Une gestion communautaire

Photo Philippe Joachim

Face à la pression de l’activité humaine, les limites environnementales conduisent à raisonner en termes de territoires : « Gestion intégrée des zones côtières, développement durable, approche holistique des mers et des océans avec une politique maritime intégrée, intersectorielle et multidisciplinaire », nos modèles économiques s’incarnent dans l’espace et le temps, nos politiques d’aménagement sectoriel se décloisonnent. Avec la finitude qui infléchit l’horizon, vient l’ère du partage organisé…

Dans ce contexte, la longue expérience de gestion territorialisée des prud’homies n’est pas inintéressante. L’on y découvre que, centrée autour des hommes, la prud’homie cherche à négocier, avec les représentants des autres secteurs, le maintien de ses droits d’usage et la préservation de l’environnement.

Avec les pêcheurs, l’institution affirme à tous les niveaux l’aspect collectif ou communautaire :

● dans le choix des prud’hommes

Si un prud’homme ne savait pas dans une embrouille entre pêcheurs ? Tu l’aurais pas élu ! Un prud’homme il fallait qu’il sache tout. Un prud’homme c’est pas n’importe qui. D’abord on mettait déjà… pas vieux à la retraite – mais un type qui avait déjà 20 ans de pratique. Il était au courant de tout. Un type qui trichait toute l’année sur une chose, quand il arrivait devant le prud’homme – même qu’il ait un semblant de raison – le prud’homme, il lui disait : « Oh ! On se connaît… » C. Deïnes

● dans les arbitrages

La question du jugement prud’homal ou de l’arbitrage n’est pas tant de sanctionner une infraction que de « solutionner un conflit, rétablir la mesure de ce qui est toléré ou non, réinsérer le contrevenant dans la communauté… »
Philippe Joachim

● dans les principes qui colorent les discussions et dans les décisions règlementaires

Il faut éviter qu’un métier n’en chasse un autre

Les règlements destinés à concilier l’exercice de différents métiers ou de différents pêcheurs en concurrence sur un territoire ou une ressource donnent la priorité aux métiers les plus contraints dans le temps et dans l’espace, généralement ceux qui sont les moins efficaces.

Photo Chantal Théry

Tout le monde doit pouvoir vivre de son métier

Le plus gros travaille au détriment du plus petit, comme le bulldozer et la petite cuillère qui seraient utilisés sur un même champ. L’idée est de se battre à armes égales. A armes inégales, le plus gros prend le poisson de l’autre. A terme, on tombe dans le surinvestissement car tout le monde s’équipe. Les modes d’action sur la ressource doivent être équilibrés avec une notion de partage.

C’est le moyen de capture qui compte, plus un peu de connaissances, de chance, de vaillance, de travail… Sur les étangs, l’écart de revenus est de 1 à 3 mais non de 1 à 50… F. Marty

L’objectif, c’est pas de vider la mer mais de bien en vivre, et d’en laisser
à nos enfants

Pour adapter la pression de l’effort de pêche aux caractéristiques du territoire, chaque métier est réglementé en tenant compte des métiers les plus contraints, ce qui conduit à une certaine harmonie dans la pêcherie avec un alignement des métiers sur ceux à faible capacité de capture.

Photo Philippe Joachim

Un métier, il vaut mieux le réglementer que de l’interdire, par rapport à ceux qui en vivent

Lorsqu’un métier fait vivre des pêcheurs de la communauté, il vaut mieux le réglementer strictement que de l’interdire. Question de bon sens : la réglementation doit pouvoir être applicable et le braconnage conduit à tous les excès.

● dans la prise en considération quasi-individuelle de chacun

Dans la prud’homie, chacun a sa place : il faut soutenir les jeunes qui prendront la relève, les aider à se former, aider pécuniairement celui qui aurait un grave problème de santé, progresser avec ceux qui vont de l’avant, prendre le temps d’expliquer aux autres…

Plus que des règles, il s’agit d’une culture, d’un code de déontologie et d’une organisation collective des bases de la compétition entre les acteurs : empêcher que certains, par la concentration du capital et leurs usages, ne monopolisent l’espace ou les opportunités de pêche au détriment des autres, fixer les conditions minimales pour que chacun puisse gérer la ressource sans se sentir lésé par les autres, qu’il puisse travailler en confiance tout en respectant le travail des autres…

Photo E. Tempier

La Prud’homie, c’est vieux mais on s’adapte sans cesse. Un nouveau métier qui apparaît, on l’intègre, on voit s’il ne pose pas de problèmes aux autres métiers… Dans nos règlements par exemple, on calcule le temps de trempage des filets en fonction de la taille des mailles et de la grosseur des fils. On se casse la tête pour expliquer les règlements aux jeunes pêcheurs qui ne connaissent plus les savoir-faire. C’est une codification des usages. Après, la gestion est individuelle et non écrite… (Christian Décugis).

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