fiches poissons :
– « nous naviguons beaucoup à la voile avec mes parents. Un jour, nous avons laissé traîner une ligne sans appât et, ô surprise, nous avons pêché une orphie. Ça m’intéresse de savoir ce qu’on peut pêcher à la traîne ».

Une famille, trois jeunes enfants :
– « et la sole, y’a pas de sole ? »
– « tiens, regarde le maquereau »
– « et la sole ? »
– « la murène ça se mange ? »
– « Papa, et la sole ? »
– « vous n’avez pas de sole en Méditerranée ? »

Et très souvent :
– quels sont les poissons qu’il faut refuser de consommer ?
Рpeut-on manger les anguilles, les hųtres ?
– que penser des poissons d’élevage ?
– privilégier la pêche locale d’accord, mais sur l’étal du poissonnier du supermarché ou même en ville, c’est pas facile à trouver !

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