Sauver les orques, le poisson et les pêcheurs: expérience en mers australes

Cette campagne, baptisée « Orcasav », substitue pendant un mois des casiers géants aux palangres – longues lignes de pêche hérissées d’hameçons – pour attraper la légine australe (Dissostichus eleginoides), un des poissons les plus chers du monde.

« Si ça marche, nous répondrons à la fois à un problème économique et à un problème écologique », note le préfet des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), Rollon Mouchel-Blaisot, administrateur de ces îlots du bout du monde.

Depuis l’instauration de la pêche à la palangre en 2003 dans la zone, en remplacement de chalutiers trop prédateurs pour les juvéniles, les orques mais aussi les cachalots ont pris l’habitude désastreuse de se servir directement aux lignes en ne laissant des poissons que la tête.

« Entre 2003 et 2008, 1.200 t de légines ont fini à la table des orques et des cachalots », souligne le Pr Guy Duhamel du Museum d’Histoire naturelle (MNHN), conseiller scientifique des TAAF. « Sur 4.062 lignes posées à Crozet, seules 32 % sont remontées intactes ».

En 2007-2008, les pertes ont atteint 493 t pour 800 t pêchées.

Le cachalot, explique-t-il, est un prédateur traditionnel de la légine qu’il pêche jusqu’à 1.500 m de profondeur. « L’orque en revanche est un réel opportuniste qui vient se servir sur les lignes dans les eaux de surface ».

Et les 96 orques répertoriés de Crozet « sont de plus en plus performants et pêchent de plus en plus vite. Du coup, ils se reproduisent aussi beaucoup mieux », assure M. Duhamel. Au point de ne plus laisser que les lèvres du poisson transpercées par l’hameçon.

« On s’y prend tôt pour les déshabituer au plus vite et les contraindre à retrouver leur mode de chasse habituel » – les manchots ou les otaries qu’ils avalent en bord de plage. En espérant que ces mauvaises habitudes sont réversibles ».

« On ne sait pas du tout comment ils vont se comporter. Retourner chasser ou se mettre à suivre les bateaux des Kerguelen » voisines, où ils sont encore rares, avoue Marie-Louise Cariou, de l’Institut Ecologie et Environnement du CNRS, qui craint aussi que les crabes fondent sur les nasses de légines.

C’est l’ensemble de ces réactions que scientifiques du CNRS, du Museum et de l’Ifremer, alliés aux pêcheurs et à l’administration des TAAF, espèrent comprendre avec Orcasav, partie mi-janvier de la Réunion à bord de l’Austral Leader.

Co-financée par les armateurs concernés, la Réunion, les conseils généraux du Finistère et du Morbihan et l’Etat, la campagne (2 millions d’euros) testera pendant 45 jours 300 nasses de onze prototypes différents (rectangulaires, cylindriques, rigides, pliables …) mises au point par la société bretonne Le Drezen et déjà expérimentées à Brest ou Lorient.

Le dernier relevé, dimanche 24, faisait état de 874 kilos de prises. « On est en moyenne à 2 t/jour à la palangre: c’est donc très encourageant », juge Guy Duhamel.

Restera cependant à reconvertir les bateaux pour accueillir la charge des casiers et garantir la sécurité des équipages dans des mers particulièrement mouvementées, entre 40èmes Rugissants et 50èmes Hurlants, relève Yannick Lauri, directeur d’une des pêcheries de la Réunion impliquées dans Orcasav.

L’enjeu économique en vaut la peine: très prisée sur les marchés nord-américains et asiatiques, la légine constitue la 2ème pêche française après le thon, selon le préfet Mouchel-Blaisot.

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