Journée mondiale des pêcheurs 2010 – Extraits

L'île d'Yeu (photo Sophie H. Marty)

L’île d’Yeu est l’une des dernières petites îles européennes à avoir su garder une pêche structurée avec des bateaux, une criée, une école de pêche. L’interdiction des filets maillant dérivants, on l’a vécue comme une agression. Nos reconversions ont été bridées. Comment rebondir après le dernier coup de massue : le quota zéro sur le requin taupe ? C’est 60 ans d’une pêche locale que nous étions les seuls à cibler en Europe. Ce n’est pas la pêche mais l’île et les habitants qui sont visés. C’est notre culture d’insulaire qui est mise en cause. Nous, les insulaires, avons-nous encore une place dans la France, un droit de cité dans l’uniformisme de la pensée d’aujourd’hui ? Que penser d’une grande démocratie qui juge la culture de ses minorités ? »

 Sébastien Chauvet, Secrétaire du Comité Local des pêches d’Yeu

 « La gestion par quota, sans prise en compte de la démographie de la population de poissons, est catastrophique. Les pêcheurs ciblent les gros reproducteurs. Les jeunes adultes qui en sont les proies prolifèrent, manquent de nourriture, perdent du poids, se reproduisent difficilement. En Islande, suite à l’application de quotas, et à la dérive spéculative créée par les quotas individuels transférables, les stocks de cabillaud chutent fortement depuis 30 ans. En revenant à des mesures techniques (périodes, zones de protection des géniteurs, ajustements…), les Îles Féroé et la Norvège ont réussi à rétablir le niveau des captures. »

 Jean-Michel Le Ry, Collectif Pêche et Développement

En Irlande, suite aux recommandations scientifiques et sous couvert de gestion européenne, le gouvernement fixe, en 2006, un contrat aux pêcheurs. Ils s’engagent à ne plus jamais pêcher de saumons et à recevoir en contrepartie une indemnité calculée sur les 5 années antérieures (de l’ordre de 75000 €). Sur 1500 pêcheurs, nous sommes une vingtaine d’insulaires à avoir refusé, espérant pouvoir reprendre cette pêche un jour. Après discussions avec parlementaires et membres de la Commission Européenne, il s’avère que c’est notre gouvernement qui a voulu fermer la pêche du saumon parce que le tourisme et la pêche de loisirs en rivières créent plus d’emplois et d’argent dans l’économie irlandaise… Récemment, notre premier ministre est venu sur l’île. Nous pourrions bénéficier de 10% du surplus de saumon irlandais, soit 35 jours de pêche dans l’année. Mais entre-temps, notre gouvernement a changé… En 2008, la fermeture d’une zone à la pêche, suite à un accord de notre gouvernement avec l’UE, a entrainé une forte reconversion à la pêche au crabe et au homard. Sans marché de crabes en Irlande, nous l’exportons, à bas prix, en France, sans gains pour nous et au détriment des pêcheurs français… »

John O’Brien, pêcheur Irlandais

Jeunes en formation pêche à l’ïle d’Yeu

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