Photo’Med 2013, « Il tuffatore »

Affiche Photomed 2013Du 23 mai au 16 juin 2013, la troisième édition de Photo’Med, le festival de la photographie de la Méditerranée, se tiendra à Sanary-sur-Mer, à Bandol, sur l’île de Bendor, à l’Hôtel des Arts de Toulon, à Marseille 2013. Un décor de rêve pour un rendez-vous qui s’inscrit désormais dans le paysage artistique qui compte. Non sans certain message… sous les bons auspices de Gabriele Basilico, de Costa Gavras, de la jeune photographie libanaise.

Reportage audio de Jean-Luc Monterosso qui présente le programme

Berceau civilisationnel, la Méditerranée en reflète les complexités jusque dans le tragique. Né à Sanary-sur-mer par la volonté de Philippe Sérénon et de Philippe Heullant, le festival de la photographie méditerranéenne Photo’Med est un peu le « Visa pour visages » de cette mosaïque d’identités si fortes, qu’elle peinent à en trouver une seule… union pour la Méditerranée, là où le politique butte, l’œil empathique du photographe apprend tellement mieux à aimer les facettes de ce creuset, certes, kaléidoscopique. C’est à cette saisissante magie, qu’invite Photo’Med pour sa troisième édition, du 23 mai au 16 juin 2013 :

 « Les monuments m’embarrassent, je n’ai pas d’amitié pour les châteaux » – Gabriele Basilico

Après la Turquie en raison de ses attaches avec Sanary-sur-Mer, puis le  Maroc l’an dernier en particulier au travers du travail de Daoud Aoulad Syad, le Liban est cette année le pays invité : « Le Liban est une démonstration « en petit » de ce bouillonnement méditerranéen. Malgré tout, ce pays extraordinaire a une unité et avance en permanence », précise Philippe Sérénon, co-fondateur de Photo’Med. Le Liban qui connaît le bel essor d’une génération de photographes de l’après-guerre civile : « Pour être souvent né à l’étranger, le photographe libanais est cosmopolite par nature », nous dit Tony Hage, lui-même photographe et commissaire de l’exposition libanaise de Photo’Med : »la photographie est aujourd’hui très active sur la scène libanaise ». Parmi les sept photographes exposés*, Fouad El Koury, de renommée internationale, a choisi de montrer son Liban natal.

 Reportage audio de Tony Hage

Jean-Luc Monterosso
Jean-Luc Monterosso

Photo’Med 2013 est dédié au photographe Gabriele Basilico : « une grande figure de la photographie méditerranéenne et notre ami », a tenu à souligner Jean-Luc Monterosso, le directeur artistique de Photo’Med. Pour Photo’Med, Gabriele Basilico – disparu au mois de février dernier – avait choisi neuf villes méditerranéennes dans lesquelles il a  réalisé, à différentes étapes de sa vie, des relevés photographiques à la fois précis et poétiques : Barcelone, Beyrouth, Gênes, Istanbul, Monte Carlo/Monaco, Naples, Palerme, Rome, Valence. « On retrouvera dans ces images, en grand et moyen format, ce qui fait la spécificité de ce grand photographe italien :  les villes et leurs immeubles aux heures où les rues se vident mais aussi des zones péri-urbaines économiques et industrielles souvent abandonnées.  » Gabriele Basilico sera exposé à l’Hôtel des Arts de Toulon : « Je me penche sur l’urbain comme le médecin sur son patient », disait-il encore dans un entretien au journal Le Monde en 2006.

L’affiche-même de Photo’Med 2013 est « Il tuffatore » – « Le plongeur » -, photographie de Nino Migliori, prise à Rimini en 1951 : « un grand photographe méconnu en France, où il sera exposé pour la première fois », s’enchante Jean-Luc Monterosso. Nino Migliori est de ces photographes de l’après-guerre en Italie, tel Mario Giacomelli, orphelin et dont la mère était blanchisseuse dans un hospice de vieillards. Nino Migliori a parcouru son Italie des jeunes musiciens ambulants qui jouent le longs de rails abandonnés, de jeunes gens qui déambulent sous le linge qui sèche dans la rue, de ce fameux « coiffeur pour dames » devant lequel des hommes stationnent. L’un des plus grands photographes, en effet, du néo-réalisme italien, exposé pour la première fois en France.

Tony Hage
Tony Hage

Sanary avant Paris ! En avant-première, Sanary exposera les photographies inédites de Costa Gavras : « Costa nous a fait l’honneur de nous ouvrir ses albums photographiques. On y retrouve tout ce qu’il aime, ses combats, ses engagements, François Miterrand, Jorge Semprun, Régis Debray jeune, Salavatore Allende, et aussi les années cinéma avec Yves Montand et Simone Signoret« , indique Jean-Luc Monterosso.  A moins de descendre sur la Côte d’Azur, le Parisien attendra trois semaines de plus, pour voir ces photographies : mais pas d’inquiétude, le directeur artistique de Photo’Med est aussi le fondateur et directeur de la Maison européenne de la photographie, de même que le fondateur du Mois de la Photo !

Philippe Sérénon
Philippe Sérénon

Topographie d’une mémoire collective manquante

Et la Côte d’Azur, Marseille, capitale culturelle ?  « Photo’Med fait partie de la programmation de « Hors les murs » de Marseille 2013. Nous avons souhaité rendre hommage à Marseille au travers de deux expositions, l’une du photographe contemporain Jacques Filiu, l’autre de la photographe et résistante polonaise Julia Pirotte, qui a fait des photographies du plus pur style humaniste », indique Philippe Sérénon, qui « espère que beaucoup de visiteurs de Marseille 2013 prendront le train en gare de Marseille Saint-Charles, pour venir à Photo’Med« . Des gares que Philippe Sérénon connaît bien : « quand j’étais enfant, la gare de Sanary n’était qu’une gare de marchandises ! » Elle ne fera pas partie des gares retenues par le photographe Patrick Tournebeuf, pour son travail sur les gares de la Méditerranée, depuis la frontière espagnole jusqu’à la frontière italienne : « en s’arrêtant en gare de Sète avec laquelle Patrick Tournebeuf a une histoire, en gare de Marseille Saint-Charles qui vient d’être refaite, en gare de Bandol qui a donc été la gare de mon enfance, en gare de Nice qui est très belle, et de Menton à la frontière. » Un travail de deux années, avec la complicité de Fujifilm, partenaire – mais pas le seul ! – de Photo’Med. Il est vrai que le « X Premium » de Fujifilm renoue avec la sensualité de l’appareil-photographique : une invitation en soi à la photographie humaniste, qui doit son  « Premium » accolé au « X » à la délicate prévenance de Fujifilm, soucieux que l’internaute point ne se fourvoie, en des sites moins artistiques….

A propos du Liban et de Marseille… Reportage audio de Philippe Sérénon

vins de BandolLe monde nous est moins étranger, dès qu’on le regarde. Qui est cette Méditerranée si vif argent ?  Photo’Med en est la « topographie d’une mémoire collective manquante », selon la belle expression de Philippe Sérénon, qui tient à la convivialité également  propre à ce festival : « Le monde de la photographie est un milieu assez amical… la programmation, il ne faut pas se tromper, mais avec Jean-Luc Monterosso, c’est une assurance tous risques !« .  Une fois de plus, l’objectif devrait être atteint. Il ne manque plus qu’au visiteur, de se faire à son tour, « il tuffatore. » Le cadre y est. Le vin de Bandol aussi.

Et parlons « technique » avec Fujifilm + le thème du concours de cette année : reportage audio

 Pascale Marcaggi

* Nous avons fait le choix de sept jeunes artistes actuels, vivant et travaillant au Liban, parmi des dizaines d’autres qui, nous l’espérons, auront desoccasions à l’avenir de présenter leurs travaux à travers – entre autres – les échangesculturels développés entre nos deux pays. Cette jeune génération proposée, pessimiste et critique, tend vers un enrichissement dela vie culturelle nationale et cultive l’espoir d’une société d’après-guerre à la recherched’une identité stable et civile, d’une justice et d’une liberté suite à un déchirement humain et intellectuel, encore visibles.Ainsi Caroline Tabet est en ‘’perte de vue’’, en observant une ville qu’elle n’apprivoise pas, elle balade son oeil flou lors d’une promenade chronométrée. Emile Issa quittant le Canada et revenant vivre au Liban, cherche cette même ville dans les ombres et gestes d’une femme belle et fantomatique au milieu d’un décor délabré. Tanya Traboulsi, plonge dans une froide et lasse solitude et se dédouble comme dans un miroir pour s’accompagner jour et nuit. Mazen Jannoun capte les contrastes sociaux, tout au long de la côte libanaise, révélant une simplicité joyeuse, taciturne et réaliste. Ghadi Smat survole les aspects insolites et inattendus de la ville. Lara Zankoul dans son univers symbolique, cherche un monde meilleur et explore ses rêves de jeune femme dans des décors imaginaires. Joanna Andraos pénètre un palais beyrouthin du 19e siècle, le hantant de ses figurants macabres, témoins tragiques du temps qui passe. Les univers ici présentés, tournent autour de personnages errants ou mis en scène. Cette jeune photographie libanaise est riche de promesses et est en passe de trouver sa place dans le paysage culturel du pays.  » Extrait du Communiqué de presse. Tony Hage,  Commissaire.

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