L’environnement pour territoire

Photo Philippe Joachim Source de vie…

« Je voudrais laisser le souvenir de gens qui ont beaucoup travaillé, une mer propre et poissonneuse, une lagune qui ne soit pas souillée et un air pur et bien iodé car c’est à la jonction de ces trois éléments que la vie a pris forme avec quelques rayons de soleil »

Raymonde Deïnès, femme de pêcheur du Brusc
in « Nous, femmes de pêcheurs en Méditerranée »
Indigo et Côté-femmes éditions 1997

… et de connaissances

« Le temps passant, je constate que l’essentiel de mon savoir et de ma vision du monde, je le dois moins aux leçons des maîtres et à la culture afférente qu’à une infinité d’expériences toutes enracinées dans le rapport que j’ai entretenu, enfant, avec la nature…

Du village de mon enfance, j’ai tout appris qui se déplie maintenant comme une voile immense dans laquelle s’engouffrent les vents porteurs pour de longs et passionnants voyages. L’eau, la terre, l’air et le feu… Regarder la nature permet d’entendre l’écoulement des secondes. Solstices et équinoxes, canicules et hibernations, chaleurs lourdes et épaisses, ralentissements et accélérations, la nature raconte des rythmes et musique le réel en un genre de symphonie dont les paysans et les marins connaissent les mouvements… Dans les forêts proches de mon village natal, j’ai expérimenté mon corps comme celui d’un animal aux aguets… Les rythmes cosmiques, les travaux et les jours, l’éternel retour, les formes du temps, la place dans le système solaire, le réel fractal, les deux infinis, la pratique de l’infinitésimal, le devenir-animal, l’identité bestiale des hommes, l’empire de la nécessité, les sensations primitives, la leçon des bêtes, autant de vérités… autant de matière pour constituer un caractère, tremper un tempérament… »

Extraits d’un texte du philosophe Michel Onfray : « Les promenades d’un rêveur solitaire »
in « L’archipel des comètes » pp. 142/153. Editions Grasset & Fasquelle 2001

Lieu d’observation

« Il y aurait un point intéressant à faire, c’est montrer la très grande différence qu’il y a entre les données scientifiques universitaires générales et les observations pragmatiques des pêcheurs, la connaissance de terrain »

Patrice Francour
Professeur de biologie marine, Université de Nice

Temps de respiration

« L’idée du Cantonnement du Cap Roux de la Prud’homie (480 ha) est venue des anciens pêcheurs qui travaillaient là-bas et qui se gardaient cette zone pour l’été. Cette zone est éloignée du port et exposée à tous les vents. Maintenant, les jeunes vont en janvier par beau temps, avec des bateaux rapides. Les jeunes qui arrivent, ils ne connaissent plus la culture, il faut tout leur écrire… Donc les vieux pêcheurs n’y allaient plus puisque c’était déjà exploité. Ils ont donc été d’accord pour faire la réserve : « Perdu pour perdu, autant que ce soit perdu pour tout le monde ». En fin de compte, c’est gagné pour tout le monde !

J’espère que cela continuera. On modifiera un peu le périmètre pour qu’il soit plus opérationnel au niveau de la surveillance. Les professionnels joueront le jeu s’il n’y a pas tous les jours 30 bateaux de plaisance qui pêchent sur la zone… »

Christian Décugis, Prud’homme de Saint-Raphaël

Photo J. Marando

Objet de partage…

« Mettre une bouée fixe à la mer pour un club de plongée, c’est privatiser une zone, une cale ou une sèche. Il y avait un projet qui consistait à garder un site pour les clubs de plongée du coin. Plutôt que de privatiser la mer, je leur ai proposé d’organiser un tour de rôle pour tout le monde, comme le font les prud’homies de pêche. Les clubs qui arrivent l’été travaillent comme les autres. Ils viennent s’inscrire au tour de rôle et se conforment aux règlements…

… En plus, sur le même site, les pêcheurs peuvent travailler la nuit et les clubs de plongée venir successivement par plage de 2 heures. On est dans une logique de partage. La mer, ça fait partie du patrimoine mondial de l’humanité. Il faut rester dans cet esprit-là. C’est un espace de liberté et il est hors de question de le privatiser. Faire un module de protection de l’environnement, c’est très gentil mais faire un module de cohabitation avec les autres usagers de la mer, c’est pas plus mal »

Didier Ranc, prud’homme de La seyne sur mer

L’objectif de la prud’homie est de maintenir une ressource qu’elle pourra exploiter dans le temps. D’autres secteurs comme celui de la plongée
sous-marine profitent du fait que la ressource
a été maintenue…

Patrice Francour

… et de vigilance

« On nous dit de ne pas polluer, d’économiser l’eau… mais les institutions ne donnent pas toujours l’exemple. On a eu un problème avec un port qui est bouché. Au lieu de draguer, il y a une turbine sous la grue qui pousse la vase en-dehors. Ça part à 15/20 m maximum et ça remplit les coins du port. Depuis une semaine, il y avait des milliers d’alevins dans le port, de toutes espèces, qui sont morts avec le brassage et la fermentation… »

« Sur la plage, il y avait des tas de terre. Il a suffi d’un coup de vent et tout est parti dans la rade… Cet hiver, c’était l’entraînement militaire à la guerre des mines prévu entre Porquerolles et Port-Cros que les prud’hommes ont dénoncé. Si on n’est pas là sur le terrain… »

« Les garde-fous existent mais il faut une démarche citoyenne. Tu vois une pollution devant chez toi, c’est une démarche citoyenne que d’aller l’arrêter. Pour la pollution il y a des lois et rien ne t’empêche d’avertir
l’administrateur des Affaires Maritimes ou les gendarmes maritimes pour faire un constat »

Entretien avec les Prud’hommes

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