Pêche dans le Golfe du Lion : une série d’articles sur Midi Libre…

Franc-Parler : … Pêcheur conchyliculteur, ancien prud’homme, Alain Cabrera pêche depuis l’âge de 14 ans…. « L’étang, il est à tout le monde et à personne. Il faut donc que tout le monde rame dans le même sens : bassin versant, pêche, plaisance, tout est lié. » Et tout miser sur le milieu : « L’étang est une nurserie, une frayère, qui irrigue la Méditerranée. » …  » Si les prud’homies disparaissent, il n’y aura plus de pêcheurs. » Alain Cabrera voit trois priorités : « Préserver l’étang des lots de coquillages contaminés ; revenir au travail des fonds à la drague pour les plan coquillés et enfin prendre en compte la pollution en hydrocarbures du port de Sète. »

On ne peut dire à un type : « va travailler à terre » Henri Gronzio, Président du Comité régional des pêches… Regardez les thoniers : le quota accordé ne pourra permettre de maintenir la flotte. Du coup, certains ont déjà exprimé leur volonté de se reconvertir, mais comprenez bien que cela ne peut se faire qu’à condition de ne pas faire de mal aux autres segments de la pêche. Il ne peut y avoir de reconversions sauvages… On voit aujourd’hui des matelots de thoniers qui veulent aller sur la petite pêche à l’étang. Certains veulent passer en force mais il faut bien gérer cela. Et pourtant, comment dire à un type d’aller travailler à terre ? Les patrons thoniers souffrent, leurs matelots aussi, mais il y a aussi les chalutiers pélagiques qui, du fait de l’absence de poisson bleu, sont désormais menacés… Notez bien que jusque-là, les thoniers avaient pris l’habitude de traiter directement avec Paris. Comment les pêcheurs peuvent-ils nous en vouloir aujourd’hui ?… On vient régulièrement me voir pour que j’appose mon avis à une demande de PPS (permis de pêche spéciaux régissant par exemple l’infime quota de thon pouvant être pêché à l’hameçon). Que voulez-vous que je fasse ? Que je le refuse à l’un pour l’accorder à un autre sous prétexte que sa tête me revient ? Impossible. Je mets « favorable » à tout le monde, et ça part à la Direction des pêches. Qu’ils se débrouillent avec leurs incohérences… Et c’est pareil pour le lamparo (senne coulissante utilisée pour pêcher le poisson bleu). Le passage de certaines grosses unités à ce type de pêche a été refusé par la commission chargée de trancher. Mais comment empêcher un pêcheur de vouloir gagner sa vie ?…

L’équilibre est fragile. Pierre d’Acunto président de l’Association méditerranéenne des organisations de producteurs… Il a sa petite idée sur ce qui menace, peut-être plus encore que le fioul, la flottille de chalutiers : la rupture d’un équilibre fragile entre les différents segments de la pêche méditerranéenne. « Celui qui est le moins endetté s’en sortira… Mais il faudra faire avec la mévente du poisson et, surtout, le transfert de certains armements d’une activité sur l’autre. On a vu que, faute de poisson bleu, pas mal de pélagiques se sont rabattus sur le filet de fond. Et quand j’entends que des thoniers de 35 à 40 m veulent se mettre au lamparo … Je comprends ces patrons mais si la Direction des pêches ne fait rien, l’équilibre sera rompu. » Une menace qui, pour l’ancien prud’homme, pèse aussi sur les petits-métiers, activité qui reste très attractive pour les matelots débarqués de grosses unités. Du coup, plus que jamais, « c’est chacun pour sa poire… ». Même si cette année, les chalutiers, grands consommateurs de gazole, ont vu leurs charges diminuer sur ce poste (le litre est tombé à 0,40 € alors qu’un chalutier en engloutit de 1 500 à 2 000 par jour), ils n’ont néanmoins pas pu se remettre à flots. La raison ? L’effondrement du prix du poisson : la dorade de 200 g vendue 2 € le kilo en criée, le merlan, payé 6 € en 2007, tombé à 3 € quelques mois plus tard…

Je savais que ça ne durerait pas
… Comme son père, son grand-père, ses oncles, Alain Laplace a arpenté mer et surtout étang pour subsister. Quand il parle lagune, c’est du vécu. A ses côtés, son fils Cyril, petit-métier de l’étang depuis une douzaine d’années… « Au début des années 1970, 600 pêcheurs travaillaient sur l’étang… autour de Roquerols, 30 types pêchaient à l’arseillère »… Alain, préférait pêcher en apnée les palourdes et caler quelques filets : « Ã‡a faisait vivre son homme, ça, les palourdes, comme les huîtres plates pêchées à la drague » Tous les jours, il plongeait sur des fonds de 2 à 11 m, de 10 h 30 à 15 h. En 4 à 5 heures, il sortait 30 kg de palourdes, cinq jours sur sept… Avec son fils, ils ont pêché au palangre, à la mer, puis sur l’étang. « Car à la mer, c’est encore plus dur. On n’y va qu’après les gros coups de sud »… Alain se fait du souci pour lui. Il y a dix fois moins de poisson qu’avant. Alors certes, il y a bien les palourdes, que Cyril plonge en libre : « Mais il y en a peu et quand il y en a, il n’y a pas les prix… » Quant à commercialiser par d’autres voies que les circuits traditionnels, dont la criée, père et fils ont du mal à y croire : « Quand tu as 20 kg de poisson, tu seras peut-être content de vendre en direct, à bon prix. Mais comment tu fais quand tu en pêches 400 kg ? »… « Pendant ce temps, des chalutiers sont propulsés par des moteurs développant deux fois 900 cv. Avec les 450 cv règlementaires, leur hélice ne tournerait même pas. Et ceux qui enlèvent leurs balises pour chaluter dans les 3 milles ? Et je vais vous dire : c’est pas fini… »

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