L’équilibre est fragile

PROFIL : Patron de chalutier, Pierre d’Acunto préside l’Association méditerranéenne des organisations de producteurs

« Je boycotterai ces Assises de la pêche. Pourquoi ? Je vais vous le dire : j’ai participé à Lorient à une réunion où j’ai d’abord entendu parler de contraintes, de particularités régionales. Je me suis dit « chouette, on va enfin parler de nous ». Mais ensuite, on nous a débité la règlementation européenne : là c’était le contraire. L’Europe sait ce qu’elle veut en terme de maillage, de quotas, etc… Et en faisant ces assises, j’estime qu’on ne manifeste pas notre mécontentement… » Pierrot a parlé. Et du côté des chaluts, Pierre d’Acunto pèse encore, affectivement, même si ce dernier a échoué aux élections prud’homales dans des conditions sur lesquelles il ne préfère pas s’étendre. Depuis, il écoute, il observe. Et celui qui restera comme le meneur des manifs de 2008 contre la hausse
du gazole a sa petite idée sur ce qui menace, peut-être plus encore que le fioul, la flottille de chalutiers : la rupture d’un équilibre fragile entre les différents segments de la pêche méditerranéenne. « Celui qui est le moins endetté s’en sortira, prédit Pierre d’Acunto. Mais il faudra faire avec la mévente du poisson et, surtout, le transfert de certains armements d’une activité sur l’autre. On a vu que, faute de poisson bleu, pas mal de pélagiques se sont rabattus sur le filet de fond. Et quand j’entends que des thoniers de 35 à 40 m veulent se mettre au lamparo (NDLR senne coulissante utilisée pour la pêche au « bleu ») … Je comprends ces patrons mais si la Direction des pêches ne fait rien, l’équilibre sera rompu. » Une menace qui, pour l’ancien prud’homme, pèse aussi sur les petits-métiers, activité qui reste très attractive pour les matelots débarqués de grosses unités. Du coup, plus que jamais, « c’est chacun pour sa poire et quand on se sera sabordés, l’Europe aura la voie libre ».
Même si cette année, les chalutiers, grands consommateurs de gazole, ont vu leurs charges diminuer sur ce poste (le litre est tombé à 0,40 € alors qu’un chalutier en engloutit de 1 500 à 2 000 par jour), ils n’ont néanmoins pas pu se remettre à flots. La raison ? L’effondrement du prix du poisson : la dorade de 200 g vendue 2 € le kilo en criée, le merlan, payé 6 € en 2007, tombé à 3 € quelques mois plus tard… « De toute façon, ajoute le patron du Louis-Gaetane II, le problème de la pêche a de tout temps été celui de la commercialisation. Quand il y a de la demande, tu mets des pierres dans les bacs, tu les vends. Dans le cas inverse… » Pas assez de concurrence pour faire monter les prix, à la halle à marée de Sète ? « Vous n’avez qu’à demander ça au prud’homme… » Soit. Pierre d’Acunto se dit pourtant « optimiste. Si tu l’es pas, il ne te reste plus qu’à te pendre au portique ». Demain, vers 2 h 30 du matin, il démarrera son Baudouin. Même si « ça fait 39 ans, avoue-t-il, que j’ai le mal de mer. »

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *